Rachid Tahri: "Le fret maritime a été lourdement impacté par la Covid-19"

Le secteur de la logistique, notamment le fret maritime, a été lourdement affecté par la pandémie de Covid-19. La rareté des conteneurs et la hausse vertigineuse des tarifs sur le marché international ont eu des impacts négatifs, notamment, sur les exportations des entreprises marocaines. Éclairage avec Rachid Tahri, président de l’Observatoire marocain de la compétitivité logistique.

La logistique, à l’instar d’autres grands secteurs de l’économie marocaine, subit les effets du Covid-19. Peut-on connaître concrètement l’impact de cette pandémie sur votre secteur?
En dépit d’une certaine résilience du secteur face à la crise sanitaire actuelle et du niveau satisfaisant de l’approvisionnement, le Covid-19 a montré les fragilités de la logistique au Maroc, qui auront sûrement des effets à long terme, particulièrement sur les entreprises de petite taille, qui constituent la majorité du tissu national des opérateurs logistiques au Maroc.

L’enquête, que l’Observatoire a mené en 2020, a révélé que les entreprises sont dans un état d’incertitude par rapport à la relance en 2021, puisque 53% des sondées restent sceptiques, seules 16% pensent que la reprise sera au rendez-vous. Nous préparons une autre enquête qui va évaluer l’impact de la crise sanitaire durant le premier trimestre 2021 comparée à la situation au premier trimestre 2020, ce qui nous permettra certainement d’avoir une meilleure visibilité sur une éventuelle relance ou baisse des activités.

Des professionnels du secteur déplorent la rareté des conteneurs, combinée à une hausse vertigineuse des tarifs sur le fret international dans ce contexte de crise sanitaire. Qu’en est-il exactement?
La pénurie de conteneurs et la flambée du taux de fret ont causé des pertes dans le portefeuille clients des entreprises. En effet, 63% des entreprises exportatrices sondées sont concernées et confirment des pertes dans leurs portefeuilles de clients/marchés. L’Asie et l’Europe sont les lignes les plus touchées. Quant à la partie import, elles sont 79% à avoir perdu des clients. L’Europe et l’Afrique sont les lignes les plus affectées. Par ailleurs, les professionnels du secteur, notamment les freight forwarders, en tant qu’acteurs majeurs dans la chaîne logistique internationale, considèrent cette flambée de prix comme une taxe imposée par les «mega-carriers», qui ont profité de la situation du Covid-19 pour augmenter les prix.

Cette conjoncture inédite ne risque-telle pas d’avoir des impacts négatifs sur la compétitivité des exportations marocaines à l’international et sur l’industrie locale?
Cette hausse imposée par les armateurs en raison du Covid-19 a eu un impact sur les opérateurs du commerce extérieur. L’Observatoire a réalisé un sondage auprès de 54 entreprises marocaines pour mesurer l’ampleur des dégâts. Nous avons constaté un impact sur la compétitivité du produit marocain à l’export puisque, dans le prix de revient, les exportateurs doivent inclure les tarifs du fret maritime qui ont augmenté dans certains cas de plus de 200%.

Actuellement, le Maroc ne dispose pas de sa propre flotte maritime, tous les frets collectés au Maroc font l’objet de transfert en devise. Cette augmentation de plus de 200% aura un impact sur la réserve de devises et sur la balance commerciale. L’étude a également révélé que 47% des entreprises interrogées ont vu leurs délais d’export s’allonger par rapport à la situation avant la Covid-19 et 87% ont connu un retard de livraison sur leurs approvisionnements, y compris les intrants. Au niveau de l’import, les retards varient entre 15 et 30 jours pour 36% des importateurs, et dépassent les 50 jours pour 6% des entreprises.

Au niveau de l’export, 27% subissent des retards de 15 à 30 jours, alors que 53% déclarent ne pas avoir eu d’impacts. Aussi, 2/3 des entreprises exportatrices ont perdu des marchés. En effet, le coût du conteneur est partie intégrante dans le calcul du prix de revient de la marchandise à l’import, ce qui va obligatoirement impacter le prix final pour le consommateur.

Ces entreprises ont-elles bénéficié des indemnités débloquées dans le cadre du Fonds de solidarité déployé par l’Etat marocain?
Au même titre que les autres secteurs, certaines entreprises qui s’activent dans la logistique ont pu bénéficier des différentes mesures de soutien déployées par l’Etat. Malheureusement, d’autres n’en ont pas bénéficié en raison des critères d’éligibilité.

Quid des PME, qui ne disposent pas de moyens colossaux pour résister à cette crise?
Malheureusement la crise du Covid-19 est toujours d’actualité. A mon sens, les entreprises fragiles se verront sortir du marché. Elles sont exposées au risque de cessation faute de capitalisation et vu la situation du marché, caractérisée par une baisse importante de la consommation.

Quelles solutions préconisez-vous pour favoriser la résilience du secteur de la logistique et stimuler sa relance?
En fait, il y a des solutions endogènes à l’entreprise, à savoir la restructuration pour réduire les coûts de structure et s’orienter vers des marchés porteurs de valeur. Et des solutions exogènes relatives à l’appui de l’Etat, comme les mesures prises en 2020.

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