Rachid El Andaloussi: "Casablanca était délaissée, mais la donne a changé aujourd'hui"

Casablanca a été le carrefour de plusieurs influences et styles architecturaux, notamment européens. Un patrimoine architectural qui a été longtemps délaissé. Pour l’architecte Rachid El Andaloussi, la donne a changé et les responsables de l’urbanisme de Casablanca ont pris conscience de la nécessité de préserver ce patrimoine.

Casablanca est réputée mondialement par son patrimoine architectural, un patrimoine longtemps délaissé. Est-ce que la donne a changé aujourd’hui? Observez-vous une prise de conscience sur la nécessité de préserver ce patrimoine?
Le patrimoine architectural de Casablanca est caractérisé par plusieurs influences et styles architecturaux, du mauresque au néo-mauresque, à l’art nouveau et l’architecture contemporaine et moderne. Casablanca a été marquée dans les années 1930 et jusqu’à 1950 par une architecture d’avant-garde mondiale. De grands noms y ont contribué comme les architectes Jean-François Zevaco ou Auguste Cadet.

Par ailleurs, on peut qualifier l’architecture de Casablanca comme hybride. La ville a été l’émanation de plusieurs architectes européens, mais le savoir-faire des mâalems marocains y est fortement présent. Que ce soit pour le zellige, le bois… les façades et les expressions architecturales de la ville sont marquées par cet art marocain.

Ceci dit, pour alerter la société et les Casablancais en particulier sur l’importance de ce legs architectural, nous avons créé en 1995 l’association Casamémoire. Il nous fallait nous réapproprier cet héritage et nous réconcilier avec notre passé avec sérénité, dans le but de promouvoir cette architecture avant-gardiste et la préserver.

C’est vrai que nous avons mis beaucoup de temps avant de prendre conscience de la nécessité de préserver ce legs, mais je peux vous dire qu’aujourd’hui les autorités de Casablanca ont initié plusieurs actions pour y remédier. Une prise de conscience qui émane également de la plus haute autorité du pays. Désormais, il est temps de passer à un autre niveau d’action pour pouvoir faire de ce patrimoine un outil de développement.

L’idée est d’innover en produits touristiques. La ville est très belle par son urbanisme et son architecture, l’une des plus belles au niveau mondial. C’est pourquoi, d’ailleurs, nous travaillons pour présenter un bon dossier complet pour l’inscription de la ville de Casablanca sur la liste du patrimoine mondial de l’ UNESCO.

Casablanca dispose-t-elle des atouts de cette ambition d’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO? L’urbanisation sauvage, le manque d’espaces verts, les infrastructures désuètes, les problèmes au niveau des services sociaux… ne sont pas pour vous inquiéter?
Casablanca a effectivement été délaissée pendant à peu près 50 ans. L’anarchie était le maître mot et la ville commençait à perdre de ses paramètres urbains. Ces dernières années, nous sommes dans le rattrapage et beaucoup de choses ont été réalisées. Un véritable travail de restructuration est en marche. Des infrastructures modernes et de grands monuments ont été édifiés.

Nous disposons aujourd’hui de l’un des plus grands théâtres au monde, le parc sur plusieurs hectares de Casa Finance City, les trémies, les passages à niveau, la réhabilitation de la côte et de l’espace près de la mosquée Hassan II. Quand l’Agence urbaine fait du bon boulot, j’estime qu’il faut le reconnaître et le mettre en évidence.

Des exemples de ces réalisations?
L’Agence a lancé en 2018 une étude pour l’élaboration d’un plan de sauvegarde et de valorisation du patrimoine de la ville. Nous ne pouvons que nous en féliciter. Ce que je veux dire, c’est qu’aujourd’hui les responsables de l’urbanisme de Casablanca disposent d’une vision et opèrent selon un nouveau paradigme scientifique.

Un travail d’inventaire de fond est en cours de réalisation, des commissions sont mises en place et on adopte de plus en plus une approche basée sur la concertation. Il y a beaucoup de travail à faire, vu le retard que nous avons accusé, mais des signes sont là qui démontrent que l’urbanisme est une priorité.


X

Télécharger le magazine Maroc Hebdo

Télécharger