Rabat et Tel-Aviv se jaugent encore

NOUVEAU GOUVERNEMENT ISRAÉLIEN

Avec désormais Naftali Bennett à la tête de l’Exécutif de l’État d’Israël, le Maroc fera en sorte de continuer à jouer son rôle “actif” pour la paix au Proche-Orient. Et donc agir pour que les Palestiniens puissent enfin jouir de leur État.

C’est, en apparence, un message de félicitations comme en adresse tout chef d’État et de gouvernement à l’occasion de l’élection d’un de ses pairs, mais seulement en apparence: aussi courte qu’elle soit -deux phrases-, la missive reçue ce 16 juin 2021 de la part du roi Mohammed VI par le nouveau Premier ministre israélien, Naftali Bennett, à l’occasion de la formation trois jours plus tôt de son gouvernement sonne en fait davantage comme une lettre d’intention.

En effet, le Souverain en profite, après les formules de politesse d’usage, “pour [lui] souligner (...) que le Royaume du Maroc est déterminé à poursuivre son rôle actif et ses meilleurs efforts pour faire avancer une paix juste et durable au Moyen- Orient, qui permettra à tous les peuples de la région de vivre côte à côte dans la sécurité, la stabilité et l’amitié”.

Ce pour quoi M. Bennett, par le biais d’un message diffusé le même jour sur le site de la primature israélienne, l’a “remerci[é]”, tout en soulignant qu’“Israël considère le Maroc comme un ami et un partenaire important dans les efforts visant à faire progresser la paix et la sécurité dans la région”. “Je favoriserai les relations israélo-marocaines dans tous les domaines pour le bien-être et la prospérité des deux peuples, amis depuis de nombreuses années,” y indique le chef de l’Exécutif de l’État hébreu.

De part et d’autre, le cadre est donc posé, et on peut croire qu’il y a, dans le fond, loin là du simple langage diplomatique usuel. Côté marocain, il faut sans doute mettre notamment l’accent sur l’expression de paix “juste”, lourde de sens en ce qu’elle implique que M. Bennett ne fasse pas davantage obstruction à l’établissement d’un État palestinien.

Car même si le concerné aura à gouverner dans une coalition hétéroclite comprenant, pour l’anecdote, la Liste arabe unie “Ra’am” représentant les citoyens israéliens d’origine palestinienne, il n’en reste pas moins que, lui, demeure le chef du parti Yamina, qui comme son nom l’indique en hébreu se positionne à droite, voire à l’extrême droite, et défend notamment la colonisation de l’ensemble de la ville sainte d’Al-Qods, dont la partie orientale doit pourtant revenir aux Palestiniens et constituer leur future capitale, ainsi que de la Cisjordanie.

Paix et sécurité
Or le rétablissement des relations avec Israël, intervenu le 22 décembre 2020 après près de vingt ans de rupture -en raison du déclenchement de la seconde intifada palestinienne fin septembre 2000-, avait été précédé par le rappel par le Maroc du fait qu’il “soutient une solution fondée sur deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité”, pour reprendre le propos tenu le 10 décembre 2020 par le roi Mohammed VI au président américain Donald Trump au moment où les deux chefs d’État avaient annoncé la future reprise. Et non donc d’un seul État.

D’ailleurs, il n’est toujours pas question, entre Rabat et Tel-Aviv, d’ambassades, mais de simples bureaux de liaisons ayant surtout pour raison d’être de faciliter la vie aux nombreux Israéliens d’origine marocain, dont la population est estimée à un total de 800.000 âmes par le département des Marocains résidant à l’étranger (MRE).

Il y a justement lieu de signaler que le gouvernement Bennett comprend, sur vingtsept ministres, pas moins de quatre Maroco-Israéliens, à savoir Yifat Shasha-Biton (Education nationale), Meir Cohen (Travail), Karine Elharrar (Infrastructure nationale) et Meirav Cohen (Égalité sociale). Une présence qui, depuis plusieurs années déjà, ne se dément plus.