Rabat continue son grand tour des grandes puissances

ENTRETIENS BOURITA-LAVROV

Pour le Maroc, l’appui de la Russie aux nouveaux pourparlers libyens et sa neutralité, à défaut de son soutien, au Sahara semblent être un enjeu diplomatique de taille.

Le Maroc continue, diplomatiquement parlant, d’avancer ses pions. Fort actif depuis plusieurs semaines auprès notamment des grandes puissances -Chine et États-Unis en tête-, le Royaume s’est, cette fois, tourné vers la Russie, par le truchement des entretiens téléphoniques qu’a eus dans la journée du 11 septembre le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, avec son homologue russe Sergueï Lavrov.

Selon le communiqué publié dans la foulée, ces entretiens ont donné lieu à des échanges au sujet de différentes questions d’intérêt commun, qu’elles aient trait au plan pur des relations bilatérales, avec principalement la tenue le 2 décembre 2020 à Moscou de la commission intergouvernementale mixte Maroc-Russie M. Bourita devrait, à cette occasion, se rendre en personne dans la capitale russe-, qu’à des thématiques d’ordre régional et international. Au titre de ces thématiques, celle de la Libye a été nommément mentionnée, alors que le Maroc et plus précisément la ville de Skhirat venait d’accueillir, les jours précédents, le nouveau round de négociation libyen entre le Haut Conseil d’État et le Parlement de Tobrouk -ces derniers avaient acté, le 10 septembre, la nouvelel répartition des postes de souveraineté.

Eviter de mauvaises surprises
On le sait, la Russie a fait partie, ces dernières années, des principaux soutiens du Parlement de Tobrouk et du commandant en chef de l’Armée nationale libyenne (ANL), Khalifa Haftar, qui en son nom mène depuis plusieurs années une guerre totale contre le gouvernement d’union nationale formé en mars 2016 par Fayez el-Sarraj au titre des accords de Skhirat du 17 décembre 2015. Et il était, donc, important que la diplomatie marocaine prenne langue avec elle, car la réussite des nouveaux pourparlers libyens dépend en partie notamment de son appui politique -et, bien sûr, celui de l’autre grande puissance qu’est la France et des pays arabes tiers, en tête desquels les Émirats arabes unis. Mais il y avait aussi, par ailleurs, le sujet brûlant du Sahara marocain, qui doit bientôt être débattu au niveau du Conseil de sécurité alors que le 31 octobre prend fin le présent mandat de la Minurso.

Le Maroc ne se fait pas d’illusion et a bien conscience que la Russie fera toujours en sorte de le ménager au même titre que l’Algérie, d’autant plus que cette dernière fait partie des principaux clients de son armement. Tout au plus peut-il faire en sorte que le pays de Vladimir Poutine continue de tenir “dûment compte de la position du Royaume”, comme l’avait exprimé le président russe à l’occasion de la visite qu’avait effectuée en mars 2016 le roi Mohammed VI à Moscou.

Ce qui, toutefois, est de nature à lui éviter de mauvaises surprises, comme c’était notamment arrivé en avril 2013 avec l’administration Barack Obama qui voulait intégrer le monitoring des droits humains à la mission de la Minurso, alors que le Maroc dispose de ses propres mécanismes souverains en la matière en l’espèce du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH).


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