À quoi servent réellement nos parlementaires?

Chers députés, si vous nous lisez, sachez que les Marocains ne demandent pas la lune. Juste un peu d’intégrité, de dévouement, et pourquoi pas, un soupçon d’efficacité

Les députés marocains, ces figures emblématiques de l’arène politique qui, armés de leurs privilèges et de salaires enviables, suscitent curiosité, admiration, mais aussi bien des interrogations. «Que font-ils donc de leurs journées ?», se demande le citoyen lambda, de Tanger à Lagouira, rêvant peut-être secrètement d’une telle sinécure. C’est une question que se pose également un récent rapport de l’observatoire Tafra. Intitulé avec une pointe d’ironie «Que font les député.e.s ?», ce rapport se penche sur l’activité “laborieuse” de nos élus à travers l’analyse de leurs questions, écrites et orales, comme preuve d’engagement démocratique.

Avec pas moins de 20.514 interrogations qui fusent de toutes parts depuis le début de la législature en cours, on pourrait croire à une véritable foire aux questions, où chaque député, tel un élève, lève la main pour attirer l’attention du professeur-gouvernement. Toutefois, quelques députés semblent avoir d’autres priorités que celles de la défense des droits des citoyens. En effet, le Parlement, cette noble institution qui vient de fêter ses 60 ans d’existence au Maroc, est souvent secoué par des affaires qui feraient pâlir d’envie les scénaristes de séries policières. Avec plus de 50 députés poursuivis, rien que depuis 2021, pour des affaires de corruption, de blanchiment d’argent et d’abus de pouvoir, on se croirait dans un thriller politico-financier de haut vol. Rien qu’entre le 5 décembre 2023 et le 3 janvier 2024, à peine un mois, la Cour constitutionnelle a déchu 5 parlementaires de leur mandat au sein de la Chambre des représentants, suite à des jugements les condamnant dans diverses affaires. Ces élus, qui devraient porter la voix du peuple, semblent ainsi plutôt enclins à user de leur pouvoir pour s’enrichir de toutes les façons.

Pour ne citer que “l’Escobar du Sahara”, cette récente affaire digne d’un film hollywoodien avec un réseau de trafic de drogue et de blanchiment d’argent à l’échelle internationale où sont impliqués des parlementaires et des présidents de collectivités territoriales marocains. Le tout orchestré par un certain Haj Ahmed Ben Ibrahim, alias «Le Malien».


Et que dire des députés stars de cette saga, Saïd Naciri et Abdenbi Bioui, dont les noms ont été éclaboussés par les révélations du “Malien» ? Trafic international de drogue, spoliation, blanchiment, faux et usage de faux... La liste de leurs hobbies présumés est aussi longue que la queue devant une administration marocaine un lundi matin.

Mais au-delà du spectacle judiciaire, ces affaires posent une question fondamentale : nos députés sont-ils vraiment à la hauteur de la tâche qui leur est confiée ? Avec un salaire mensuel exempt d’impôts de 36 000 dirhams, sans compter les indemnités et avantages en nature, on s’attend à des députés héros, prêts à protéger les plus vulnérables coûte que coûte. Au lieu de cela, certains semblent avoir confondu service public et self-service.

Alors, chers députés, si vous nous lisez, sachez que les Marocains ne demandent pas la lune. Juste un peu d’intégrité, de dévouement, et pourquoi pas, un soupçon d’efficacité. Car à l’heure où les défis se multiplient, de la crise économique à la pandémie du Covid, en passant par la crise éducative, il est temps de remettre les pendules à l’heure. Et qui sait, peut-être qu’au lieu de faire les gros titres pour des affaires de corruption, vous pourrez un jour être célébrés comme de véritables héros du quotidien. Mais pour cela, il faudra peut-être commencer par répondre à une question simple : que faites-vous vraiment pour le Maroc ?

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