POUR QUI SONNE LE GLAS ?

POUR LA DEUXIÈME FOIS CONSÉCUTIVE, LES FENNECS ONT DÛ REGAGNER LEURS TERRIERS DÈS LES PREMIERS TOURS DE LA CAN AVEC AMERTUME, TRISTESSE ET CHOC PSYCHOLOGIQUE.

“Le football est l’opium du peuple” est une citation apocryphe attribuée à Karl Marx. Certaines personnes, mal informées, pensent qu’elle provient d’un article de Marx publié en 1844 par le « Rheinische Zeitung ». Il n’en est rien. En fait, il s’agit d’une paraphrase de Marx où il dit que « La religion est le soupir de la créature opprimée » et conclut : « elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple.» Plus fort que l’opium, le foot est une drogue addictive pour le populo et les médias. Cette dernière semaine, durant les heures de transmission TV des rencontres de la CAN, la circulation à Casablanca n’a plus rien d’infernale et la rue retrouve sa sereine fluidité.

Marx, ne pensait pas que le foot ait les mêmes effets que la religion. Il le voyait comme une activité saine qui pouvait rassembler les gens. Comme d’autres sports, c’est aussi un moyen de canaliser la violence et l’agressivité et une manière de détourner l’attention des problèmes sociaux et politiques. Les gouvernants ont compris le rôle ensorcelant des jeux en général et du foot en particulier pour endormir leur population et plâtrer les unités nationales ébréchées.

Hier, l’opium a livré sa transcendance. Un succulent match opposant la Mauritanie à l’Algérie s’est terminé par la victoire de la Mauritanie par un score de 1-0. C’est un évènement historique pour la Mauritanie. C’est sa première victoire et qualification pour les huitièmes de la finale dans l’histoire de la CAN. Une énorme fierté pour le pays et les Mauritaniens. Cette victoire a sonné le glas pour l’Algérie, championne d’Afrique en 2019. Pour la deuxième fois consécutive, les Fennecs ont dû regagner leurs terriers dès les premiers tours de la CAN avec amertume, tristesse et choc psychologique. Une immense déception pour le pays, les supporters et les caciques dirigeants qui comptaient sur une victoire et un retour avec la coupe pour redorer leurs blasons effilochés. Maintenant, le ridicule ne tuant pas, il va falloir convaincre leur population que c’est à cause du gri-gri marocain que leur équipe a perdu.


Toute défaite est une occasion de se remettre en question et de tirer les leçons de ses erreurs. Cela n’a pas le cas en Algérie. Le sélectionneur national algérien Jamal Belmadi, agacé et en colère, n’a pas hésité à invectiver un journaliste en réponse à une question sur l’avenir de l’équipe nationale algérienne. Ici, le proverbe marocain « quand le taureau tombe, les couteaux se multiplient » prend tout son sens.

Sur les réseaux sociaux, Belmadi est traité de tous les noms d’oiseaux y compris les plus irrespectueux d’entre eux. De toutes parts, on entend que les choix du sélectionneur sont catastrophiques et honteux. Qu’il a placé ses joueurs dans des postes qui ne leurs conviennent pas. Qu’il est tout le temps en train de chialer sur le bord du terrain, de maudire les arbitres et de faire des signes cabalistiques. Dans le même registre, le coach est nul et sans créativité. Il n’apporte rien à l’équipe. Les joueurs ne sont pas épargnés et prennent pour leur matricule. Ils ont joué avec la peur au ventre sans aucune fierté. Ils ont humilié l’Algérie et les Algériens. L’émotion du peuple algérien, ordinairement émotif et fier, est à son paroxysme : il a été privé de son opium.

Les français de France quant à eux sont très satisfaits de la sortie de l’équipe algérienne. Les liesses algériennes d’une éventuelle victoire footballistique ne se dérouleront pas sur les Champs Élysées. Il n’y aura ni casse de vitrines ni incendies de voiture.

Articles similaires