Questions à : Dr El Mountadar Alaoui

Pourquoi les médecins diplômés au Maroc préfèrent partir-ils à l’étranger?
Beaucoup de médecins préfèrent partir à l’étranger, que ce soit au Maroc ou dans plusieurs autres pays, c’est un peu à la mode! Seulement, dans notre pays, il existe beaucoup de dysfonctionnements qui motivent cette décision. Salaires dérisoires, problèmes de mutation, absence d’équipements, conditions difficiles d’accès au résidanat, état déplorable des hôpitaux et centres publics… Tant de complications que rencontrent les médecins de la Santé publique et les futurs diplômés qui peuvent donner l’envie de tout quitter. Cela fait des années, depuis 2017, que nous appelons à l’amélioration des conditions de travail des médecins pour l’intérêt du citoyen en premier lieu. Nous sommes passés par trois ministres en trois ans, à savoir Houcine El Ouardi, Anas Doukkali, puis maintenant Khalid Aït Taleb. Avec ces différents ministres, nous avons tiré la sonnette d’alarme, et à chaque fois nous avons eu droit à de fausses promesses jamais appliquées.

Finalement, nous luttons pour rester dans notre pays. Nous souhaitons travailler pour les citoyens, qui sont nos pères, nos mères, nos frères, nos tantes ou nos voisins… Les offres alléchantes à l’étranger ne nous attirent pas tant. Seulement, en l’absence d’une politique pour améliorer l’état de la Santé au Maroc, plusieurs médecins ne peuvent plus rien espérer de leur pays. Avec la crise du Covid-19, plusieurs pays ont annoncé leur intention de recruter des compétences en médecine du monde entier, si les choses ne s’arrangent pas au plus vite dans notre pays, une autoroute sera ouverte pour emmener les médecins vers des pays qui respectent leurs acquis. D’ailleurs 1.301 démissions sont déposées auprès du ministère de la Santé par des médecins du secteur public des différentes régions du Maroc.

La pénurie en médecins dans le secteur public est un fait, comment y remédier, à votre avis?
Pour retenir les compétences de notre pays, il n’existe pas de formule magique. Amélioration des conditions d’accueil des citoyens et de travail des médecins, pour faire cesser les confrontations entre les médecins et les citoyens, qui responsabilisent en premier lieu le praticien en face d’eux.

Tous les médecins ne souhaitent pas se diriger vers le secteur privé, donc il faut créer un climat de travail correct pour que les médecins du secteur public arrêtent de jouer l’intermédiaire entre le citoyen et le secteur privé. L’absence du matériel nécessaire pour les examens ou les soins bloquent l’avancement du processus du traitement et le patient impute ce retard à l’incompétence des médecins publics. La fierté des médecins en dépend! Et le gouvernement doit agir au plus vite pour répondre aux doléances des médecins. Les actions sporadiques, comme le versement de primes en cette période du Covid-19, ne sont pas une solution. Nous refusons les motivations financiers banales qui tentent de nous faire taire sur notre dossier revendicatif. Arrêtons la dérision!

Peut on considérer que les conditions actuelles de la Santé au Maroc pourront pousser davantage de médecins à partir?
Bien sûr, c’est la première cause des départs. Le médecin marocain qui a été en première ligne dans la lutte contre la propagation du Covid-19 a aussi été concerné par les retenues à la source sur salaires. Le gouvernement pouvait bien extraire les praticiens de cette stratégie puisqu’ils ont travaillé et de façon plus accentuée en cette période de crise sanitaire.

Les actions du gouvernement ne cessent de dégrader le médecin marocain. Si les décisions à haut échelle ne sont pas prises à temps, il est sûr qu’on va assister à une plus grande pénurie dans le secteur de la Santé. Certains médecins quitteront le pays, d’autres quitteront le secteur public pour préserver leur fierté.


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