Qu'est-ce qui fait courir Zineb El Rhazoui

La journaliste franco-marocaine fait les choux gras de la presse française

Figure controversée aussi bien au Maroc que désormais en France, la journaliste Zineb El Rhazoui n’est sans doute pas près de mettre tout le monde d’accord.

Zineb El Rhazoui, l’ancienne journaliste de Charlie Hebdo (et aussi, accessoirement, du défunt Journal hebdomadaire à la fin des années 2000) se retrouve depuis plusieurs semaines sous les feux des projecteurs en France, pays dont elle porte la nationalité par sa mère, en raison de son combat contre ce qu’elle appelle le «fascisme islamique».

Dans son numéro du 4 avril 2019, l’hebdomadaire français Le Point ne lui a rien de moins consacré que sa couverture, où il la présente en grand titre comme «la femme qui fait peur aux islamistes». «Je veux que ma fille puisse marcher fièrement et librement partout en France,» y dit-elle. L’intérieur du journal est non moins hyperbolique. Le journaliste Thomas Mahler, qui l’a rencontrée dans un «lieu (...) insolite » -«pour des raisons de sécurité, on ne dira rien,» écrit-il-, la décrit comme «l'adversaire la plus acharnée de l'islam politique et la voix (tonitruante) des athées de culture musulmane en France». «Loin des clashs des talk-shows, la journaliste et essayiste a pu développer une pensée bien plus complexe que ne le laissent entendre ses détracteurs, qui tentent de la dépeindre en une «forme de Zemmour»,» plaide-t-il. C’est que les positions de Mme El Rhazoui sur l’islam en général, et particulièrement sa place en France et sa solubilité dans le laïcisme républicain, ne lui valent pas que des amis.

Une militante convaincue
En décembre 2018, elle avait reçu un flot d’injures sur les médias sociaux après avoir déclaré dans une émission-débat sur la chaîne CNews que «l’islam doit se soumettre à la critique». Dans le lot des messages qui lui sont parvenus se trouvaient même des menaces de morts, prises très au sérieux par la police.

Mme El Rhazoui vit d’ailleurs sous protection depuis les attaques terroristes contre Charlie Hebdo du 7 janvier 2015, où plusieurs dessinateurs du journal ont trouvé la mort, à savoir Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski (douze personnes assassinées et onze blessés au total). Ce jour-là, elle se trouvait par hasard en vacances dans son Casablanca natal -elle y a vu le jour le 19 janvier 1982- et avait ainsi miraculeusement échappé aux balles de Chérif et Saïd Kouachi. «J’ai passé la journée devant la télé à me ramasser non pas à la petite cuillère, mais au pinceau d’archéologue, et à compter les morts, se souvient-elle. J’avais les genoux sciés,» confiait-elle en février 2019 au quotidien français Le Monde.

Quand on retrace le parcours de Mme El Rhazoui, on sent que, justement, le drame de Charlie Hebdo a été un point déterminant. C’est, certes, depuis toujours une militante athée convaincue: au Maroc, on se rappelle encore, dix ans plus tard, de l’épisode des six dé-jeûneurs de Mohammedia, où elle avait joué, avec la psychologue féministe Betty Lachgar, les premiers rôles. En tant que cofondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), aujourd’hui disparu des radars et qui s’illustrait à la fin des années 2000 par ses actions d’éclats en faveur, justement, des libertés individuelles, elle avait organisé une rupture publique du jeûne de Ramadan non loin de la gare de l’ancienne Fedala pour demander l’abrogation de l’article 222 du code pénal, qui punit une telle rupture d’un à six mois de prison et de 200 à 500 dirhams. Elle et les cinq autres dé-jeûneurs seront cueillis par la police avant de passer à l’acte et l’affaire divisera profondément l’opinion publique.

Mme El Rhazoui s’illustrera par la suite au sein du Mouvement du 20-Février, né des tourments du Printemps arabe de 2010/2011 afin d’exiger des réformes constitutionnelles dans le sens de l’instauration d’une monarchie parlementaire. On retient notamment de cette époque sa harangue contre l’alors président du Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH), Driss El Yazami, lors d’un happening en France d’Europe Ecologie Les Verts, qu’elle prend à parti pour son présumé renoncement à son passé militant en échange des ors de l'administration. Mais par la suite la journaliste vaquera à des occupations plus franco-françaises à partir du moment où elle intègre Charlie Hebdo en 2013.

Positions frontales sur l’islam
Faisant parler d’elle avec ses nombreuses contributions sur l’islam, dont elle est une spécialiste au titre d’un master en sociologie des religions obtenu en 2007 à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris (son mémoire avait porté sur les mouvements d’évangélisation au Maroc), elle devient une figure véritablement publique suite aux attaques du 7 janvier et se retrouve régulièrement invitée sur les plateaux de télévision français. Ce qui n’est, semble-t-il, pas pour arranger son cas aux yeux de ses critiques, voire ennemis. Regrette-t-elle de tenir et d’avoir tenu des positions aussi frontales sur l’islam au vu du risque encouru? Il semble que non. Au contraire, elle affirme être fière de militer à «visage découvert», à rebours de beaucoup de ceux qui l’attaquent, qui se contentent le plus souvent de pseudonymes. Aussi bien en France qu’au Maroc, Mme El Rhazoui n’est sans doute pas près de mettre tout le monde d’accord, et sans doute cela en dit-il assez sur ses motivations...


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