POUR QUELQUES DOSES DE PLUS

L’ACCÈS AU VACCIN CONTRE LE COVID-19 EST LE MIROIR DES INÉGALITÉS MONDIALES

Plusieurs études disponibles, notamment en Grande-Bretagne et en Israël, suggèrent que jusqu’à maintenant les vaccins tiennent leurs promesses, en faisant significativement chuter le nombre de cas sévères dès la première dose. Soit autant de résultats encourageants. En effet, le vaccin ne servirait pas seulement à se protéger individuellement et à protéger le système de santé, mais aussi à protéger les autres.

Par ailleurs, ces données, si elles se sont confortées, pourraient renverser l’ordre établi en termes de publics prioritaires. C’est en effet parce que la réduction de la contagiosité était incertaine qu’on a recommandé de vacciner en priorité les personnes ayant le plus grand bénéfice individuel à se faire vacciner, à savoir celles qui ont le plus de risque de développer une forme grave du Covid-19 et d’en décéder.

Si l’injection empêche de transmettre le virus, les personnes ayant une vie sociale importante, à l’instar des jeunes, pourraient donc devenir prioritaires. Ces données restent néanmoins à analyser avec prudence. Et ce, d’autant plus qu’elles ne concernent que les sept pays les plus riches dans le monde. Pays ou près de la moitié des vaccins y ont été administrés.

Pays appartenant, en majorité au G 7, alors qu’ils n’hébergent que 10 % de la population mondiale. Plus de neuf doses sur dix ont été administrées dans ce que la Banque mondiale appelle les pays à revenu «élevé» ou «intermédiaire de la tranche supérieure». Pays qui ne concentrent qu’une grosse moitié de la population mondiale. Parmi les 29 pays à «faible» revenu, seuls la Guinée et le Rwanda ont commencé à vacciner.

Rejoints tout récemment par le Sénégal ou le Ghana. Par contre dans certains pays, notamment arabes, comme la Syrie, il n’est même pas sûr qu’ils aient reçu la moindre dose à cette date. Le gouffre est plus que béant. Face à cette situation scandaleusement inégalitaire, les sept membres du G7 (États- Unis, Canada, Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie, Japon) ont pris tout récemment des engagements en faveur d’une meilleure répartition des doses avec les pays pauvres.

Ils ont annoncé plus que doubler leur soutien collectif à la vaccination anti-Covid, à 7, 5 milliards de dollars, notamment via le programme onusien Covax, piloté par l’Organisation mondiale de la Santé.

Ainsi, plus on est riche, plus on est vacciné tôt, ce qui poussa certains observateurs avertis à distinguer au moins trois types de pays. En tête, on trouve les pays qui ont été proactifs, même s’ils ne sont pas classés parmi les plus riches comme le Maroc, et qui ont passé commande très vite, pour être livrées en quantité suffisante. Ensuite, il y a les États avec des ressources limitées, qui ont reçu des vaccins en petite quantité, souvent grâce à une aide étrangère, et attendent leur quote-part du Covax [le mécanisme de distribution du vaccin de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) destiné aux pays pauvres].

Et, enfin, il y a les pays en crise, où la campagne de vaccination n’a même pas encore commencé. Preuve en est que l’accès au vaccin contre le Covid-19 est, plus que jamais, un miroir des inégalités dans le monde.