Un quart des marocains veulent émigrer

L'appel du large

La tentation de partir à la recherche d’une vie supposée meilleure est toujours présente. Après le pillage colonial, voici venu le temps d’allécher les forces productives du Sud.

Les enquêtes du Haut Commissariat au plan (HCP), sous la houlette de Ahmed Lahlimi, peuvent paraître répétitives. Rien n’est moins vrai. Même lorsqu’un même sujet semble avoir élu domicile dans cette institution, c’est pour être revisité dans son évolution par rapport à un contexte qui bouge dans un sens ou dans l’autre; mais toujours sous un angle inédit. Ainsi fonctionne le HCP; ainsi il en est pour sa toute dernière enquête sur le mouvement migratoire marocain vers l’étranger. Bien qu’elle ne choque plus dès ses premières données, selon l’enquête plus du quart de la population active ne pense qu’à passer de l’autre côté de la Méditerranée ou de l’Atlantique.

Il en ressort, par les chiffres, que 23,8% des familles sondées comptent au moins un émigré. Concrètement, ce sont les forces vives du pays qui partent chercher de meilleures opportunités de travail sous d’autres cieux. À moins que nos RME ne soient si bien chouchoutés à l’arrivée comme au départ des grands mouvements migratoires rien que pour leur apport strictement pécuniaire. L’enquête nous confirme ce qu’on savait déjà de science certaine, à savoir que les destinations les plus prisées restent l’Europe, avec la France, l’Espagne et l’Italie en premier; et l’Amérique du Nord en second. On a beau changer de boussole, comme l’on casse un thermomètre pour arrêter la fièvre, le Nord se renferme, de plus en plus, à double tour. M. Lahlimi n’est pas pour autant à court d’issue de secours. Lorsqu’il quitte le passage à l’acte migratoire c’est juste pour voguer sur le nuage de l’intention de partir.

De meilleures opportunités
Même à ce niveau, d’énormes disparités apparaissent selon l’âge et le genre parmi les candidats sur la ligne de départ. L’intention de partir est ainsi partagée entre 28,6% pour les hommes et 17,7% pour les femmes. Soit un total par l’âge de 40,3% pour les 15 -29 ans et 10,3% pour les 45 -59 ans. L’enquête nous apprend que 4 sur 10 candidats à l’émigration sont titulaires d’un diplôme de formation professionnelle. Ils ne sont pas forcément reconnus comme tels et recrutés pour un quelconque travail correspondant à la formation déclarée. Bien que fiable par les méthodes techniques de réalisation des enquêtes d’opinion, ces chiffres ont du mal à cerner un phénomène difficilement saisissable. L’immense problème d’une formation professionnelle adaptée aux besoins réels du marché du travail, ici même ou ailleurs, reste entier. Surtout par les temps qui courent d’après une réforme toujours improbable.


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