A quand la relance du tourisme ?

Maintien de la suspension des vols avec de grands marchés émetteurs

Pour les opérateurs touristiques, le gouvernement devrait plutôt jouer la carte de la flexibilité en exigeant par exemple la présentation d’un pass vaccinal ou l’obligation, pour les touristes, de passer un nouveau test PCR à leur arrivée.

Les professionnels du tourisme semblent naviguer à vue, dans un océan inconnu. Ils ont vécu un véritable ascenseur émotionnel ces trois derniers mois. Lourdement impactés par les restrictions sanitaires liées au Covid-19, ces opérateurs scrutaient l’avenir avec un peu d’optimisme après l’annonce de l’allègement des mesures restrictives avec l’ouverture des frontières et la classification des pays dans les listes A et B, en fonction de l’évolution de la pandémie. Mais grande fut leur surprise quand les autorités marocaines ont décidé de suspendre, courant octobre 2021, les vols directs à destination de la Russie, de l’Allemagne, des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

Motifs: la forte propagation du virus dans ces pays. Les conséquences ne se sont pas fait attendre. Des milliers de réservations sont annulées par les touristes notamment à Marrakech, Agadir et Ouarzazate. D’autres qui avaient déjà élu domicile dans les établissements hôteliers prennent les vols spéciaux affrétés par leurs Etats pour quitter le royaume. Une situation terrible, qui bien évidemment, a suscité l’ire des acteurs du secteur, qui s’attendaient à d’importantes rentrées financières durant les vacances de fin d’année.

D’après bon nombre d’entre eux, cette décision gouvernementale risque de porter l’estocade à un secteur déjà à l’agonie. Et pour cause, ces quatre pays «bannis» sont de gros marchés émetteurs de touristes pour le Maroc. Et les chiffres le prouvent amplement. Environ 13 millions de touristes ont visité le Royaume en 2019, d’après l’Observatoire du tourisme, soit une hausse de 5,2% par rapport à 2018. Une évolution notamment portée par ceux en provenance du Royaume-Uni dont le nombre a augmenté de 8%, l’Allemagne (5%) et la Hollande (4%).

Plus de flexibilité
L’annulation de la 2e Assemblée générale de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) qui devait se tenir du 30 novembre au 3 décembre 2021 à Marrakech, avec la participation de délégations de quarante-trois pays, fut également une pilule amère.

Pour les professionnels du secteur touristique, le gouvernement devait plutôt jouer la carte de la flexibilité en exigeant par exemple la présentation d’un pass vaccinal ou l’obligation, pour ces visiteurs, de passer un nouveau test PCR à leur arrivée. Des mesures similaires appliquées par de vrais concurrents du Maroc, comme la Tunisie. Ce pays a mis en place un plan de relance qui met l’accent sur les long-séjours et les séniors, notamment français, ses principaux clients traditionnels lors de la moyenne et basse saison. Une stratégie qui s’est avérée payante puisque le nombre de nuitées a augmenté de 11% en 2021, selon l’Office tunisien du Tourisme, loin de la baisse de 80% notée en 2020.

Du côté du gouvernement marocain, l’heure est à la relance du secteur. La ministre de tutelle, Fatim-Zahra Ammor, a rencontré le 2 novembre 2021, des membres de la Confédération nationale du Tourisme (CNT), Adel El Fakir, directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), et Imad Barrakad, président du directoire de la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT). D’après un communiqué publié par son département, la ministre s’est engagée à établir une feuille de route «prenant en compte les doléances des opérateurs privés du secteur et ce, pour relancer l’activité et atténuer les effets de la pandémie de Covid-19».

Aux yeux des opérateurs touristiques, la reprise des liaisons aériennes est l’urgence du moment, d’autant plus que le Maroc a pu administrer 48 millions de doses du vaccin dont plus de 22 millions de personnes ayant reçu les deux doses. La levée du couvre-feu nocturne, depuis le 10 novembre, preuve supplémentaire de la maîtrise de la pandémie devrait pousser les autorités à revenir sur leur décision, avant que les choses n’empirent.

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