QUAND LA LOYAUTÉ FAIT DÉFAUT

Maroc-Union Européenne

Pour Manuel Valls “la France et l’Espagne doivent être des partenaires loyaux du Royaume du Maroc”.

L’ancien Premier ministre français, Manuel Valls, fait partie de ces personnalités étrangères que l’on aime à taxer d’“ami du Maroc” pour tempérer leurs positions qui, il est vrai, peuvent être favorables au Royaume. Mais favorable ne veut pas nécessairement dire subjectif et dénué de bon sens, et à cet égard on peut renvoyer à sa récente interview au cabinet MGH Partners fustigeant la “vision dépassée” que l’on retrouve selon lui “en Espagne, et notamment dans la gauche”, eu égard à la question du Sahara.

L’interview a été publiée le 28 avril 2021 et il n’a pas été précisé si elle a été effectuée avant l’affaire de l’hospitalisation du secrétaire général du mouvement séparatiste sahraoui du Front Polisario, Brahim Ghali, dans un hôpital espagnol ou après, mais le moins que l’on puisse est qu’elle est tombée à point nommé. Et surtout qu’elle a été d’une rare clairvoyance, dans la mesure où elle a eu le mérite de remettre en perspective les véritables paramètres du conflit relatif aux provinces méridionales du Royaume, lequel conflit “provient”, rappelle-til, “d’un monde qui n’existe plus, le monde des blocs, les vestiges de [la conférence de] Yalta et ses conséquences sur un continent comme l’Afrique”, est “désuet” et qu’il s’agit, en définitive, d’une “fiction”.

Conflit qui, aussi, profite aux “réseaux criminels et terroristes”, et il va sans dire que M. Valls parlait en connaissance de cause, lui qui en plus d’avoir eu sous sa supervision la primature a également été en charge plus de 22 mois durant du ministère de l’Intérieur français (mai 2012-mars 2014). Mais s’il y a une phrase qui a particulièrement retenu l’attention, c’est celle-ci: “Je pense que la France et l’Espagne doivent être des partenaires loyaux du Royaume du Maroc sur cette question”. Loyaux! Voilà bien un terme qui, justement, semble désormais passé de mode dans les relations avec les deux anciennes puissances coloniales, si tant est qu’il ait jamais été, on peut se le demander maintenant, au rendez-vous.

Un peu moins peut-être avec la France, dont on a vu le parti présidentiel, à savoir La République en marche (LREM), annoncer le 8 avril 2021 l’ouverture d’un nouveau comité dans la ville de Dakhla, en plein Sahara marocain, mais non sans “regrette[r]” cinq jours plus tard à peine par la voie du secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, Clément Beaune.

Mais avec l’Espagne, c’est carrément la déception qui a été donc de mise, puisqu’on a vu cette dernière, pour reprendre le propos du 30 avril 2021 du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, à l’agence de presse espagnole EFE, “comploter” avec l’Algérie pour accueillir sur son sol M. Ghali, et ce en catimini en admettant le concerné sous une fausse identité diplomatique algérienne sur son territoire et surtout sans prendre le temps d’en avertir les autorités marocaines, comme si elles n’étaient plus “sur l’écran du radar” -expression que l’on doit également à M. Bourita. “L’attitude de l’Espagne suscite une grande incompréhension et des interrogations légitimes,” faisait d’ailleurs remarquer dans un communiqué, le 25 avril 2021, le ministère des Affaires étrangères.

Et ce qu’on peut dire en fait du couple franco-espagnol on pourrait l’extrapoler à d’autres pays européens tels bien évidemment l’Allemagne, avec laquelle une crise couve depuis le 1er mars 2021 en raison notamment des positions de son représentant permanent auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU), Christoph Heusgen, contre la reconnaissance du 10 décembre 2021 par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur son Sahara.

Or dans sa même interview à EFE, M. Bourita a été bien précis et souligné que dorénavant, la relation avec le Royaume ne saurait être “à la carte”, c’est-à-dire que d’une part l’on serait partenaires dès lors qu’il serait question de prévenir la migration irrégulière ou le terrorisme, tandis qu’au sujet de l’intégrité territoriale marocaine chacun se terrerait et se permettrait même, à la première occasion venue, des coups bas, comme donc dans l’affaire de M. Ghali.

Le ministre avait également par deux fois appelé les Européens, les 15 janvier et 24 février 2021, à sortir de leur zone de confort et ne plus se contenter de discours creux et à “suivre la dynamique des États-Unis”, étant donné que la phraséologie classique se contentant d’appuyer une solution “politique, durable et mutuellement acceptable” ne veut finalement rien dire et qu’elle est même creuse, comme il le soulignait aussi le 15 décembre 2020 dans une interview à “Kifache TV”. Ou peut-être que finalement on parle pas du même principe de loyauté dans les deux rives de la Méditerranée?.