QUAND L'EGYPTE ÉTERNUE

Prémices de révolution au pays des pharaons

IMAGINER UN DÉPART DU PRÉSIDENT ABDEL FATTAH AL-SISSI SEMBLE PLUS QU’IMPROBABLE.

Le printemps en septembre? Non, la région arabe ne s’est pas déplacée à l’hémisphère sud et, non, tout n’est pas encore imputable au changement climatique. C’est, cette fois, la force des peuples qui est en train d’agir sur le cycle des saisons. Après le Soudan et l’Algérie, c’est donc l’Egypte qui semble, à son tour, céder à la fièvre de la révolution; même si, pour l’heure, un diagnostic définitif serait à tout point de vue précipité. L’histoire est à peine croyable: tout a commencé après qu’un entrepreneur égyptien exilé en Espagne ait appelé ses compatriotes à manifester contre le régime militaire du président Abdel Fattah al-Sissi. Répondant au nom de Mohamed Ali, ce quadragénaire publie depuis le 2 septembre sur sa page Facebook «Mohamed Ali Secrets», suivie par près d’un million de personnes, une série de vidéos pour, d’une part, dénoncer l’accaparement dont se seraient rendus coupables les gradés de l’armée envers sa fortune, estimée selon lui à des millions de livres, et, d’autre part, mettre en cause leurs travers.

«Le système nous a tous rendus corrompus,» affirmait-il, dans une de ces vidéos, le 18 septembre. Ce qui, pour de nombreux Egyptiens, crédibilise son témoignage, c’est qu’il a, longtemps durant, frayé avec la classe dirigeante puisque c’est cette dernière qui a permis à sa famille de s’enrichir: son père n’est autre que l’ancien champion d’haltérophilie Ali Abdelkhalek, bien introduit, comme beaucoup d’autres anciens sportifs, dans les cercles du pouvoir -il a, au passage, désavoué son fils dans une interview publié le 4 septembre sur la chaîne de télévision Sada Elbalad.

Le 27 septembre, plusieurs milliers de personnes sont sorties dans la capitale, Le Caire, ainsi que dans les villes d’Alexandrie, Suez ou encore El-Mahalla, avant d’être rapidement dispersées par les forces de l’ordre. Plusieurs personnes ont été arrêtées. Imaginer, en l’état, un départ de M. al-Sissi semble plus qu’improbable, dans la mesure où depuis son putsch à l’encontre des Frères musulmans le 3 juillet 2013, l’Egypte est redevenue, bon gré mal gré, le pôle de stabilité qu’elle était sous le président Hosni Moubarak. L’armée, justement, supervise à l’heure actuelle quelque 2.300 projets dans tout le pays. Le plus emblématique sans doute, à cet égard, est celui de la nouvelle capitale, qui devrait être bouclé dans trois ans au maximum. Mais la couleur de l’argent en jeu, pas tous les Egyptiens peuvent la voir. A vrai dire, beaucoup d’entre eux ploient sous la pauvreté -près d’un tiers de la population selon l’Agence centrale de la mobilisation publique et des statistiques (CAPMAS)-, du fait du plan d’austérité que leur impose le Fonds monétaire international (FMI) depuis novembre 2016 en contrepartie d’un prêt de 12 milliards de dollars.

On l’imagine, les dirigeants arabes doivent suivre avec un intérêt certain ce qui est en train de se passer en Egypte. Car, comme chacun le sait, quand cette dernière éternue, c’est toute la région qui prend froid. Printemps ou pas.


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