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Quand écouter rime avec danger

Risques de l’utilisation excessive des appareils auditifs sur la santé

Pertes auditives, troubles du sommeil, fatigue excessive, accidents de la circulation, manque de concentration et d’attention… Autant de conséquences néfastes de l’utilisation excessive des écouteurs. Décryptage.

Vous l’avez sûrement constaté. De nombreux jeunes portent régulièrement des écouteurs sans fil «Airpods» ou des casques audios pendant une partie de la journée pour écouter la radio, s’endormir, téléphoner à leurs proches ou écouter de la bonne musique. Certains même n’hésitent pas à augmenter les volumes à fond au point de perturber leurs voisins dans les transports en commun. Ignorant probablement les nombreux dangers qui les guettent. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’utilisation excessive de ces dispositifs entraine des conséquences néfastes sur la santé physique et mentale.

Pr. Mohamed Rachid Ghaïlan, professeur en ORL et chirurgie cervico-faciale va plus loin, en nous expliquant que cette attitude pourrait engendrer des sifflements et bourdonnements des oreilles (acouphènes), des troubles du sommeil, une fatigue excessive, un manque de concentration et d’attention ou des manifestations cardiovasculaires. «A la longue, d’autres symptômes tout aussi graves peuvent faire leur apparition comme l’irritabilité excessive et l’épuisement du corps», alerte-t-il.

Pour mesurer l’ampleur de ce phénomène, ce spécialiste avait réalisé une enquête auprès de 2000 jeunes âgés de 15 à 25 ans, avec son staff qui travaille au service ORL et de chirurgie cervico-faciale du CHU Mohammed VI d’Oujda. Les résultats sont édifiants: 25% d’entre eux présentaient des acouphènes d’intensité variable. Pis, ce pourcentage atteint les 30% chez les plus jeunes. D’après Pr. Ghaïlan, la durée de l’utilisation des écouteurs et l’augmentation du volume au maximum constituent les principaux dangers pour les oreilles. Une thèse confirmée par l’OMS, qui explique que l’exposition à plus de 85 décibels (dB) pendant huit heures ou plus de 100 dB pendant 15 minutes avec son Smartphone ou dans certains lieux de loisirs comme les bars, boîtes de nuit, stades, etc., peut être considérée comme un niveau sonore dangereux.

Durée d’écoute
Outre les dangers sanitaires, l’utilisation abusive de ces outils peut également provoquer des accidents de la circulation. Une étude publiée en mai 2021 par le constructeur américain Ford, portant sur 2000 personnes établies en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni, avait révélé que la plupart des personnes interrogées ont affirmé avoir utilisé leurs écouteurs en se déplaçant dans la rue. Pis, 56% d’entre elles ont déclaré avoir risqué au moins une fois un accident ou ont directement été impliquées dans un accident. Et parmi elles, 27% portaient des écouteurs au moment des faits.

Ce phénomène s’est notamment accru durant le confinement, marqué par une sédentarité forcée par le virus et le recours au télétravail pour de nombreux employés. Que faire alors pour se prémunir de ses dangers? Avoir des périodes prolongées de pauses auditives au cours de la journée, suggère Pr. Ghaïlan. Un break qui, selon lui, «permet de réduire le risque d’irritabilité chez les jeunes». A ceux qui ne pourraient pas observer ce break, l’expert leur recommande l’utilisation d’appareils dotés d’un système de protection et de réduction du volume et qu’on peut éventuellement exploiter pour minimiser les risques de l’utilisation des écouteurs. En effet l’OMS a mis en place, depuis le 12 février 2019, une nouvelle norme qui recommande aux fabricants de smartphones et de lecteurs audio d’inclure des systèmes qui permettent d’évaluer les risques liés au volume sonore. Une décision prise après avoir estimé qu’environ 50% des jeunes de 12 à 35 ans, soit 1,1 milliard de personnes, risquent à terme de souffrir de pertes auditives en raison «d’une exposition prolongée et excessive à des sons forts». Le professeur en ORL invite aussi les parents à sortir avec les enfants de temps à autre, pour leur permettre de changer d’environnement et de s’éloigner des écouteurs pendant un moment.

1 milliard de personnes menacées
Consciente des dangers de ce phénomène, l’organisation onusienne a initié le Journée internationale de l’audition célébrée chaque année le 3 mars. D’après le Pr. Bruno Frachet, chef du service ORL à l’hôpital Rothschild à Paris et auteur de l’ouvrage «L’audition pour les nuls», «L’usage intensif d’un casque audio, dès le plus jeune âge, va provoquer un vieillissement prématuré et irréversible, à long terme, de l’oreille interne. Et des problèmes d’audition pourraient apparaître entre 30 et 40 ans, au lieu de 65 ans habituellement ». Selon lui, chaque personne dispose d’un capital auditif représenté par environ 15.000 cellules ciliées à la naissance dans chaque oreille. Et une fois qu’elles sont détruites, elles ne se renouvellent pas. A bon entendeur...

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