A quand la délivrance ?

PROLONGATION DE L’ÉTAT D’URGENCE SANITAIRE AU 10 AOÛT

C’est la deuxième fois que l’état d’urgence sanitaire est prolongé depuis l’apparition de la pandémie du Covid-19 dans le Royaume. Elle risque de faire beaucoup de mécontents puisque ce sont toujours les foyers industriels qui sapent les efforts des autorités et des médecins dans la lutte contre la propagation du coronavirus.

Présenté par le ministre de l’Intérieur, le projet prévoit la prolongation de la période de validité de l’état d’urgence sanitaire dans tout le territoire afin de faire face à l’épidémie du Covid- 19 jusqu’au 10 août 2020 à 18h00 a été finalement validée au conseil de gouvernement du jeudi 9 juillet 2020. Cette prolongation représente le cadre juridique pour permettre aux autorités de prendre toutes les mesures nécessaires, en cas de besoin, pour contrer tout développement de la pandémie.

Ce texte prévoit également que le ministre de l’intérieur, ainsi que les walis et gouverneurs, pourront prendre des mesures pour alléger certaines restrictions, en fonction de l’évolution de la situation épidémiologique. Les mêmes prérogatives qui leur ont été dévolues depuis le 20 juin, date du début du déconfinement progressif. Petit rappel, si besoin est, le gouvernement avait décrété le 20 mars 2020, l’état d’urgence sanitaire sur l’ensemble du territoire national afin de lutter contre le coronavirus. Le 9 juin 2020, il a prolongé l’état d’urgence au 10 juillet et autorisé le déconfinement progressif.

Un soulagement ineffable
Ce nouveau rallongement était attendu et est tout à fait compréhensible. Attendu, il a été précédé 24 heures auparavant d’une décision qui a donné de la visibilité et rasséréné une frange de Marocains qui a pris son mal en patience depuis trois mois et demi. Un communiqué conjoint des départements de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains Résidant à l’Étranger et de la Santé, avait informé que les citoyens marocains et les résidents étrangers au Royaume, ainsi que leurs familles pourront accéder au territoire national, à partir du 14 juillet 2020 à minuit par voies aérienne et maritime. Un soulagement ineffable pour près de 21.000 Marocains encore bloqués à l’étranger, dans plusieurs pays de par le monde. Ce sont des touristes, des hommes d’affaires, des hommes ou des professionnels de l’enseignement en mission ponctuelle, entre autres, qui se sont retrouvés à l’étranger au moment de la décision prise de fermeture des frontières des pays d’accueil ou du Royaume.

Vague d’indignation
Leur retour est préparé à l’avance. Les compagnies aériennes RAM et Arabia programmeront autant de vols que nécessaires pour la réussite de cette opération. Les passagers seront tenus de présenter, avant l’embarquement, un test PCR de moins de 48 heures, ainsi qu’un test sérologique. Cela leur fera éviter des tests similaires dès leur retour au Maroc. Par ailleurs, le rallongement de la durée de l’état d’urgence sanitaire d’un mois est tout à fait compréhensible, car la situation épidémiologique au Maroc oscille d’un jour à l’autre, caractérisée par l’apparition et la réapparition de rares foyers familiaux mais surtout de foyers industriels. L’exemple de celui de Safi qui a incité les autorités à fermer l’accès à la ville est très édifiant.

L’apparition le 19 juin 2020 de trois foyers du Covid-19 au niveau des usines de conditionnement de fraises dans la commune de Lalla Mimouna, dans la région du Gharb, puis d’un foyer dans une usine de conservation de sardines à Safi, début juillet, qui ont donné ainsi lieu à un foyer épidémiologique, a suscité une grande vague d’indignation en raison notamment des conditions de travail des ouvriers agricoles et agro-industriels et du manquement aux mesures sanitaires préconisées pour la non propagation du virus. Jusque-là épargnée par le Covid-19, Safi rejoint, à cause d’un manque de sérieux des gérants de l’usine de Safi, les villes qui enregistrent le plus de cas de contamination. Des centaines d’ouvriers ont été contaminés.

Si l’enquête à Safi n’a pas encore abouti, l’ampleur du foyer à Kénitra a poussé, un peu tardivement certes, le Procureur du Roi près la Cour d’appel de Kénitra à ordonner l’ouverture d’une enquête judiciaire sur les causes et circonstances de la propagation du Covid-19 au sein de trois unités de conditionnement de fruits rouges dans la région de Lalla Mimouna, province de Kénitra.

Depuis, on n’en sait plus rien. Aucune communication sur la suite de l’enquête ou ses premières révélations alors que l’enquête judiciaire s’assigne pour objectif de déterminer les infractions pénales ayant causé la contamination au Covid-19 de plusieurs employés agricoles, notamment la négligence, la non-prise des mesures nécessaires à leur protection ou le non-respect des lois et réglementations, en particulier les dispositions juridiques et organiques relatives aux mesures préventives et gestes barrières décidés par les autorités publiques durant l’état d’urgence sanitaire.

Deux poids, deux mesures
Cela ne présage rien de bon, à l’image du traitement des enquêtes des autres clusters découverts ailleurs et notamment à Casablanca (Aïn Sebaâ et Bernoussi). Le retard du traitement de ces dossier renvoie à croire qu’à chaque fois qu’il s’agit d’un opérateur économique, la répression tourne au ralenti et la délimitation des responsabilités traîne. Une justice à deux vitesses? En tout cas, c’est regrettable puisque ces foyers industriels sapent les efforts des autorités et des médecins dans la lutte contre la propagation du coronavirus et justifient, une fois de trop, la prolongation de l’état d’urgence sanitaire. C’est ce qui pousse les citoyens, ceux qui respectent vigoureusement les mesures sanitaires, à se demander: Pour quand la délivrance?.


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