BRAHIM BENKIRANE, PHOTOGRAPHE

Un puriste de la photo

Elle est tournée vers l’évasion et la contemplation, la photo de Brahim Benkirane, qui a troqué son blouson d’ingénieur automobile en France pour revenir au Maroc. 1vec tout l’arsenal du photographe, y compris le labo chez soi.


Contempler une photo de Brahim Benkirane, c’est comme consulter un album photo familial: une sorte de nostalgie, un pincement au coeur et tout un récit et un imaginaire se dégagent. C’est ressentir une intimité avec l’objet photographié. Ainsi, qualifier Brahim Benkirane de photographe classique est un compliment pour cet ingénieur de formation, né en 1963 à Paris et qui a grandi à Casablanca, qui a baigné depuis sa tendre enfance dans l’univers de la photographie, son père, un féru ayant même installé un laboratoire à domicile.

Chérissant le noir et le blanc, très inspiré par les photographes de l’agence Magnum, notamment Henri Cartier-Bresson, René Burri, Edouard Boubat et Raymond Depardon, Brahim Benkirane a décidé de s’intéresser consciemment et sérieusement à la photographie après un voyage au Népal, âgé alors de 28 ans, déçu qu’il était par ses clichés jugés en deçà de la beauté qu’il avait éprouvé et perçu de ses propres yeux.

Reconnaissance officielle
Benkirane est également un fin admirateur du photographe et cinéaste Daoud Aoulad-Syad, dont les premiers livres publiés dans les années quatre-vingts meublaient la collection de son père. Plus tard, à 45 ans, après avoir mis sa famille à l’abri du besoin matériel, il va pour de bon troquer son blouson d’ingénieur automobile dans une grande compagnie en France, pour tout l’arsenal de photographe, y compris le labo chez soi au Maroc.


Il suivra ainsi les pas de Daoud, qui a luimême choisi de rester au Maroc et de témoigner sur le Royaume à travers son regard photographique, au lieu de rejoindre l’agence Magnum à New York, dont les membres voulaient bel et bien le coopter. Une des photos que Brahim Benkirane a réalisée dans ses premières années de photographie a reçu en 1998 le premier prix du concours de la Fédération française de photographie. À l’époque, c’était sa première reconnaissance officielle, mais ce n’est pas pour cette raison qu’il aime cette photo en blanc et noir représentant un père qui tient dans ses bras un tout petit enfant.

“Je suis fier de cette photo parce qu’elle est douce, elle est sensible et forte à la fois. Elle fait rentrer les gens en résonance avec ce qu’ils ont, eux, dans leur tête et dans leur coeur”, explique dans un entretien accordé à Maroc Hebdo celui qui était passionné de course automobile au point de caresser le rêve d’intégrer une écurie avant de l’abandonner suite à un grave accident.

Intense est donc la passion de celui qui dit désormais vivre pour la photographie, et qui prône la liberté dans sa démarche artistique, guidé par sa propre sensibilité et privilégiant le plaisir et la sincérité dans l’exercice de cet art. Et du plaisir et de la sincérité, il en faut dans un marché de la photographie, dans une post-civilisation de l’image, dominés par des réseaux sociaux et saturée par des milliards et des milliards de clichée.

Dans cette ère où il faut être encore plus pertinent, aguerri et pointu pour sortir du lot, Brahim Benkirane, qui expose régulièrement à Casablanca, Rabat et Marrakech, lui, a choisi sa voie, en documentant, avec toujours la même passion pour l’humain, autant des événements extraordinaires, comme le séisme d’Al Haouz, des scènes de la vie quotidienne, que le geste de peindre d’artistes-plasticiens en transe dans leur atelier. Tout un art à découvrir sur son site internet: brahimbenkirane-reveurphotographe.com

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