Face à la toute-puissance de l'anglais, la francophonie résiste


Le sommet de la francophonie tenu à Djerba
en Tunisie les 19 et 20 novembre 2022.


Devenue, avec le mandarin, la langue du commerce international et de la recherche, l’anglais est devenu incontournable et gagne du terrain partout dans le monde. Cependant, malgré cette tendance lourde, la francophonie résiste, notamment dans son bastion préféré, l’Afrique.

Il faut être lucide. Dans les pays du Maghreb, on parle moins français qu’il y a vingt ou trente ans. C’est une réalité. La francophonie a un peu reculé». Lors du sommet de la francophonie tenu à Djerba (Tunisie) les 19 et 20 novembre 2022, Emmanuel Macron, président français, a fait le point sur le recul du français dans le continent, notamment en Afrique du nord. Un état de fait qui a poussé l’actuel pensionnaire de l’Elysée à mettre en place une série de mesures afin de redorer le blason d’une langue qui a longtemps été la plus parlée du monde.

Le thème de la francophonie est récurrent dans le discours présidentiel depuis la conférence des ambassadeurs, fin août 2017, rendez- vous annuel qui fixe les grandes orientations de la politique étrangère française. Il est évoqué systématiquement dans ses voyages officiels aussi bien en Afrique qu’au Moyen-Orient ou en Chine. Le français est, en effet, avec l’anglais, la seule langue de communication parlée sur les cinq continents. C’est la seconde langue la plus apprise dans le monde après l’anglais, et Paris veut aussi stimuler le français dans les enceintes internationales, dans l’Union européenne (UE) comme aux Nations unies (ONU), où elle est en recul, comme le déplorait récemment Michaëlle Jean, la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie.


Selon cette organisation, qui regroupe 84 Etats dont trente-deux ont le français pour langue officielle, la langue de Molière est aujourd’hui parlée par 275 millions de personnes dans le monde. Sous l’effet des dynamiques démographiques, quelque 700 millions de personnes d’ici à 2050, dont 85 % en Afrique, devraient s’exprimer en français. Cette influence demeure surtout culturelle. Au niveau littéraire, depuis la vague des indépendances, les auteurs africains ont su garder la vitalité de la littérature francophone. Cependant, les fruits de cette production sont peu accessibles sur le territoire africain. Les livres étant principalement édités en Occident, le lectorat reste essentiellement à l’extérieur de l’Afrique. En dehors des milieux universitaires, les écrits français souffrent d’une faible visibilité. Les cultures locales sont davantage représentées dans les langues vernaculaires, par des chansons et des récits oraux.

Influence de la métropole
Selon une étude de l’université canadienne de Sherbrooke, publiée en décembre 2022, la perception du français littéraire africain est très positive. Il est perçu comme un vecteur, permettant de traduire les cultures locales dans une langue internationale . Le français écrit n’est pas associé à la culture de la France, mais plutôt comme une porte d’entrée vers le lectorat francophone. En réalité, il y a un paradoxe dans cette perception. Selon cette même étude, le français est perçu comme la langue des colonisateurs, et donc de l’assujettissement.

De l’autre, il est encore utilisé comme langue de l’administration et de l’enseignement. Dans les premiers temps qui suivirent les indépendances, l’influence de la métropole sur ses anciennes colonies resta forte. Par leurs liens avec les chefs d’État locaux, les métropoles purent conserver une forme d’hégémonie politique et économique. Encore aujourd’hui, les parents vont privilégier les écoles de langue française qu’ils considèrent comme la langue des classes dirigeantes, au détriment des écoles nationales...

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