PUGNACITÉ MAROCAINE

Approvisionnement national en gaz

Si l’objectif du régime algérien était, en décidant de ne pas renouveler le contrat portant sur Maghreb-Europe, de laisser le Maroc sans gaz et donc de l’asphyxier économiquement, c’est qu’il sous-estimait le sens de la réactivité marocain.

Maghreb-Europe ne sera pas longtemps resté hors service. Abandonné le 1er novembre 2021 par l’Algérie, qui n’a plus souhaité l’utiliser pour approvisionner l’Espagne en gaz, ce gazoduc qui va de la voisine de l’Est à celle du Nord en passant par le Maroc sera mis à profit par le Royaume pour l’exploitation des ressources gazières du Grand Tendrara, une zone d’environ 14.500 km2 de la région de l’Oriental, à la frontière maroco-algérienne, pour laquelle la compagnie britannique Sound Energy avait obtenu un permis en 2018.

Cette dernière a, ainsi, signé, le 30 novembre 2021, un accord avec l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), au titre duquel celui-ci se verra livrer jusqu’à 350 millions de mètres cubes de gaz par an au cours des dix prochaines années, avec un seuil minimal assuré de 300 millions de mètres cubes (autrement, Sound Energy paierait une pénalité, dans le cadre de la clause “take-or-pay” dudit accord).

Mètres cubes qui, une fois sortis de terre, transiteront donc par Maghreb-Europe, pour, à partir de là, alimenter le reste du Maroc. La remise en service du gazoduc vient par ailleurs s’ajouter à un premier contrat signé le 30 juillet 2021 par Sound Energy avec Afriquia Gaz, la filiale gazière de la holding nationale Akwa Group (propriété, soit dit en passant, du Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch).

Portant également sur la zone du Grand Tendrara, le contrat consistera en la commercialisation annuelle de 100 millions de mètres cubes de gaz qu’Afriquia Gaz se chargera de distribuer, sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL), à ses différents clients (concrètement, le gaz sera liquéfié au sein d’une infrastructure qui devrait être construite par la société italienne Italfluid Geoenergy, avec laquelle Sound Energy est en discussion depuis fin décembre 2020, tandis que pour s’en servir les clients procéderont en aval à sa regazéification).

Et s’agissant justement de GNL, on peut rappeler que le Maroc avait lancé, le 23 mars 2021, un appel à manifestation d’intérêt pour la conception et mise en place d’une solution maritime pour l’approvisionnement en gaz naturel du marché national par une unité flottante de stockage et de regazéification.

Appel d’offre qui avait suscité tant d’intérêt -notamment celui du géant chinois du BTP, China Communications Construction Company (CCCC)- que le ministère de tutelle, à savoir celui de la Transition énergétique et du Développement durable, avait repoussé la deadline finale de dix jours. Ce qui fait que dès 2025, le Maroc pourra assurer 1,1 milliard de mètres cubes de ses besoins gaziers via la future unité, tandis qu’en attendant, l’on sait déjà que Maghreb-Europe pourra aussi servir à acheminer du GNL regazéifié depuis l’Espagne, dans le cadre de la stratégie de “reverse flow” que préconisait par exemple en juillet 2020 le Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Dans une dépêche publiée le 18 octobre 2021, l’agence de presse britannique Reuters avait, à cet égard, rapporté le propos d’un “haut responsable marocain” lui ayant précisé que “ce GNL ne concurrencera pas les approvisionnements espagnols en gaz” et qu’“il s’agira d’un achat supplémentaire commandé par le Maroc qui paiera le coût du transit par les terminaux espagnols et le gazoduc”.

Si l’objectif du régime algérien était, en décidant de ne pas renouveler le contrat portant sur Maghreb-Europe, de laisser le Maroc sans gaz et donc de l’asphyxier économiquement, c’est qu’il sous-estimait le sens de la réactivité marocain, démontré par ailleurs par la gestion exemplaire de la pandémie de Covid-19. Et le pire pour lui c’est que le Royaume n’a, en vérité, jamais été menacé: comme l’avait précisé la ministre de la Transition énergétique, Leila Benali, au cours de son passage du 8 novembre 2021 à la Chambre des représentants, le gaz algérien de Maghreb-Europe n’a jamais servi qu’à “la production d’électricité dans la centrale de Tahaddart, près de Tanger, et dans la centrale de Aïn Beni Mathar, dans la province de l’Est”.

On l’imagine donc, la frustration doit être de mise du côté d’Alger, dont on voit, en outre, ces jours-ci les médias se saisir frénétiquement de l’affaire de la livraison, par la compagnie pétro-gazière nationale algérienne de la Sonatrach, de GNL à Afriquia Gaz; comme pour dire que le Maroc est tellement en détresse qu’il utilise tous les moyens possibles pour obtenir du gaz algérien. L’explication est, ceci dit, plus prosaïque: Afriquia Gaz et la Sonatrach ont tout simplement un contrat qui court jusqu’au 25 décembre 2021, et c’est, justement, en prévision de sa fin que l’accord sur le GNL de Sound Energy avait entre autres été conclu. Il faudra donc que la capitale algérienne fasse preuve de davantage d’imagination...