Comment le public wydadi a charmé le monde

Finale de la ligue des champions africaine

La victoire du Wydad a été totale, lors de la finale de la Ligue des champions le soir du lundi 30 mai 2022. Outre le 3e sacre amplement mérité, les supporters du géant casablancais ont charmé le monde entier. Les hauts dirigeants du foot présents ont été bluffés et ne sont pas prêts à oublier l’ambiance infernale au stade Mohammed V.

“Je n’ai jamais vu plus féroce que le public du Wydad de toute ma vie, et le tout sans le moindre débordement (...) Infantino (Président de la Fifa, ndlr) et moimême avons été terrorisés par le bruit”. C’est par ces mots que Ahmed Shobier, ancienne gloire du football égyptien devenu vedette de la presse sportive dans son pays, a décrit l’ambiance qui a régné, lundi 30 mai 2022, dans le stade Mohammed V de Casablanca lors de la finale de Ligue des champions d’Afrique entre le Wydad et Al Ahly du Caire.

Une fois de plus, les supporters wydadis, à leur tête l’ultras des Winners, ont prouvé leur importance comme étant une des plus redoutables armes du club casablancais, si ce n’est la plus redoutable. Ce soir-là, ils étaient plus de 30.0000 à répondre présents pour soutenir leur équipe de coeur pour ce rendez-vous avec l’Histoire. Et ils auraient pu être encore plus nombreux, si la CAF n’avait pas insisté à faire respecter la répartition des zones de gradins qui a donné 10.000 places, soit la totalité du virage sud, au public adverse puisque la rencontre se joue sur terrain “neutre”.

Organisation impeccable
Finalement, ils n’étaient que 2.500 au plus, majoritairement des résidents au Maroc, à faire le déplacement pour soutenir Al Ahly, ce qui a poussé les responsables du club cairote à couvrir les places vides par des bannières afin d’éviter que les Wydadis s’en emparent. À quelques heures du début de la finale, le match des gradins était déjà plié. Les Winners rugissent et font trembler l’enceinte du complexe sportif avec leurs chants qui se répandent jusqu’au quartier avoisinant, alors que les supporters égyptiens, en nette infériorité numérique, ne peuvent qu’admirer le majestueux spectacle qui se produit devant leurs yeux. Sur les réseaux sociaux, certains se sont amusés à partager des images de sonomètres prises dans les gradins, affichant un volume sonore dépassant le seuil des 100 décibels.

Très attendu par des millions de spectateurs, le tifo déployé sur toute la moitié nord du stade a été un véritable chef d’oeuvre. Une gigantesque bannière sur laquelle sont dessinés quelques principaux artisans de l’épopée du WAC cette saison: l’entraîneur Walid Regragui, le capitaine et maître du milieu de terrain Yahia Jabrane, ainsi qu’Achraf Dari, défenseur central imprenable, et Aymane Hassouni, meneur de jeu talentueux, tous les deux formés au club et chouchoutés par les supporters. Le tout accompagné par un message : “All Time High”, pour signifier les sommets atteints par le club depuis plusieurs saisons.

Dans les tribunes d’honneur, les invités de marque de cette finale sont stratégiquement placés pour apprécier ce festival comme il le faut. Le président de la Fifa, Gianni Infantino, le président de la Confédération africaine de football (CAF), Patrice Motsepe, le ministre marocain des Sports, Chakib Benmoussa, le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaâ, ainsi que d’autres hauts dirigeants du ballon rond sont tous debout pour témoigner de leur respect et de leur éblouissement devant ce qui se produit devant leurs yeux. Un sourire de fierté se dessine sur le visage des responsables marocains, alors que les invités du Royaume sortent leurs smartphones pour filmer ce qui pourrait être leur plus intense expérience dans un stade de foot jusqu’à maintenant.

Ambiance festive
Au-delà des bénéfices purement sportifs de cette finale, avec une 7e Ligue des champions pour le football national et une Supercoupe qui sera 100% marocaine, cette finale a été une victoire pour le Maroc et une opération de communication réussie pour son image. L’ambiance festive et l’organisation impeccable à tous les niveaux ont même poussé certains à faire la comparaison avec la finale de Ligue des champions, tenue à Paris trois jours auparavant, et qui a été marquée par des graves incidents entre les supporters et les forces de sécurité.

Au point de pousser le célèbre animateur français Yann Barthès à faire l’éloge du public wydadi et des organisateurs de la finale de Casablanca dans son émission phare “Quotidien”, en réponses aux déclarations racistes de Jordan Bardella, cadre de l’extrême droite en France qui a comparé le scandale autour du match Liverpool-Real Madrid à “ce qui se passe d’habitude dans les stades africains”. Il faut dire les responsables marocains ont tout fait pour que le choc Wydad-Al Ahly se passe dans des conditions idéales, pour couper court à la propagande d’une certaine fraction de la partie égyptienne, qui n’a cessé de remettre en question la capacité du Royaume à garantir la sécurité de la finale, dans l’espoir de la faire organiser dans un autre pays. En vain, puisque la métropole a fini par abriter la rencontre, et avec brio de surcroît.

Notamment grâce à un important dispositif sécuritaire comptant environ 6.000 policiers et autres éléments, et des équipements à la pointe de la technologie. Le tout chapeauté par le patron de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), Abdellatif Hammouchi, qui a été présent en personne sur place pour veiller à la bonne mise en place des mesures de sécurité. Ces mesures ont permis d’ailleurs de bien maîtriser l’explosion de joie qui a suivi le sifflet final de l’arbitre sud-africaine Victor Gomes. Les scènes de liesse se sont emparées de la ville entière, puis de tout le reste du Royaume. Dans les quartiers de Casablanca, notamment les fiefs du WAC comme la Médina, ainsi que dans les principales artères de la ville, chants et slogans des fans ont retenti, alors que les fumigènes et les feux d’artifice ont coloré le ciel du rouge wydadi. Le tout mêlé aux sons des klaxons émanant des longs cortèges de voitures et de motos.

Une nuit blanche dont les amoureux du Wydad se souviendront toujours. Les accolades, les rires et les larmes de joie relatent la soif du public pour ce titre, surtout après la finale de 2019 “injustement” perdue. Trois ans plus tard, le WAC prend sa revanche pour se retrouver sur le toit de l’Afrique. La meilleure façon de remercier son fidèle grand public.