Alger entretient constamment la vieille doctrine de l’“ennemi extérieur marocain”

PSYCHOSE ALGÉRIENNE

Les locataires du Palais d’El Mouradia ont toujours régné par la peur. Ils ont alimenté en permanence, depuis l’indépendance à ce jour, une psychose délirante et chronique en interne, basée sur l’imaginaire menace marocaine.


En Russie, Vladimir Poutine fascine et fait peur à la fois. Cette image n’est pas trop différente de celle que certains médias occidentaux miroitent de lui. Celle d’un homme fort, hyper-contrôlé, stratège, imperturbable et impénétrable... Et dans l’Algérie de Abdelmadjid Tebboune, ce dernier brille par ses bourdes, ses incohérences, ses extravagances et surtout ses divagations inimitables… Bref, il inspire le mépris et la désolation. Pourquoi cette comparaison ? Parce que l’Algérie est toujours sous l’emprise d’une junte militaire qui tient le pays d’une main de fer et qui a usé et abusé, au fil des années, de la propagande, de la désinformation et de la répression musclée, affichée ou sournoise, pour museler la contestation populaire, le Hirak, dont l’élan avait été coupé par le Covid-19. Les militaires aux commandes, à leur tête septuagénaire général Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’armée, sont de cette vieille école de l’ex-Union soviétique à laquelle appartient Vladimir Poutine. Il est vrai que la comparaison n’a pas lieu d’être. Non seulement entre les deux personnages Poutine et Tebboune, mais aussi entre les deux pays ou régimes.

Les locataires du Palais d’El Mouradia ont toujours régné par la peur. Ils ont alimenté en permanence, depuis l’indépendance à ce jour, une psychose délirante et chronique en interne, basée sur la vieille doctrine de l’«ennemi extérieur» qu’est le voisin de l’ouest, le Maroc. Du président aux médias à la solde du régime, en passant par le chef de l’armée, le même message de haine anti-marocain est relayé, à longueur d’année, comme un refrain, surtout à l’approche des élections présidentielles anticipées, prévues pour le 7 septembre 2024.

Mais ce qu’on constate dernièrement, c’est que cette psychose a été également nourrie par des représentations imagées encore vivantes dans la mémoire collective. Le général Chengriha a rouvert, tout récemment, la plaie des années 90, celle de la guerre civile qui aura fait près de 200.000 victimes. Il s’est attaqué à l’intégrisme religieux au siège du commandement des Forces de défense aériennes, en mettant en garde contre le retour des intégristes en Algérie.

Chengriha a déclaré que les extrémistes doivent savoir que le peuple algérien, qui a « enduré les tourments du terrorisme barbare et a souffert des affres d’une cruauté aveugle, ne leur permettra jamais de le leurrer une nouvelle fois ». Il accuse les intégristes d’utiliser « l’attachement » des Algériens à leur religion pour « atteindre des objectifs politiciens douteux, qui s’inscrivent sans nul doute dans le cadre de projets destructeurs et d’agendas étrangers hostiles ».

Deux messages peuvent se dégager de ce discours, prononcé à quelques mois seulement des échéances électorales. Soit l’armée veut faire peur aux partis politiques d’opposition, notamment de référence islamiste, pour ne pas contester avec virulence des élections truquées ou bien elle agite l’épouvantail du chaos pour reconduire Tebboune ou un autre pantin de son choix au pouvoir.

La junte militaire tente également d’exporter cette psychose vers le Maroc, en envoyant constamment des messages de « va-t-en-guerre ». Sauf que sa manoeuvre s’est retournée contre elle. Les échos des tambours de la guerre se font entendre plus à Alger où la population, exaspérée par des conditions de vie économiques et sociales difficiles, et la population, révoltée contre l’étroitesse des libertés, fait pression sur le président actuel et exige de véritables réformes.

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