"Il n'y a ni projection ni vision dans la loi de finances rectificative"

Entretien avec Fatima-Zahra Mansouri, députée PAM et présidente du Conseil national du parti

La députée PAM et ex-maire de Marrakech déplore et dénonce l’incapacité du gouvernement El Othmani à planifier une sortie de crise, à donner de la visibilité aux Marocains et aux opérateurs économiques et à communiquer et expliquer ses décisions basées sur des hésitations, nourrissant l’incertitude générale.

Votre parti (Authenticité et Modernité) a rejeté à la première chambre du Parlement le projet de la loi de finances rectificative. Ce rejet tient-il aux modifications apportées ou plutôt à une absence de visibilité du gouvernement?
Notre parti a officiellement rejeté cette loi de finances rectificative parce qu’il y a une absence totale de la cohésion sociale. Aussi, il n’y a pas de projection à moyen ou à long termes. Il est vrai que cette loi de finances rectificative va couvrir quatre ou cinq mois de l’année mais il faudra savoir, par exemple, comment cette relance économique sera mise sur les rails. Nous sommes le 14 juillet. Il y a une rentrée scolaire prévue pour le mois de septembre. Pourquoi personne n’en parle. Sera-t-elle une rentrée normale ou pas? Et dans le cas où cette question n’est pas encore tranchée, qu’on nous donne les différents scénarios. Et si on va miser sur l’enseignement à distance, comment va-t-on faire pour les élèves et étudiants dans les campagnes et les montagnes? Qu’a-t-on prévu pour couvrir l’ensemble des Marocains et ne lâcher personne? Il y a un certain nombre de sujets et de problématiques qui se profilent à l’horizon et on a l’impression qu’il y a une absence totale du gouvernement. Le ministre de l’Intérieur s’est entretenu avec tous les CRT du Maroc, il ne s’en est rien ressorti. Quand on assume la responsabilité, il faut l’assumer sur le court, le moyen et le long termes.

Cette absence de visibilité et de projection sur l’avenir a-t-elle été relevée depuis le début du confinement?
J’avais fait une déclaration au lendemain de la décision de l’ouverture des frontières, du moins d’ouverture partielle. Premièrement, il y a eu un communiqué du gouvernement qui n’est pas clair. Deuxièmement, c’est inacceptable qu’un gouvernement avec un porte-parole prennent des décisions sans prendre la peine de les expliquer comme si les Marocains étaient des mineurs et ne méritent aucune explication. Je suis en colère contre ce gouvernement qui prend des décisions sous forme de communiqués sans jamais prendre la peine de les expliquer ou de les inscrire dans un agenda ou un plan d’action. L’économie s’effondre. Quid des secteurs qui seront accompagnés par ce gouvernement? Comment l’accompagnement sera-t-il fait? Les Marocains sont dans l’incertitude et pas un responsable pour penser l’avenir.

Autant on a été fiers des décisions prises par le gouvernement au début du confinement, autant on a été déçus par l’absence de visibilité par rapport à la période post-confinement. Le début de la crise a été bien géré de façon intelligente et d’ailleurs on l’a dit, la santé des Marocains est une priorité indiscutable. Mais au-delà d’un point de presse qui donne les chiffres du nombre des cas et des décès, il faut aussi être en mesure d’expliquer les décisions et les critères sur lesquels ils sont basés. Rien qu’hier, on a vu un camouflet à Tanger où l’on décide de fermer la ville partiellement ensuite totalement, puis on ne sait pas si elle est rouverte… Tout cela dénote de l’hésitation. Et des décisions basées sur des hésitations, ce n’est pas bon pour pérenniser un projet de société déjà affecté par la crise.

Parleriez-vous aussi de la région de Marrakech?
En tant que parlementaire de Marrakech, je m’inquiète réellement et profondément par rapport à la situation de notre région qui est encore en zone 2. D’ailleurs je ne sais pourquoi on la maintient en zone 2. Dans notre région, il y a moins de cas que dans d’autres. Or nous sommes toujours en zone 2. Marrakech est une ville qui dépend à 80% de l’économie touristique. Dans le seul secteur du tourisme, il y a 750.000 emplois directs et 2,5 millions d’emplois indirects. Et c’est inacceptable qu’on ne sache pas si ces gens vont être couverts par la CNSS à partir du mois prochain ou pas. Que va-t-on mettre en place pour la relance de l’économie?

Le gouvernement a ouvert les frontières aux MRE. Mais ces derniers ne peuvent pas entrer à Marrakech. Qui va leur délivrer cette autorisation? Il n’y a pas de visibilité. Et je m’étonne qu’un gouvernement tienne seulement jeudi dernier un conseil de gouvernement sur la situation touristique sachant que cela fait quatre mois qu’on aurait pu planifier et établir des scénarios de sortie de crise. On ne nie pas qu’il y ait des aléas et que personne au monde ne maîtrise cette pandémie, mais la planification est le rôle d’un gouvernement. Il s’agit justement de décliner un certain nombre de scénarios pour les différents cas possibles. Il faut communiquer autour des décisions prises et s’y tenir.


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