Benjamin Netanyahou, responsable de la pire catastrophe humanitaire de ce début du 21ème siècle

Benjamin Netanyahou; Profession : Génocidaire


En seulement un mois de bombardements aveugles, plus de 30.000 tonnes de bombes lâchées par l’armée israélienne sur Gaza. Soit trois fois la puissance de la bombe américaine larguée sur Hiroshima en 1945. L’enclave palestinienne est devenue un immense charnier à ciel ouvert. Qui pour arrêter cette folie meurtrière du premier ministre d’Israël ?

Mais qu’est-ce que donc Benjamin Netanyahou? Depuis le milieu des années 1980, quand, encore jeune diplomate, il a commencé à se faire connaître en tant que représentant permanent d’Israël auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU), la question se posait déjà à propos de celui qui, depuis juin 1996, a dirigé pas moins de sept (!) gouvernements israéliens (lire le témoignage d’Edward Saïd). Héraut du “Grand Israël” -dont il n’a, rien que le 22 septembre 2023, exhibé la carte sous les lambris de la dernière Assemblée générale de l’ONU- et, du même fait, ennemi déclaré de l’établissement d’un État palestinien, “Bibi” n’est en tout cas pas, on l’aura compris, un homme de paix. Un fou furieux? Pour un politique autre que lui, le raccourci aurait, de façon générale, été certainement galvaudé. Mais pas dans son “cas”, puisque c’est bien sans doute, et plus que jamais, en termes pathologiques qu’il faut évoquer sa sinistre figure.

10.000 morts
Maître artisan du génocide que sont en train d’opérer, depuis le 9 octobre 2023, les forces israéliennes dans la bande de Gaza, avec à la clé déjà pas moins de 10.000 morts dans les rangs de la population de l’enclave palestinienne -autant, à titre de comparaison, qu’en vingt-et-un mois de guerre en Ukraine-, M. Netanyahou aura ainsi bien mérité sa place dans les livres d’histoire comme un des dirigeants les plus sanguinaires que la chronique ait jamais enregistrée. Et si, parmi les criminels contre l’humanité de tous les temps, il y a couronne ultime à convoiter, il semble bien décidé à l’arracher pour lui; pour la postérité que, de toute évidence, il s’est résolument mis en tête d’atteindre. Peu importe le nombre de vies qu’il puisse en coûter, y compris parmi ses compatriotes, dont au moins 240 seraient détenus à Gaza depuis le raid du 7 octobre 2023 du mouvement palestinien du Hamas à l’encontre d’Israël. “Il n’y aura pas de cessez-le-feu, de cessez-le-feu général, à Gaza, sans la libération de nos otages”, a-t-il excipé le 7 novembre 2023 dans une interview accordée à la chaîne américaine ABC News, comme si les bombardements qui n’en finissent plus pouvaient bien être la solution.

Entreprise génocidaire
En Israël même, cette rhétorique ne convainc d’ailleurs pas grand-monde. Les différents sondages publiés ici et là par les médias le démontrent éloquemment. L’un deux, diffusé le 3 novembre 2023 par le quotidien Maarif, ne lui donne qu’un taux d’approbation de 27%. Selon la même source, si des législatives venaient à être tenues, son parti du Likoud perdrait 13 sièges à la Knesset, le parlement israélien.

On peut donc clairement parler de défiance à son égard, et cela jusque dans la rue, puisqu’on l’a vu, des centaines de manifestants se sont rassemblés, dans la soirée du 4 novembre 2023, non loin de l’immeuble où il réside dans le quartier de Réhavia, dans la ville d’Al-Qods Acharif, afin de demander son départ. Une semaine plus tôt, de nombreux Israéliens avaient également tenu un sit-in devant la maison secondaire dont il dispose dans la cité balnéaire de Césarée (la police l’avait initialement interdit, pour cause de “temps de guerre”, avant de finalement faire machine arrière en raison du tollé soulevé). Ne parlons pas non plus de la classe politique israélienne, où de partout M. Netanyahou se trouve pris pour cible.

Dernière personnalité en date à l’avoir admonesté, Ehud Olmert, qui fut également dans la seconde moitié des années 2000 premier ministre (janvier 2006-mars 2009) et qui, dans des déclarations données le 8 novembre 2023 au journal électronique “Politico”, l’a taxé de “danger pour Israël”. “Je le pense sérieusement. Je suis certain que les Américains comprennent qu’il est en mauvaise posture”, a-t-il déclaré, non sans renvoyer aux différentes informations qui circulent effectivement dans les médias outre-Atlantique, comme quoi l’administration Joe Biden serait de jour en jour moins encline à soutenir l’offensive meurtrière de M. Netanyahou à l’encontre de Gaza, aussi bien pour des raisons de “relations publiques” si l’on puit dire, puisqu’au niveau du monde l’actuel pouvoir à Washington se retrouve de fait mêlé à une entreprise génocidaire à laquelle il aurait sans doute préféré ne pas se voir associé, que purement militaire, dans la mesure où il apparaît désormais de façon établie que l’opération israélienne ne tombe pas vraiment sous le sens.

Rêves “grands-israéliens”.
Certes, “Épées de fer”, comme on l’a nommé, a permis, après un mois de “siège total”, d’enfin parvenir à la ville de Gaza -selon, en tout cas, ce qu’a assuré ce 7 novembre 2023 le ministre de la Défense israélien, Yoav Gallant-, mais est-ce cela qui va vraiment permettre à Israël d’en finir avec le Hamas? Même si tous les dirigeants du mouvement en venaient à être éliminés, ne finiront-ils pas un jour par être suppléés par une nouvelle génération qui devrait vraisemblablement être autrement radicale, comme ceux d’aujourd’hui le sont eux-mêmes par rapport à ceux qui avaient fait la deuxième intifada dans la première moitié des années 2000 et, avant, la première intifada au tournant des années 1990? Le fait de contrôler directement Gaza, comme ce fut le cas à partir de la victoire israélienne de juin 1967 et ce jusqu’au désengagement de 2005, peut-il, en dernière instance, être une solution, comme y a fait allusion M. Netanyahou à ABC News (il a indiqué qu’“Israël [y] assumera, pour une durée indéterminée, la responsabilité générale de la sécurité”)? N’est-ce justement pas parce que ce n’était pas tenable sur le long terme que le premier ministre Ariel Sharon s’était empressé d’acter le désengagement de ses troupes du territoire? A moins que l’objectif de M. Netanyahou ne soit qu’Israël exerce son magistère dans une Gaza vidée de tous ses Palestiniens, ce qui cadre de toute façon avec ses rêves “grands-israéliens”... mais absolument pas avec l’idéal d’un Proche- Orient pacifié.


Projet de “Nakba” bis
Car quand bien même Tel-Aviv voudrait mener à bout un projet de “Nakba” bis, à l’image de celui qui lui avait permis de récupérer de vastes territoires palestiniens lors de la guerre arabo-israélienne de 1948-1949 au détriment de centaines de milliers d’autochtones, le voisinage direct serait le premier à y opposer une fin de non-recevoir ferme: l’Égypte d’abord, qui fait justement des mains et des pieds depuis plus d’un mois pour ne pas se retrouver à accueillir les quelque 2,3 millions de Gazaouis dans le Sinaï -“Israël n’a qu’à les transférer dans le désert (du Néguev, ndlr)”, avait réagi, visiblement courroucé par les appels du pied récurrents de nombreux dirigeants israéliens, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi le 18 octobre 2023- ; mais aussi la Jordanie, qui doit plus que jamais craindre de se retrouver dans l’oeil de mire, alors qu’en mars 2023 le ministre des Finances israélien, Bezalel Smotrich, n’avait pas hésité à s’afficher, lors d’une soirée de gala à Paris avec une carte d’Israël incluant le royaume hachémite, ce qui avait amené ce dernier à rappeler son ambassadeur (re-rappelé, soit dit en passant, le 1er novembre 2023 après le ciblage du camp de réfugiés de Jabaliya).

Sans compter bien évidemment l’Iran, qui a d’ores et déjà activé ses relais au Liban et au Yémen que sont respectivement le Hezbollah et les Houthis pour donner une tournure régionale au conflit, même si, pour l’heure, l’ampleur de leur implication demeure de portée réduite. C’est d’ailleurs, à l’évidence, en prévision d’une intervention de Téhéran que les États-Unis avaient dès le 8 octobre 2023, c’est-à-dire au lendemain de l’offensive du Hamas, dépêché leur porte-avion dernier cri USS Gerald R. Ford en Méditerranée orientale, étant donné qu’un tel déploiement n’est aucunement de nature à servir contre ce qui demeure de simples mouvements de guérilla, aussi efficaces puissent-ils être (l’USS Gerald R. Ford USS a, depuis lors, été rejoint par l’USS Dwight D. Eisenhower, non moins impressionnant). Voilà donc où M. Netanyahou est, à lui seul, en train de mener le monde: un conflit international d’envergure, qui peut à tout moment prendre une allure de Troisième Guerre mondiale. Et le pire est que c’est clairement en connaissance de cause. Ou, comme dirait l’autre, “après moi, le déluge”.

Au-delà de la fièvre biblique dont il semble pris, et qui le fait visiblement prendre pour le Messie tant attendu par le peuple juif, il faut dire aussi que M. Netanyahou poursuit à travers sa guerre un objectif personnel très précis, à savoir de prolonger autant que faire se peut sa présence à Beit Aghion, la résidence officielle du premier ministre israélien, et s’éviter un possible passage en prison. En effet, il ne faut pas oublier que, s’il quitte le pouvoir, le concerné peut à tout moment se retrouver derrière les barreaux, du fait des affaires de corruption pour lesquelles il est poursuivi en justice depuis mai 2020 (il est notamment accusé d’avoir touché l’équivalent de 1,9 million de dirhams de cadeaux en échange de faveurs au profit de personnalités richissimes). Pour l’heure, son poste de premier ministre l’en prémunit, mais rien ne dit qu’il ne doive y renoncer, comme ce fut le cas en juin 2021: c’est en fait là la raison pour laquelle il tente depuis son retour en décembre 2022 d’introduire une très controversée réforme de la justice à même de permettre à son gouvernement, et donc à lui-même, de choisir directement jusqu’aux juges de la cour suprême; ce que les Israéliens rejettent en masse, comme l’a montré leur large mouvement de protestation que seul le Hamas a, en tout cas pour l’instant, mis en sourdine.

Troisième Guerre mondiale
En outre, le fait de se maintenir aux commandes a un prix, et pour M. Netanyahou, cela a été de s’allier à la droite que, par abus de langage, on pourrait qualifier de fascisante, celle de l’ultraraciste ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, président du parti Force juive: avec des alliés plus rationnels, comme le fut pour lui au début de la décennie Benny Gantz (aujourd’hui favori pour lui succéder, selon les derniers sondages), le “désastre du 7 octobre”, comme on l’appelle d’ores et déjà en Israël, aurait-il pu advenir? En dehors de la faillite sécuritaire que celui-ci a constitué, il faut dire aussi que la crise politique israélienne actuelle a vraisemblablement beaucoup pesé pour amener le Hamas à frapper à ce moment précis; selon des informations révélées le 29 octobre 2023 par le quotidien américain “The New York Times”, le chef d’état-major, Herzi Halevi, aurait d’ailleurs personnellement cherché à avertir M. Netanyahou des implications sécuritaires de ses orientations, mais celui-ci aurait tout bonnement refusé de le recevoir (anecdote intéressante, Yaïr Netanyahou, fils de, avait taxé le 14 août 2023, dans une publication sur le réseau social Facebook, M. Halevi de “chef d’état-major le plus raté et le plus destructeur de l’histoire de Tsahal”, ceci pouvant aujourd’hui expliquer cela). Et dans le même sillage, mû par sa volonté manifeste de satisfaire aux desideratas de M. Ben-Gvir et co, M. Netanyahou a aussi, militairement, balisé le terrain pour le Hamas. D’une part, il a porté toute son attention sur la Cisjordanie afin d’en accélérer la colonisation juive; comme on le rapportait dans notre numéro 1503 du 13 au 19 octobre 2023, il y a quasiment fait doubler, au mois de juin 2023, le nombre de bataillons de l’armée, les faisant passer de 13 à 25.

Fuite en avant
D’autre part, il a cru bon renforcer le Hamas du moment que, pour lui, cela se faisait au détriment de l’Autorité palestinienne: n’expliquait-il pas lui-même, en mars 2019 lors d’une réunion du Likoud, qu’Israël avait tout intérêt à renforcer Ismaël Haniyeh et ses “frères” car cela aurait été de nature à entretenir le fossé entre Cisjordaniens et Gazaouis et, de ce fait, à tuer dans l’oeuf toute tentative de mettre sur pied un État palestinien?

Ainsi, M. Netanyahou a, avec le cynisme qu’on lui connaît en somme, fait en sorte que le Hamas paraisse plus légitime à Gaza, en permettant à la population locale de jouir de l’accès à l’emploi en Israël à des salaires hautement compétitifs. Et, en même temps, il a tout-à-fait négligé les rapports qu’il recevait sur les activités du mouvement, et ce non seulement ceux de ses propres services -le 11 septembre 2023, le patron du service de renseignement intérieur israélien du Shin Bet, Ronen Bar, avait même publiquement averti lors d’une conférence à l’Université Reichman du fait que “l’instabilité politique et la division croissante sont un encouragement pour les pays de l’axe du mal, les organisations terroristes et les menaces individuelles”- mais aussi ceux des pays voisins, puisque l’on tient désormais pour sûr que l’Égypte avait dès le 27 septembre 2023 signalé à la primature israélienne l’imminence d’une attaque depuis Gaza.

Choisissant la fuite en avant après qu’il fut pris la main dans le sac, M. Netanyahou avait initialement voulu mettre en cause, le 28 octobre 2023 sur le réseau social X (ex-Twitter) “l’ensemble de l’échelon de sécurité, y compris le chef du renseignement militaire et le chef du Shin Bet”, qui tous lui auraient assuré que “le Hamas était dissuadé et cherchait un arrangement”. Mais le premier ministre israélien s’était, dans les vingt-quatre heures, déjugé, tout en retirant sa publication initiale. Le retournement de veste: décidément une autre grande spécialité de M. Netanyahou. Mais ce n’est donc forcément pas la première qui viendra à l’esprit lorsque, dans le lointain futur, se posera la question de savoir ce qu’il est…

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