Vrais procès politiques ou tentatives de l’armée de contenir le Hirak ?

Procès pour corruption contre d'anciens hauts dirigeants Algériens

La contestation, malgré son étouffement par l’armée, a tout de même réussi à déclencher une série de procès politiques touchant les plus grands symboles de l’ancien régime de Bouteflika.

Une chose est sûre: le pouvoir algérien est fortement gangrené par la corruption. Au lendemain de l’éclatement du Hirak en Algérie en février 2019, plusieurs symboles du pouvoir central algérien sont tombés. A commencer par l’ex-président, Abdelaziz Bouteflika, qui a été contraint de renoncer à un cinquième mandant puis de démissionner officiellement de la présidence, quelques semaines plus tard. Cette spirale populaire contestataire, malgré son étouffement par l’armée, a tout de même réussi à déclencher une série de procès politiques touchant les plus grands symboles de l’ancien régime de Bouteflika.

Ainsi, deux de ses anciens premiers ministres, en l’occurrence, Ahmed Ouyahya et Abdelmalek Sellal, considérés comme ses plus proches collaborateurs, ont été condamnés, le 28 janvier 2021, par le tribunal d’Alger, à de lourdes peines de prison. 12 ans de prison ferme ont été, en effet, prononcés contre Ahmed Ouyahya et 15 ans contre Abdelmalek Sellal. Des peines qui confirment celles qui avaient été prononcées à leur encontre lors du premier procès en décembre 2019. Les deux anciens chefs du gouvernement étaient poursuivis dans le cadre d’une affaire de corruption et de népotisme dans le secteur du montage automobile et du financement occulte de la campagne électorale de Abdelaziz Bouteflika en 2019.

Ce procès s’était ouvert le 9 janvier 2021, après que la Cour suprême algérienne ait accepté un pourvoi en cassation de la défense. Il concernait au total une quinzaine de personnalités: anciens ministres, puissants magnats et hauts fonctionnaires poursuivis aux côtés des deux ex-dirigeants de l’ère Bouteflika. Parmi eux figurait l’ancien patron des patrons, Ali Haddad, qui a vu, lui, sa peine réduite de sept à quatre ans de prison ferme. Deux autres hommes d’affaires, Ahmed Mazouz et Hassen Arbaoui, propriétaires d’usines de montage de véhicules, ont également été condamnés à quatre ans de prison ferme.

Procès de mascarade
Ce scandale politico-économique a entraîné une perte pour le Trésor public algérien, estimée à plus de 1 milliard d’euros, selon les chiffres officiels. Les observateurs internationaux sont partagés entre ceux qui soutiennent qu’il s’agit de vrais procès politiques et d’autres, majoritaires, qui pensent que l’armée algérienne se cache derrière ces procès. Ces derniers prennent pour exemple l’acquittement surprenant de Saïd Bouteflika, frère et ex-conseiller de Abdelaziz Bouteflika, innocenté par la cour d’appel militaire de Blida, le 2 janvier 2021, de son accusation pour complot contre la sécurité de l’Etat.

Deux anciens généraux de l’armée algérienne ont été également acquittés. Il s’agit du général Mohamed Mediene, dit Toufiq, et du général Athmane Tartag, qui avaient été condamnés, en première instance, en décembre 2019, à 15 ans de prison ferme chacun. Leur acquittement en appel jette, en effet, un grand discrédit sur le bien fondé politique de ces procès, qui apparaissent plutôt comme procès de mascarade par lesquels l’armée vise à donner de fausses impressions quant à sa volonté de satisfaire les revendications démocratiques du Hirak.