Le prix du pain augmente

Pénurie de blé dur et grande difficulté d’approvisionnement sur le marché international

Ce n’est pas une alerte exagérée. Le Maroc a vraiment du mal à trouver des fournisseurs pour sa demande de blé dur, même aux Etats-Unis. La pénurie est mondiale. Premières conséquences: les prix du pain augmentent. Et cette tendance devrait continuer.

Depuis quelques jours, les consommateurs marocains ont dû relever que le prix du pain à base de blé dur a augmenté dans toutes les boulangeries. En fonction du poids de la ration de pain ou de la baguette, le prix oscille désormais entre 2 et 3 dirhams. Les prix du pain basique, fait avec du blé tendre, n’ont pas bougé d’un iota. Normal, quand on sait que l’Etat subventionne le différentiel.

Comment expliquer alors cette hausse? Pour Lahoucine Azaz, président de la Fédération nationale de la boulangerie et de la pâtisserie du Maroc, la hausse du cours international du blé dur en raison de la sécheresse au Canada et de la germination du blé en Europe expliquent grandement cette hausse des prix. Ce n’est pas tout. La pénurie de blé dur risque aussi de faire augmenter les prix des pâtes.

Certaines marques marocaines ont déjà répercuté la hausse des cours internationaux sur les prix de leurs produits. En France, pourtant grand pays exportateur de blé dur, les fabricants de pâtes alimentaires ont alerté sur une pénurie à venir de blé dur, provoquée par des problèmes climatiques au Canada et en Europe. Ce n’est pas une alerte exagérée. Le Maroc a vraiment du mal à trouver des fournisseurs pour sa demande de blé dur, même aux Etats-Unis. Un appel d’offres lancé récemment dans ce sens s’est avéré infructueux.

Conséquences néfastes
En effet, l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL) n’a reçu aucune offre à son appel d’offres ouvert le 6 août 2021 pour importer environ 363.000 tonnes de blé dur d’origine américaine dans le cadre de quotas d’importation à tarif réduit. Selon l’appel d’offres, les expéditions devraient arriver dans les ports marocains avant le 31 décembre. Mais il n’en sera rien. L’appel d’offres a été clôturé mardi 24 août sans succès.

Ce qui se passe dans le monde est indescriptible. Les cours du blé sur le marché international connaissent une flambée inhabituelle, voire historique. Entre le 1er juin et le 26 août 2021, les cours du blé tendre se sont appréciés de 14,9%, à 251 euros la tonne. Les prix ont atteint un niveau jamais vu depuis neuf ans. Sur la période juillet-août, les cours du contrat à terme à Chicago ont augmenté de 20,4%.

Cet été, des vagues de chaleur ont affecté les Etats-Unis et le Canada. De fortes chaleurs ont également été relevées en Russie (premier exportateur mondial de blé). Au niveau des grands exportateurs de blé (Etats- Unis, Canada, Union européenne, Russie, Ukraine, Kazakhstan, Australie, Argentine), 17 millions de tonnes potentielles de blé ont été perdues de début juillet au 17 août.

Cette situation risque d’avoir des conséquences néfastes sur le Royaume. D’abord, les finances publiques vont subir une pression sur les devises puisque même si le Maroc trouve les quantités de blé souhaitées, il va payer le prix fort. Ensuite, les Marocains sont connus pour être de grands consommateurs de pain et de pâtes alimentaires. Leur consommation va devoir baisser, si ce n’est pas par pénurie du blé dur, ce sera à cause des prix qui vont continuer à flamber.