PRIORITÉ AU SAHARA MAROCAIN

Antony Blinken en visite officielle au Maroc

Avec la tournée du secrétaire d’État américain qui l’a conduit en Israël, au Maroc et en Algérie, l’administration Biden est en train de baliser le terrain à la mise en oeuvre du plan d’autonomie marocain au niveau du Conseil de sécurité.

Le dossier de la marocanité du Sahara est sur le point de connaître une issue positive. Ce n’est point une impression. Ces dernières semaines ont été marquées par une série d’événements ayant permis de tirer cette déduction. Par ordre antichronologique, la visite officielle au Maroc du secrétaire d’État américain, Antony Blinken, qu’il a entamée mardi 29 mars 2022, par une rencontre avec le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, suivie d’un long entretien au ministère des Affaires étrangères à Rabat avec Nasser Bourita, en est le point culminant.

A s’en référer aux communiqués du département de M. Bourita et du Département d’État américain, ces rencontres visent «un échange de points de vue sur les questions politiques régionales et la coopération bilatérale». Or, une chose est sûre, la question du Sahara marocain figurait tout en haut de l’agenda. Un point qu’il n’aura pas manqué de soulever, mercredi 30 mars, avec le ministre des Affaires étrangères algérien, Ramtane Lamamra, et le président Abdelmajid Tebboune.

La veille de cette visite d’importance, les États-Unis ont réitéré leur position constante relative à l’initiative d’autonomie marocaine en la qualifiant de «sérieuse, crédible et réaliste », perçue comme une approche pour répondre aux aspirations des populations de la région. Cette visite s’inscrit dans la continuité du dialogue fructueux qu’ont eu les deux pays lors du sommet de Néguev le 27 mars, dans le désert israélien, qui a réuni outre le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, les représentants du Bahreïn et des Emirats arabes unis.

Elle intervient, aussi, quelques jours seulement après que l’Espagne a annoncé son soutien à l’Initiative marocaine d’autonomie pour le règlement du conflit au Sahara telle que proposée en 2007 par le truchement d’une lettre adressée par le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, au Roi Mohammed VI. En analysant le timing de la tournée (début mars 2022) de Wendy Sherman, la sous-secrétaire d’État américaine en Espagne, au Maroc et en Algérie, soit moins de deux semaines avant que l’Espagne n’annonce son soutien univoque au plan d’autonomie marocain, cela donne à croire dur comme fer qu’une coordination entre Rabat, Madrid et Washington a eu lieu.

C’est dire que les États-Unis y ont joué un rôle clé, en rassurant l’Espagne que l’administration américaine continuera à augmenter ses approvisionnements en gaz au cas où Alger viendrait à mettre en application ses menaces de réviser le contrat la liant au voisin ibérique. C’est une réponse à tous ceux qui, intéressés, ont entretenu, plusieurs mois durant, une thèse selon laquelle l’administration de Joe Biden allait revenir sur la décision de reconnaître la souveraineté du Royaume sur son Sahara, proclamée par l’ancien président Donald Trump en décembre 2020.

A leur grande déception, M. Biden est en train de baliser le terrain, en coordination avec les grandes puissances occidentales, pour la mise sur les rails du plan d’autonomie au niveau du Conseil de sécurité, instance exécutive des Nations-Unies. Son influence sur la France et la Grande-Bretagne (deux sur cinq membres du Conseil de sécurité) ne peut qu’être décisive pour l’aboutissement de cette entreprise. Il reste la Russie et la Chine. La Russie, qui mène une guerre géostratégique en Ukraine, a dû bien apprécier la position neutre du Royaume dans ce conflit armé mais qui défend l’intégrité territoriale des États membres de l’ONU.

Concernant la Chine, les relations bilatérales, économiques et politiques, ont été portés à un palier supérieur qui ne laisse aucun doute sur les bonnes intentions de Pékin envers un pays maghrébin considéré comme un tremplin pour mieux se positionner en Afrique. Tout bien calculé, la visite de M. Blinken au Maroc confirme l’intérêt des États-Unis à résoudre un différend régional fomenté qui ne fait que retarder l’atteinte de leurs ambitions sécuritaires dans cette région du monde hautement stratégique.