Les prévisions du gouvernement tablent sur une hausse de la croissance


Une situation économique inquiétante


Le manque de visibilité est devenu le leitmotiv des opérateurs économiques. Et les coupures successives dans les budgets d’investissements publics et des secteurs sociaux gèlent les investissements privés et réduisent le pouvoir d’achat des ménages.

La presse a relayé l’information d’une relance de l’économie marocaine se référant aux dernières prévisions de plusieurs institutions, dont la dernière note de la Direction des prévisions financières du ministère des Finances. Un taux de croissance de plus de 4,5%, une valeur ajoutée agricole fort positive due à une bonne campagne agricole et un déficit budgétaire n’excédant pas 3%. Qu’à cela ne tienne! C’est d’ailleurs le baromètre plébiscité de l’état de santé de l’économie nationale depuis des années durant.

Mais tout a basculé en 2016. Alors que les prévisions (du Fonds monétaire international même) tablaient sur un taux de croissance de 4,2%, l’économie marocaine n’a réalisé que 1,2%. Une économie ouverte sur le reste du monde mais dont la productivité et la compétitivité sont faibles et, qui plus est, ne crée pas ou presque pas d’emplois. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) n’a-t-il pas révélé dans son rapport 2016 que seul le secteur de l’agriculture et de la pêche a perdu plus de 120.000 emplois en une année? C’est dire que l’économie marocaine est encore traditionnelle du fait de sa forte dépendance de l’agriculture et des aléas climatiques. Plus on s’éloigne des indicateurs macroéconomiques, mieux on s’aperçoit que la situation économique actuelle est inquiétante. Le manque de visibilité est devenu le leitmotiv des opérateurs économiques. Et les coupures successives dans les budgets d’investissements publics gèlent les investissements privés. Dans un récent rapport, Bank Al Maghrib révèle que le taux d’investissement au Maroc a connu une stagnation depuis 2009 avant de se replier à partir de 2014 à un niveau inférieur à celui des pays émergents.

Manque de visibilité
Et depuis la prise de fonction du cabinet El Othmani, aucun signal fort de relance de l’économie marocaine ni de mesures d’encouragement des investissements privés. Tant pis donc pour les opérateurs économiques et les investisseurs, locaux et étrangers, qui attendent des signaux clairs pour la relance de la machine économique en vue de la sortir de sa torpeur qui se répercute directement sur le vécu quotidien des ménages marocains et leur pouvoir d’achat déjà érodé par l’inflation des prix à la consommation, du transport, de l’immobilier...

Le ministre de l’Économie et des finances, Mohamed Boussaïd, a promis de relancer l’économie et compte même réaliser un taux de croissance du PIB de 4,5% cette année, avec un taux d’inflation de 1,7% et un déficit budgétaire n’excédant pas 3%. Une hypothèse de croissance basée sur une très belle croissance du PIB agricole, bien entendu. Mais l’inflation sera maîtrisée du fait de la non-exécution de certains postes budgétaires cinq mois durant et de la poursuite de la décompensation des quelques produits de base encore subventionnés.

C’est dire que les budgets d’investissements seront encore une fois cette année charcutés et que le gouvernement demeurera un “bon élève” des institutions financières internationales et notamment du Fonds monétaire international (FMI). Au vu des engagements du Maroc auprès d’institutions financières comme le FMI, en vertu desquels le Royaume doit diminuer de 17 points la part des dépenses publiques dans le PIB, le seul souci à observer est de maintenir les équilibres macroéconomiques, la maîtrise de l’inflation, ainsi que la diminution du déficit budgétaire notamment. Des contraintes à respecter qui impactent le secteur de la santé, du transport, des services...

Relance de l’économie ?
En vertu de ses engagements avec l’institution de Bretton Woods, le Maroc doit également réduire le déficit budgétaire de 3%. La politique d’austérité dans laquelle s’est engagé le Maroc depuis la signature avec le FMI, en 2012, d’une ligne de prêt de six milliards reconduite en 2014 et en 2016 est accompagnée d’une croissance économique timorée qui ne signifie pas le développement ni la création de l’emploi.

Le chômage des jeunes s’accroît de manière inquiétante, sachant que les jeunes diplômés arrivent par dizaines de milliers chaque année sur le marché de l’emploi. Le gouvernement El Othmani, à l’instar du cabinet mené par son prédécesseur Benkirane, s’attache encore et encore à cette ligne de précaution et de liquidité. A quel prix? Le package de «réformes» conditionnant cette LPL conduira le pays pour les quatre prochaines années à poursuivre la politique d’austérité initiée dans son premier mandat. D’ici 2021, le Maroc devrait réduire son déficit budgétaire à 2,4%. Un engagement à haut risque pour le pays puisqu’il s’accompagne de coupes budgétaires (baisse de la dépense et des investissements publics et du recrutement dans la fonction publique). Il y a aussi la décompensation de la farine, du sucre et du gaz butane, la réforme de la retraite et le relèvement de l’âge de retraite, entre autres. Bref, tout au détriment des secteurs sociaux.

La recherche de la stabilité macroéconomique dans un contexte de croissance économique faible et d’une faible création d’emplois est porteuse de dangers. Cette politique économique, telle que préconisée par le FMI, qui anéantit la classe moyenne et suffoque la classe pauvre, veut que le gouvernement poursuive l’investissement public économique qui profite aux grands opérateurs économiques, mais précipite la faillite les petites entreprises. Impossible de voir le FMI préconiser une lutte contre la pauvreté. Et s’il évoque une politique d’emploi, c’est uniquement dans un souci sécuritaire, non pas social.