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Le président Zelensky s'adresse aux parlementaires allemands

"Détruisons le mur"

Le président russe pensait rapidement expédier l’affaire ukrainienne. Mais face à lui, il a trouvé un leader moqué il y a encore deux mois pour son passé d’humoriste et qui est sans doute aujourd’hui loin de faire rire le locataire du Kremlin.

Est-ce ce qui manque actuellement aux Arabes? Un Zelensky qui viendrait porter leur voix et traduire en mots leur désir d’indépendance nationale? Car dans une région orpheline d’un leader d’envergure depuis le décès de Nasser, la personne du président ukrainien fascine beaucoup de monde, comme c’est aussi le cas ailleurs sur la planète. Depuis le début de l’invasion russe de son pays le 24 février 2022, il s’est mué en véritable héros, lui qui à son élection au début du printemps 2019 était moqué pour son passé d’humoriste et, pour reprendre bon nombre de diplomates, pas pris au sérieux.

Et justement, ceci explique sans doute en partie cela, dans la mesure où M. Zelensky a indéniablement su jouer de ses talents rodés sur les planches et les écrans de télévision pour séduire et convaincre les gouvernements des autres pays que l’Ukraine en valait la peine; que ce que les Ukrainiens libres défendaient, c’est, comme il l’a luimême souligné dans son adresse de ce 16 mars 2022 au Congrès américain, qui tient lieu de parlement des États-Unis, “les valeurs de l’Europe et du monde”.

“La Russie ne nous a pas seulement attaqués, nous, pas seulement notre terre, pas seulement nos villes; elle a lancé une offensive brutale contre nos valeurs, les valeurs humaines fondamentales. Elle a jeté des chars et des avions contre notre liberté, contre notre droit de vivre librement dans notre propre pays en choisissant notre propre avenir,” a-t-il martelé devant une assistance qui, bien que politiquement bigarrée, n’a pas manqué de lui accorder une standing ovation unanime.

Dans les heures qui suivent, le président américain Joe Biden, que M. Zelensky avait, tout en le remerciant pour son “implication personnelle” et “son engagement sincère”, appelé à prendre ses responsabilités de “leader de la paix”, annonçait la mobilisation de 800 millions de dollars en faveur des Forces armées de l’Ukraine, venant s’ajouter à une première enveloppe de 200 millions débloquée quatre jours plus tôt.

Un coup de maître
Pour un total d’un milliard d’aide consistant en des systèmes anti-aériens Stinger, des Javelins, des armes légères antiblindés ou encore des systèmes antiblindés AT-4. Et peut-être même que M. Biden acceptera finalement de déclarer une zone d’exclusion aérienne en Ukraine qui impliquerait d’abattre tout aéronef militaire russe venant opérer dans le pays européen; ce que, pour l’heure, le locataire de la Maison-Blanche refuse, car il y voit une voie directe à une

Troisième Guerre mondiale
(comme il l’avait déclaré le 11 mars 2022 en conférence de presse). En tout cas, M. Zelensky a d’ores et déjà réussi un coup de maître, car il faut rappeler qu’au moment où le président russe, Vladimir Poutine, annonçait le début de son “opération militaire spéciale”, lancée au nom de la soi-disant dénazification de l’Ukraine -sachant que M. Zelensky est Juif et que plusieurs membres de sa famille ont péri au cours de la Shoah-, les pays occidentaux semblaient prêts à le lâcher, alors même qu’ils le poussaient à aller à l’affrontement en ralliant l’Union européenne (UE) et, éventuellement, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), que le Kremlin accuse de vouloir encercler la Russie.

Troisième Guerre mondiale L’Allemagne notamment, qui depuis l’abandon entamé en mars 2011 du nucléaire civil dépend principalement pour son approvisionnement énergétique du gaz de l’Oural, voulait y aller avec des pincettes, et on sait aussi qu’il a été proposé à M. Zelensky de l’exfiltrer de Kiev; ce que ce dernier a balayé d’un revers de main (c’est depuis la capitale ukrainienne qu’il a donné son discours au Congrès). “Prouvez que vous êtes avec nous, prouvez-vous que vous ne nous abandonnez pas, et que vous êtes vraiment des Européens,” assénait, le 28 février 2022, M. Zelensky au parlement européen, dans une allocution ayant elle aussi, déjà, suscité de larges commentaires dans les médias du monde entier.

Dès le lendemain, plusieurs banques russes se voyaient exclues du réseau SWIFT, par le biais duquel les institutions bancaires du monde entier communiquent; chose inimaginable il y a quelques années encore, étant donné l’impact sur les économies européennes elles-mêmes d’une telle décision: celle-ci avait d’ailleurs été rapidement écartée au printemps 2014, au moment où la Russie annexait la Crimée, qui, au regard du droit international, appartient à l’Ukraine (au titre du mémorandum de Budapest, initialement accepté par Moscou à sa conclusion le 5 décembre 1994).

Puis, dans la même foulée, l’Assemblée générale des Nations unies condamnait, le 2 mars 2022, à une majorité de près des trois quarts (141 pays sur 173) l’action de la Russie et appelait cette dernière à “cesse[r] immédiatement de recourir à la force” (seuls le Belarus, la Corée du Nord, l’Érythrée, la Syrie et la Russie elle-même s’y sont opposées, alors que le reste des pays soit se sont abstenus, soit, comme dans le cas du Maroc, se sont absentés).

A posteriori, ce déroulé semble logique, comme s’il n’y avait pas vraiment d’autres alternatives, d’autres possibilités que celle d’un monde qui, à très grande échelle en tout cas, se tiendrait derrière l’Ukraine et les Ukrainiens; mais ces derniers, en parvenant plus de trois semaines plus tard à résister encore, en en ayant surtout les moyens militaires, doivent sans doute énormément au fait d’avoir M. Zelensky comme président. Il a, en d’autres termes, été ce facteur X que M. Poutine lui-même ne semblait pas avoir prévu: on sait, de source médiatique, que ce dernier est désormais très remonté contre son service de renseignement du FSB, héritier du KGB où il a lui-même fait carrière du temps de l’Union soviétique (de 1975 à 1991), au point d’avoir mis deux de ses dirigeants, Sergey Beseda et Anatoly Bolyukh, en résidence surveillée, car sur la base de ses rapports il estimait que l’affaire ukrainienne serait vite expédiée.

A l’instar des diplomates suscités, M. Poutine avait-il lui aussi pris M. Zelensky pour une simple blague (né dans une famille russophone, M. Zelensky était également célèbre en Russie avant son élection)? Peut-être aussi sous-estimait-il sa popularité, puisqu’après avoir défait le président précédent, Petro Porochenko, en obtenant plus de 73% des voix au second tour -plus qu’aucun autre candidat depuis l’indépendance de l’Ukraine fin août 1991-, il a su garder le soutien des Ukrainiens, qui ont notamment été emballés par ses efforts pour lutter contre la corruption, un des maux endémiques du pays, et, pour en revenir à la Russie, pour maintenir l’intégrité territoriale ukrainienne, qui, en plus de la Crimée, était également menacée depuis début avril 2014 à l’Est dans le bassin du Donbass, au niveau des oblasts séparatistes de Donetsk et de Louhansk (lesquels ont été reconnus comme républiques populaires indépendantes le 21 février 2022 par M. Poutine).

Prétendues agressions
Adepte des coups imprévus, dans un pays où les échecs sont un sport national, M. Poutine semble, pour une fois, avoir été pris à son propre jeu et trouvé plus fort que lui: même en Russie, comme on l’a vu avec l’affaire de la journaliste Marina Ovsiannikova, qui a interrompu le journal de la principale télévision russe pour s’opposer à la guerre, l’opinion publique ne semble plus croire à la propagande qui voulait que le pays eurasiatique était la victime et qu’il ne faisait que réagir à de prétendues agressions faites par l’Occident par le biais de l’OTAN.

M. Zelensky avait d’ailleurs directement interpellé cette opinion publique en russe, afin de se faire comprendre par elle et gagner sa sympathie, au moment où l’invasion débutait. Avec une telle figure, l’opposition syrienne aurait-elle pu empêcher la reprise par le régime du président Bachar el-Assad des territoires libérés au début du Printemps arabe et justement regagnés grâce aux frappes de l’armée russe (qui, après avoir tué les femmes et les enfants de la ville d’Alep, visent aujourd’hui ceux de Kharkiv et Marioupol)? Verrait-on aujourd’hui l’Irak, la Libye et surtout la Palestine en proie à l’annihilation? On peut toujours rêver. Depuis le bunker antinucléaire où, dit-on, il passe le plus clair de son temps, M. Poutine, lui, en fait sûrement des cauchemars...

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