Présides occupés: Le président du parti populaire espagnol en appelle à l'OTAN

Le chef du principal parti de droite d’outre-Gibraltar voit en l’organisation nord-atlantique le seul moyen pour entraver la rétrocession de Sebta et Mélilia au Maroc.

Tous les moyens sont visiblement bons pour s’attirer les faveurs d’une opinion publique espagnole qui semble de plus en plus tanguer à droite. Et notamment le fait de défendre la colonisation des présides occupés dans le Nord du Maroc par l’Espagne, en tête desquels Sebta et Mélilia.

Invité à s’exprimer, ce dimanche 3 octobre 2021, à une convention de son parti, le président du Parti populaire (PP) espagnol, Pablo Casado, y a été repris en appelant à adjoindre les deux villes à la “protection” de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

“Elles sont espagnoles depuis cinq siècles et elles sont pour nous une ligne rouge absolue, contrairement à ce que ce gouvernement irresponsable a dit,” a-t-il argué. Référence était sans doute faite là à des propos du gouvernement Pedro Sanchez qui avait mis en exergue, dans une réponse écrite début mars 2021 à des questions des groupes parlementaires du PP, déjà lui, et du parti d’extrême droite de Vox, “la volonté des deux gouvernements [espagnol et marocain] (...) de traiter [leurs] divergences avec respect, sachant que leur tâche est de défendre les intérêts nationaux”.

Revendications marocaines
Ainsi, M. Casado s’est déclaré en faveur d’“une politique étrangère dans laquelle nos voisins nous respectent et défendent nos frontières, avec renforcement des forces et coordination internationale”, en faisant bien évidemment allusion au voisin marocain. Pas sûr toutefois qu’il puisse obtenir l’appui du parlement, dont la première chambre, à savoir le Congrès des députés, vient de rejeter une proposition allant dans le même sens de mettre les présides occupés sous l’égide de l’OTAN.

Tout comme l’OTAN lui-même ne devrait pas nécessairement voir d’un bon oeil d’être impliqué dans le conflit opposant le Maroc et l’Espagne autour de ces présides, sachant que les États-Unis, qui en sont le pilier, ont opéré au cours des dix derniers mois un revirement stratégique qui les a vus se rapprocher du Royaume et reconnaître en particulier sa souveraineté sur son Sahara.

À ce dernier égard, le président américain Joe Biden a totalement fait fi, depuis son investiture le 20 janvier 2021, du lobbying espagnol auprès de lui pour retirer l’appui de son pays à l’intégrité territoriale du Maroc, qui pour l’Espagne constitue l’étape précédant justement l’accentuation des revendications marocaines autour de ces présides.

Ce qui n’est d’ailleurs pas faux, le Chef du gouvernement sortant, Saâd Eddine El Othmani, l’ayant lui-même déclaré en décembre 2020 dans une interview diffusée par la chaîne satellitaire saoudienne Asharq, conduisant deux jours plus tard à la convocation de l’ambassadrice du Maroc à Madrid, Karima Benyaïch, par la secrétaire d’État espagnole au Affaires étrangères, Cristina Gallach.

Mais pas de quoi donc refroidir M. Casado, qui semble clairement décidé, près de trois ans plus tard, à refaire du PP le premier parti d’Espagne et à devenir lui-même président du gouvernement...