Le président algérien Tebboune multiplie les gaffes

Le régime Algérien plus isolé que jamais

En deux ans et demi de pouvoir, le président algérien a réussi l’exploit de fâcher son pays avec tous ses voisins et même au-delà, donnant même un avantage décisif au Royaume dans sa lutte pour la reconnaissance internationale de son intégrité territoriale pleine et entière.

On le savait, pour le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, tout le monde est problématique. “Toutes nos frontières sont en flammes: la Libye est déstabilisée; après la Libye, bien sûr, il y a tout le Sahel; ça va du Tchad, au Burkina Faso, au Mali, le Niger; et même la Mauritanie est chancelante, elle n’est pas très, très, très puissante.

Et à côté nous avons le Royaume du Maroc; nos relations ont toujours été couci-couça depuis notre indépendance, ce n’est pas récent,” avait-il dépeint au secrétaire d’État américain, Antony Blinken, qu’il avait reçu le 30 mars 2022 au palais d’El Mouradia, siège de la présidence algérienne à Alger. N’avait alors été épargnée que la Tunisie, au sujet de laquelle M. Tebboune avait dit qu’“il y a des relations très intimes (...) parce ce qu’on se ressemble dans beaucoup de domaines”.

Mais même le pays du jasmin a fini par ne plus échapper aux coups de boutoir du président algérien, qui, au cours de sa visite à Rome en date du 26 mai 2022, a raté l’occasion de se taire et n’a pas pu s’empêcher de fourrer encore son nez dans ce qui ne le regarde pas en déclarant lors d’un point presse donné aux côtés du président du conseil des ministres italien, Mario Draghi, que les siens étaient “prêts à aider la Tunisie à sortir de la situation difficile dans laquelle elle a sombré et à retourner sur la voie démocratique, tout autant que la Libye voisine”.

Référence à la crise institutionnelle en cours depuis le 25 juillet 2021 en Tunisie consécutive à la dissolution par le président Kaïs Saïed de l’Assemblée des représentants du peuple, le parlement tunisien, et qui n’a pas encore trouvé d’issue, en attendant pour l’heure la tenue d’un référendum constitutionnel prévu le 25 juillet 2022, un an jour pour jour après son déclenchement. Tenu financièrement en laisse par le régime algérien, qui lui avait prêté 300 millions de dollars au cours de la visite que M. Tebboune avait effectuée les 14 et 15 décembre 2021 en Tunisie, le pouvoir tunisien n’a bien évidemment pas réagi, mais ils ont été nombreux à dénoncer une ingérence claire et nette.

Roulement des mécaniques
“C’est une atteinte aux affaires intérieures tunisiennes. Nous lui conseillons de balayer devant sa porte. Que Tebboune parle de démocratie, cela me fait rire,” a notamment déclaré, lors d’une intervention faite le 27 mai 2022 sur la station Radio Med, le fameux journaliste Soufiane Ben Farhat. Mais quelle mouche a donc bien pu piquer M. Tebboune pour tenir de tels propos à l’encontre de M. Saïed, puisqu’il était bien évidemment le principal visé même si son nom n’a pas été prononcé, alors que le 10 octobre 2021 encore M. Tebboune le couvrait d’éloges sur la chaîne algérienne Ennahar TV en le qualifiant de “personne intellectuelle, démocrate et nationaliste jusqu’à la moëlle” et en allant jusqu’à inviter les ministres des Affaires étrangères qui somment le président tunisien de former un gouvernement d’aller le faire “chez eux”? Roulement des mécaniques pour donner l’impression que l’Algérie serait la maîtresse du jeu régional? On ne peut l’écarter, étant donné que M. Tebboune n’en est pas à son coup d’essai et que bien d’autres pays, en dehors bien sûr de sa cible privilégiée qu’est le Maroc, en ont également fait les frais: la Libye, où, avait-il affirmé le 8 juin 2021 sur la chaîne qatarie Al-Jazeera, l’Algérie aurait été prête à intervenir si Tripoli était tombé aux mains de la guérilla de l’autoproclamé maréchal Khalifa Haftar, ou encore le Mali, dont il avait dit lors d’une intervention au ministère de la Défense nationale algérien en octobre 2020 que son pays “est le seul pays au monde qui [le] connaît parfaitement” -dans un contexte où, au vrai, Alger était en train de perdre la main après avoir condamné le putsch du 18 août 2020 du colonel Assimi Goïta, pourtant soutenu par la population malienne.

M. Tebboune ne s’est pas arrêté en si bon chemin en cherchant à se positionner sur le dossier de la réconciliation des factions palestiniennes, qui constitue pourtant depuis toujours un apanage de l’Égypte, ce qui n’a d’ailleurs pas été sans susciter le courroux du président de cette dernière, Abdel Fattah al-Sissi, qui avait finalement refusé de rencontrer son homologue algérien le 23 février 2022 au Koweït alors qu’il était prévu que les deux hommes y aient un tête-à-tête en présence également de l’émir Nawaf.

Et qui, surtout, devrait manquer à l’appel du sommet arabe qu’Alger souhaitait organiser le 22 mars 2022 mais qui avait finalement été reporté (pour l’instant) au 1er novembre 2022, avec possibilité probable d’une annulation pure et simple du fait du refus d’autres dirigeants arabes en dehors de M. al-Sissi de participer à une manifestation dont le ministre des Affaires étrangères algérien, Ramtane Lamamra, avait promis le 15 novembre 2021 qu’elle serait “le sommet de la solidarité interarabe et du soutien à la cause palestinienne et du peuple sahraoui”, signifiant par là même qu’il y avait une volonté affichée d’une instrumentalisation à l’encontre du Maroc et de son intégrité territoriale -ce à quoi lesdits dirigeants ne tiennent pas à être associés.

Plutôt que de faire de l’Algérie une “force de frappe”, comme il avait affirmé qu’elle était le 25 septembre 2021 lors de l’ouverture des travaux de la troisième réunion gouvernement- walis algériens, M. Tebboune a en vérité, près de deux ans et demi après son installation en décembre 2019, isolé le pays comme il ne l’a sans doute jamais été dans son histoire, au point que comme l’a illustré l’histoire du gazoduc Maghreb-Europe, dont l’arrêt, le 1er novembre 2021, avait réduit la dépendance de l’Espagne au gaz algérien et conduit cette dernière à considérer à partir du 14 mars 2022 l’initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend autour du Sahara marocain, le Maroc finit par se retrouver, sans même l’avoir cherché, face à de véritables boulevards diplomatiques qu’il lui suffit simplement de mettre à profit.

“Fforce de frappe”?
Même au niveau continental, où elle avait en novembre 1984 réussi à intégrer la soi-disant “République arabe sahraouie démocratique” (RASD) à l’Organisation de l’unité africaine (OUA), l’Algérie se trouve prise de vitesse du fait de son entêtement à vouloir diviser le Maroc qui ne trouve quasiment plus grâce qu’auprès de l’Afrique du Sud, son allié indéfectible; pour preuve, le nombre de pays africains à s’être dotés de consulats au Sahara marocain, qui est de dix-neuf.

Ainsi, la présidence de M. Tebboune a sans doute rendu plus flagrant aux yeux de la communauté internationale la nature régionale du différend autour du Sahara marocain, étant donné que sans Algérie il n’y aurait tout simplement pas de mouvement séparatiste du Front Polisario, et que si problème il y a entre le Maroc et sa voisine, il est dû à cette dernière et non au Royaume comme la propagande algérienne le véhiculait, d’autant plus que depuis début novembre 2018 est soumise sur la table l’initiative de la création d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation à laquelle le roi Mohammed VI avait d’ailleurs refait référence dans son dernier discours du Trône du 31 juillet 2021.

En réponse, l’Algérie avait, sous le prétexte risible d’une implication marocaine dans les incendies en Kabylie, rompu, le 24 août 2021, ses relations avec le Maroc et a encore fait savoir le 21 mai 2022 par le biais de M. Lamamra que sa “position (...), à cet égard, ne changera pas”: tant pis pour elle...