BOURDES, MÉMOIRE DÉFAILLANTE... LES DERNIÈRES EXTRAVAGANCES PUBLIQUES DE ABDELMAJID TEBBOUNE

Le président algérien en campagne préélectorale

Lors de son passage à la télévision algérienne, détaché de la réalité, M. Tebboune s’est mêlé, une fois encore, les pinceaux, à coups de promesses chiffrées irréalistes et d’embrouilles diplomatiques considérables. Il demeure, aux yeux des militaires, le candidat favori à sa propre succession.


Abdelmajid Tebboune, lors de sa rencontre avec les journalistes de la télévision algérienne.
Alger, le 30 mars 2024.


Lors de sa rencontre périodique avec des représentants de la presse nationale, le président algérien, Abdelmajid Tebboune a, une fois de trop, brillé par ses incohérences et ses bourdes inimitables sur le plateau de télévision algérienne EnnaharTV, samedi soir 30 mars 2024. Une séance de questions-réponses à laquelle M. Tebboune semblait être préparé. Mais comme à l’accoutumée, ses maladresses et son extravagance l’ont emporté sur le peu de bon sens qui ressort de ses propos. L’interview a commencé par l’actualité, précisément la décision des élections présidentielles anticipées, prévues pour le 7 septembre 2024 au lieu du 12 décembre. Le chef d’État a assuré que «les raisons sont purement techniques» et que «décembre n’est pas la date réelle de l’élection présidentielle. «Suite à la démission du défunt Président (Abdelaziz Bouteflika) en 2019, le président du Conseil de la nation, feu Abdelkader Bensalah, a pris le pouvoir et a fixé une date pour l’organisation de l’élection.

Cependant, l’organisation de l’élection n’était pas possible à ce moment-là, et le rendez-vous électoral a été reporté une fois de plus», a-til balancé. Sans rappeler l’essentiel, que c’est le Hirak, ce mouvement de contestation populaire, qui a empêché la reconduction d’un Bouteflika presque inanimé et demandé le départ des carcans de la junte militaire, qui est derrière le report des élections. En réponse aux informations liant l’organisation d’élections anticipées à une crise au sommet de l’Etat ou à son départ imminent du pouvoir, M. Tebboune, âgé de 78 ans, a usé de la diversion. Interrogé sur sa candidature pour un deuxième mandat, il a répondu qu’«avant l’heure, c’est pas l’heure», car «il y a encore un programme» qu’il est «en train de mettre en oeuvre», soulignant qu’il reste plus 5 mois avant le scrutin présidentiel. Sauf qu’il a été trahi par ses propos quand il a souligné, sur un ton fier, que sa visite d’Etat à Paris, programmée entre fin septembre et début octobre 2024, reste «toujours d’actualité» et qu’il s’agit «d’une visite historique qu’il ne faudrait pas rater ». C’est dire qu’il se voit déjà reconduit pour un deuxième mandat.

Solution miracle
Toujours en rapport avec les élections, M. Tebboune a évoqué la possibilité pour la diaspora algérienne à l’étranger de s’inscrire sur des listes électorales provisoires au niveau des consulats algériens. Même ceux qui ne peuvent pas voter parce qu’ils ne disposent de passeports algériens, «d’ici deux mois, on n’entendra plus parler de l’affaire des sans papiers », a-t-il promis. Poursuivant son «baratin» sur les questions nationales, Tebboune a soudainement perdu pied quand il a commencé à parler d’économie et de finances publiques. Pour Tebboune, «le dinar algérien s’échange, actuellement, à 140 dollars américains. Il faut le ramener à 100 dollars pour faciliter les importations »! Une autre bourde sur le compte des extravagances du chef de l’Etat algérien qui ne sera pas la dernière de la soirée.

Il a promis également de faire augmenter le PIB à plus de 400 milliards de dollars en 2026 (actuellement à 200 milliards de dollars), dans la perspective que l’Algérie deviendra «en 2026 un pays émergent et non plus un pays en voie de développement». De l’ambition qui s’apparente plutôt à de la folie dans un pays où les citoyens font une queue interminable pour avoir un litre d’huile de table ou de lait et où les jeunes n’hésitent pas à braver la mort sur le chemin de l’immigration clandestine.

D’ailleurs, sur ce dernier point, le président algérien, a promis de le résoudre en deux temps-trois mouvements… toujours dans les deux prochains mois! «Dans deux mois, on ne parlera plus de ce sujet. Tous les clandestins algériens à l’étranger seront régularisés», dit-il avec assurance. Concernant la question de la rareté du lait, la solution miracle existe aussi pour un président fâché avec les chiffres. «Nous sommes sur le point de signer un contrat pour la réalisation d’une exploitation agricole de 100.000 hectares à Adrar (1306 km au sud d’Alger) pour la production de la poudre de lait», a-t-il annoncé. A en provoquer l’hilarité, surtout que toute la région d’Adrar, située en plein désert de surcroît, ne comprend même pas 100.000 hectares de terres arables. Cette bourde rappelle une autre que le même président avait lancée, en septembre 2023, devant des chefs d’État et des délégations du monde entier lors de la 78ème Assemblée générale de l’ONU. Il a déclaré que l’Algérie va «dessaler 1,3 milliard de m3 d’eau par jour d’ici fin 2024» !

Qualités intrinsèques
Sur le plan des relations internationales, Abdelmadjid Tebboune a évoqué publiquement les relations tendues avec les Émirats arabes unis, sans toutefois citer ce pays. «Si tu cherches à avoir avec nous les comportements que tu as avec les autres, tu te trompes. Nous avons 5 630 000 chahid morts pour ce pays. Ceux qui veulent s’approcher de nous, qu’ils le fassent», a-t-il mis en garde. Plus de 5 millions et demi de martyrs dans un pays qui comptait un peu moins de 8 millions à l’époque, qui le croira ?! Avant d’aller trop loin en accusant les Emirats arabes unis de pays complotiste : «Partout où il y a des conflits, l’argent de cet État est présent, au Mali, en Libye, au Soudan.»

Le président Tebboune a souligné à propos de son initiative de lancer un Maghreb arabe, sans le Maroc, que «ce n’est destiné contre aucun pays», a-t-il assuré. Interrogé sur le positionnement de certains pays arabes sur la «marocanité» du Sahara occidental, le président Tebboune a refusé de commenter, disant ne pas vouloir aggraver les divisions interarabes actuelles. Il a seulement rappelé qu’il n’y a pas eu de décision de la Ligue arabe sur la question du Sahara occidental (chose qui a provoqué un démenti de la Ligue arabe) et que celle prise en 1960 en faveur de la «marocanité de la Mauritanie», l’Algérie n’en est pas responsable car elle n’était pas encore indépendante.

Comme personne d’autre ne sait le faire mieux que lui, une pure tradition de contradiction dont il ne peut s’en défaire, concernant le Polisario, Tebboune a dit que la question sahraouie est une «cause juste», c’est une «question de décolonisation». Au fil de sa parodie, Tebboune a cité la médiation algérienne dans la guerre Iran-Irak (1980-1988), entre Saddam Hussein et le Shah d’Iran, Mohamed Reza Pahlavi. Or, le Shah est décédé au Caire en juillet 1980, soit deux mois avant le déclenchement de la guerre Iran-Irak. D’autant plus que la guerre Iran-Irak a opposé Saddam Hussein à l’Ayatollah Khomeiny. Le public algérien était contraint d’écouter ces extravagances, surtout celle qui veut que l’Algérie a été derrière la désignation de la Chine comme membre permanent au Conseil de sécurité !

Bref, c’en était une preuve supplémentaire des «qualités intrinsèques» du président algérien que le véritable détenteur du pouvoir, la junte militaire, a coopté et veut maintenir au pouvoir pour les cinq prochaines années.

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