Présides occupés: Lo siento Madrid, c’est fini le colonialisme

La capitale espagnole et plus généralement de nombreux responsables d’outre-Gibraltar devraient sans doute revoir leurs cartes et cesser de croire que le Maroc doit rester à leur botte.

Le soleil du Maroc -ou d’Espagne, s’il veut le considérer en tant que tel, quoi que ce soit difficile d’hispaniser le climat aussi- semble avoir un peu trop tapé sur la tête du président espagnol du préside occupé de Mélilia, Eduardo de Castro. Ne lui en voulons donc pas d’accuser le Royaume de “volonté impérialiste et expansionniste», et pourquoi pas colonialiste; qualificatif que, au passage, il a dénié à son pays, et ce dans des propos rapportés le 26 juin 2021 par EFE. “Mélilia n’a jamais été une colonie ou une néocolonie”, a-t-il assuré à l’agence de presse espagnole.

Dans cette sortie, qui n’est pas la première où l’on voit un responsable espagnol s’en prendre directement au Maroc -une véritable campagne médiatique est en fait menée actuellement outre-Gibraltar à l’encontre de Rabat et de ses ressortissants, non sans conduire à des crimes racistes comme le meurtre le 13 juin 2021 d’un Marocain dans la ville de Puerto de Mazarron-, M. de Castro en veut, au fond, au Royaume de chercher à se développer; ce qui n’est même pas une interprétation mais c’est lui-même qui le dit ouvertement! “La feuille de route du Maroc est claire: il veut grandir et avec cette croissance nous nous noyons,” a-t-il dit. Dans le détail, le concerné a donné comme exemple le port de Beni Ansar, frontalier de Mélilia -M. de Castro en a parlé comme du port de Nador-, lequel port “a multiplié sa capacité par vingt en quelques années”, a-t-il regretté. Et il a aussi critiqué la décision qu’avait prise, en août 2018, le Maroc de fermer ses frontières commerciales avec Mélilia, dès après justement l’entrée en fonction de Beni Ansar.

Frontières fermées
Déjà à l’époque, le prédécesseur de M. de Castro, Juan José Imbruda, avait mis en cause une “atteinte à la souveraineté espagnole”, un “manque de respect de la part des autorités [marocaines] à un accord en vigueur depuis des décennies” et, carrément, “un affront pour Mélilia et l’Espagne”; ce qui avait fait dire dans la foulée au gouvernement Saâd Eddine El Othmani, par le biais de son porte-parole d’alors, Mustapha El Khalfi, “que la fermeture est une décision souveraine qui concerne le Maroc”. Et on voit donc qu’à l’instar de M. Imbruda, M. de Castro ne l’entend également pas de la même oreille.

“Le Maroc a non seulement osé ne pas autoriser les marchandises de Mélilia, mais aussi les hommes d’affaires qui apportent des marchandises de la péninsule [Ibérique], quand ils voient qu’ils sont des entreprises de Mélilia, ils ne les admettent pas, même des marchandises qui doivent être admises car elles viennent d’Europe. Ils ferment partout,” a-t-il dit. Et il faut ici souligner en particulier l’usage du mot “oser” -le verbe espagnol original, “atreverse”, est encore plus fort-, qui nous renvoie pratiquement à l’époque où les puissances européennes cherchaient à se départager le Maroc et où lui furent imposées les malfamées “conditions d’Algéciras”, à la conférence que la ville espagnole éponyme avait accueillie au cours des quatre premiers mois de l’année 1906: le Royaume doit semble-t-il, un siècle plus tard, toujours continuer de se plier aux mêmes conditions, et donc rester à la botte de (entre autres) sa voisine du nord.

“Le Maroc se sent fort et se permet le luxe de menacer l’Espagne et l’Allemagne,” s’est-il même élevé. À se demander qui, à ce point, est vraiment l’“impérialiste” et l’“expansionniste” de l’histoire… En tout cas, on ne peut, ici, ne pas repenser à cette fameuse formule de l’ancien président chinois Mao Zedong: “Si nous sommes attaqués par l’ennemi, c’est une bonne chose, car cela prouve que nous avons tracé une ligne de démarcation bien nette entre l’ennemi et nous.

Et si celui-ci nous attaque avec violence, nous peignant sous les couleurs les plus sombres et dénigrant tout ce que nous faisons, c’est encore mieux, car cela prouve non seulement que nous avons établi une ligne de démarcation nette entre l’ennemi et nous, mais encore que nous avons remporté des succès remarquables dans notre travail.” Car c’est justement et indiscutablement les “succès remarquables” du Maroc qui lui valent aujourd’hui autant d’inimitiés non seulement de la part des représentants des autorités coloniales à Mélilia, mais aussi du gouvernement Pedro Sanchez qui s’était mis d’accord au cours du mois d’avril 2021 avec la junte algérienne pour faire venir sur le territoire espagnol pour y être soigné de la Covid-19 le secrétaire général du mouvement séparatiste sahraoui du Front Polisario, Brahim Ghali.

Succès remarquables
Le plus évident de ces succès est bien entendu la reconnaissance, le 10 décembre 2020, par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur son Sahara, qui avait pratiquement fait sortir de ses gonds ledit gouvernement et incité la ministre des Affaires étrangères espagnole, Arancha Gonzalez, à appeler le président américain Joe Biden aussitôt investi le 20 janvier 2021 à faire marche arrière -Mme Gonzalez semble toutefois, si l’on en juge en tout cas à partir de son interview publiée le 20 juin 2021 dans le quotidien La Vanguardia, désormais résignée, et avec elle le cabinet auquel elle appartient.

Mais plus particulièrement au niveau des présides occupés, on a vu le Royaume s’activer avec, comme l’a décrit M. de Castro, Beni Ansar, et dans le cas de Sebta la mise en place d’une zone d’activités économiques (ZAE) dans la ville de Fnideq -dont les travaux doivent bien sûr s’accélérer, car on ne peut en même temps pas laisser sans la moindre alternative financière une population qui vivait très majoritairement jusqu’à récemment de la contrebande.

Et ce n’est pas l’Union européenne (UE), que Madrid cherche depuis plusieurs semaines à impliquer pour faire plier le Maroc, qui y pourra quelque chose: n’en déplaise à la capitale espagnole, l’époque du vrai impérialisme, celui qui avait par exemple fait que des centaines de milliers de Rifains aient été gazés ou encore, outre-Atlantique, une dizaine de millions d’Amérindiens exterminés -juste pour aider M. de Castro à préciser ses définitions- est bel et bien désormais révolue...