Ce précieux fluide devenu très rare


PÉNURIE DU SANG


Au centre régional de transfusion sanguine de Casablanca, comme dans d’autres centres du pays, le temps est à la mobilisation pour reconstituer les stocks de sang, qui s’épuisent jour après jour. En face, les Marocains n’expriment pas un véritable engouement pour le don de sang. Une situation dramatique.

Chaque année, c’est le même constat qui se présente: les stocks de sang atteignent des seuils critiques dans différents centres régionaux de transfusion sanguine. Les malades qui ont en besoin sont obligés d’attendre et dans certains cas, faute d’en trouver, ils peuvent carrément mourir. Une situation dramatique à laquelle font face quotidiennement les Marocains. Dernier cas en date: le drame de Bouknadel, qui s’est produit, mardi 16 octobre 2018, avec le terrible déraillement du train, causant 7 morts et 125 blessés. Ces derniers, dont la plupart ont été hospitalisés au CHU Ibnou Sina de Rabat, ont été confrontés au manque de sang. Ce qui a poussé les Marocains à lancer très spontanément, sur les réseaux sociaux, des campagnes de collecte de sang qui ont été suivies par les donneurs en se déplaçant en masse au centre régional de transfusion sanguine de Rabat. Résultat: beaucoup de malades on pu recevoir le sang en quantités suffisantes, ce qui a sauvé la vie de nombre d’entre eux.

Sauver des vies
Ce formidable geste de solidarité témoigne certainement des valeurs d’aide et d’assistance à personnes en danger qui caractérisent historiquement les Marocains. Les courageux donneurs ont même été remerciés par le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, qui a appelé les Marocains à perpétuer ce geste pour sauver des vies. Mais passé ce geste exceptionnel, la situation redevient comme elle était: la pénurie règne en maître dans ce milieu médical ultra stratégique pour la santé des gens. Régulièrement, le centre de Rabat, considéré comme le plus important dans le pays, lance des alertes à la pénurie qui ne sont pas toujours suivies.

Calvaire quotidien
Faibles donneurs, les Marocains le sont assurément. En témoignent les salles de prélèvement de sang, habituellement vides. Seuls les guichets, destinés aux malades pour récupérer du sang, sont souvent caractérisés par des files d’attente impressionnantes. Comme c’est le cas ce lundi 5 novembre 2018 au centre régional de transfusion sanguine de Casablanca. Dans l’enceinte aérée de l’entrée de ce centre à l’architecture ancienne, situé à quelques encablures du CHU Ibnou Rochd, patientent beaucoup de personnes malades ou leurs proches, certains debout, d’autres assis sur des chaises sommaires.

Glacières à la main, elles sont prêtes à endurer des heures et des heures d’attente pour avoir le précieux fluide. Karim, étudiant à l’université, vit cette situation depuis plusieurs mois. Trois fois par semaine, il vient récupérer des poches de sang pour sa maman, atteinte de cancer du foie. «Il m’arrive, des fois, de patienter jusqu’à huit heures pour avoir le sang. Vu le temps long que je passe ici, j’ai dû abandonner provisoirement mes études». Le même calvaire est vécu au quotidien par Rachid, dont le grand frère, Chakir, est atteint d’un cancer de sang. Hospitalisé dans une clinique privée à Casablanca, Chakir a besoin d’un changement de sang plusieurs fois par semaine. En cas de pénurie, ce qui est régulièrement le cas, des proches de sa famille sont invités à donner leur sang. Ce spectacle se déroule tous les jours au centre de Casablanca. Mais, malgré le brouhaha qui règne dans les services de collecte et de distribution du sang, le centre de Casablanca renferme une organisation implacable.

Il dispose, en effet, d’une infrastructure efficace et d’un dispositif médical souple pour simplifier le fonctionnement de la chaîne. Ainsi, le directeur du centre, Docteur Kamal Bouissek, se démène au jour le jour pour faciliter la tâche aux demandeurs de sang mais aussi aux donneurs. «Pour des considérations humaines et d’urgence médicale, on a beaucoup assoupli notre procédure d’octroi de sang. A l’époque, pour avoir du sang, il fallait des donneurs. Aujourd’hui, on donne le sang à celles et ceux qui en ont besoin en se basant sur les instructions écrites des médecins traitants», explique ce médecin fonctionnaire rompu aux situations les plus complexes dans ce domaine.

S’armer de volonté
Le demandeur se présente à un guichet, à gauche de l’entrée, pour déposer sa demande. Celle-ci est rapidement transférée au laboratoire d’analyses, qui l’examine et les résultats sont donnés, quelques minutes plus tard, dans un deuxième guichet, non loin du premier. Après avoir récupéré les résultats, le demandeur se représente au premier guichet pour récupérer les poches de sang. La procédure paraît, ainsi, simple et limpide. Celle aussi consistant à donner son sang. Pour Docteur Kamal Bouissek, le don de sang peut se réaliser à tout moment. Il suffit seulement de s’armer de volonté. Une salle dédiée et bien équipée, au centre de Casablanca, est disponible pour les donneurs. Une vingtaine de fauteuils bleus sont alignés en deux rangées.

Moins de dix personnes étaient là, ce lundi 5 novembre 2018, à 15 heures. «Normal, explique une infirmière. L’heure est assez tardive. Par contre, le matin, de nombreux donneurs peuvent se présenter, mais, en réalité, c’est encore très largement insuffisant pour faire face à une demande de plus en plus forte». Dans cette salle, c’est un don de sang total qui est prélevé dans une poche triple stérile à usage unique.

Une femme peut donner son sang 3 fois par an et un homme 5 fois par an. L’âge du donneur varie entre 18 et 60 ans. Avant le prélèvement, un entretien médical confidentiel obligatoire permet au médecin de connaître l’état de santé du donneur. Le médecin apprécie si ce dernier peut donner son sang sans risque pour sa santé et celle du récepteur. Cette phase est primordiale pour la sécurité transfusionnelle. Le processus est bien encadré et verrouillé pour respecter les procédures de surveillance depuis la collecte du sang jusqu’au suivi des receveurs. La quantité prélevée est de 400 ml, soit 7% du sang de l’organisme. Une veille permanente est mise en place pour surveiller l’équilibre entre les stocks et les besoins exprimés.

Veille permanente
Les stocks sont vérifiés quotidiennement au niveau régional et chaque semaine au niveau national. Trois niveaux ont ainsi été définis: le niveau standard (couleur verte) correspond à un état de stock pouvant répondre aux besoins en produits sanguins sur plus de 7 jours.

Le niveau intermédiaire (couleur jaune) correspond à un niveau de stock inférieur à 7 jours, mais supérieur à 2 jours. C’est lorsqu’on atteint ce niveau que les appels aux dons sont lancés de manière systématique. Le dernier niveau correspond à l’état critique (couleur rouge) et il est atteint quand les stocks en produits sanguins n’arrivent pas à couvrir les besoins de 2 jours. Une véritable mobilisation des Marocains est ainsi fortement souhaitée pour reconstituer les stocks de sang qui s’épuisent jour après jour. Car leur propre santé risque à l’avenir d’être en grave danger.

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