LE POUVOIR INESTIMÉ DES RÉSEAUX SOCIAUX

LES ETATS-UNIS EN PROIE AU CHAOS SUITE À L’ASSASSINAT D’UN AFRO-AMÉRICAIN

S’il faut tirer un enseignement de l’escalade des manifestations aux Etats-Unis en réaction à la violence policière meurtrière, c’est le pouvoir étendu des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Ce pouvoir qui a contribué à renverser des régimes arabes ces 10 dernières années, s’est retournée, pour une fois, contre ses créateurs.

Décidément, Donald Trump visait loin quand il a brandi récemment la menace de fermer les réseaux sociaux les plus influents au monde qui, comme par hasard, sont américains. Il a senti venir l’orage. L’image de George Floyd, un homme noir de 46 ans, asphyxié jusqu’à ce que la mort s’en suive par un policier «blanc» lors d’une interpellation à Minneapolis le 25 mai 2020, confirmée par une autopsie officielle qui conclut à un décès «par homicide», a circulé comme une traînée de poudre et provoqué des manifestations violentes tout autour même de la Maison blanche, ceinturée par le Secret Service, la garde rapprochée de Donald Trump, et par la Garde nationale.

Le couvre-feu nocturne instauré n’a pas servi à freiner la colère des manifestants. La menace est sérieuse, à telle enseigne que Donald Trump fut placé temporairement en sécurité dans le bunker de la Maison Blanche. La procédure sécuritaire veut qu’il s’y refuge en attendant que la situation redevienne normale. Ce qui n’est pas à l’ordre du jour! Plusieurs couvrefeux ont été instaurés dans plusieurs Etats. En vain, ils ont été violés. Les tensions ne retombent pas un peu partout. La scène qui nous parvient est terrible: Des routes coupées, des voitures et des commerces incendiés, et des policiers dépassés, répliquant par des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc.

Cela n’a pas incité les manifestants à rebrousser chemin, pour la sixième nuit consécutive. Ayant un effet contagieux, les manifestations ont été délocalisées sous d’autres cieux comme au Canada (Montréal), au Royaume-Uni (Londres, devant l’ambassade des Etats- Unis), en Nouvelle-Zélande (Auckland, Christchurch, Wellington) ou en Allemagne (Berlin), où des milliers de personnes ont manifesté pour dénoncer le racisme, les violences policières et soutenir les manifestants aux Etats-Unis.

Pour certains observateurs, cette affaire peut être le tournant de la prochaine campagne présidentielle. D’autres voient dans les déclarations des deux candidats un moyen de calmer les esprits. Ce qui se passe, c’est que Donald Trump et Joe Biden s’échangent finement les messages sur les réseaux sociaux.

Racisme enraciné
Tandis que Trump appelle les démocrates à s’endurcir face aux «anarchistes» et aux «gauchistes radicaux», Biden annonce avoir rencontré des représentants de la communauté noire et promis la création d’une commission de supervision de la police dans les 100 premiers jours de son mandat, s’il est élu président en novembre prochain.

S’il faut tirer un enseignement de l’escalade des manifestations aux Etats-Unis en réaction à la violence policière meurtrière, en dehors du racisme enraciné, c’est le pouvoir étendu des GAFA (acronyme de Google, Apple, Facebook et Amazon), auquels est parfois adjoint Microsoft, les GAFA(M), et de leurs réseaux sociaux. Ce pouvoir, qui a contribué à renverser des régimes arabes ces 10 dernières années, s’est retourné, pour une fois, contre ses créateurs.

Pour une fois, la réflexion sur les réseaux sociaux américains (Facebook, Twitter…) et le moteur de recherche qui les couve, en l’occurrence le géant du web Google, devrait changer de paradigme. Présentés à leur balbutiement comme un moyen de démocratiser le savoir et de briser les frontières physiques de la communication interpersonnelle, ces réseaux sont devenus au fil des années une arme fatale entre les mains des services américains et de leurs amis de par le monde, non seulement pour menacer ou bouleverser certains régimes de par le monde, mais aussi et surtout pour étendre la mainmise sur l’économie mondiale en contrôlant le tourisme et le commerce en ligne de tous les Etats, à travers les GAFA ou les GAFAM, entreprises stars de la Silicon Valley californienne, qui ont envahi notre quotidien.

Racisme enraciné
Elles ont même fait des petits en créant Netflix, Airbnb, Tesla et Uber. Ces entreprises, qui contrôlent tout dans le monde, ont su changer au 21ème siècle la perception même du mythe américain des chercheurs d’or ou de pétrole. Ces entreprises ont parfois à peine 20 ans (Facebook a été créé en 2004 et Google en 1998) et pourtant la capitalisation de chacune d’elles approche les 1.000 milliards de dollars, l’équivalent du PIB d’un pays comme l’Indonésie, qui émarge tout de même à la 16ème place du classement des pays les plus riches du monde.

Ce qui pousse à réfléchir profondément, c’est l’adage célèbre: «si c’est gratuit, c’est que le produit, c’est vous». En effet, ces géants américains tiennent leur force des informations personnelles de leurs utilisateurs de par le monde qu’ils exploitent, analysent et utilisent pour mieux contrôler gouvernements et entreprises. C’est dire que ce que les pays moins développés consomment comme étant des outils technologiques à la mode sont autant d’armes utilisées contre eux. Et l’affaire de George Floyd a eu le mérite d’en révéler les contours en même temps qu’elle a dénudé le racisme enraciné dans la société américaine qui se présente comme le modèle de la démocratie.


1 commentaire

  • Cp

    3 Juin 2020

    Le racisme au USA c’est héréditaire depuis le 16 ème siècle

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