Le pouvoir algérien intensifie la répression contre toute opposition

AN III DU HIRAK

Le mouvement de contestation populaire algérien “Hirak” a fêté son 3e anniversaire dans une ambiance politique et sociale marquée par la répression. Le régime veut en finir avec toute forme d’opposition. L’étau se resserre autour des activistes des droits de l’Homme, des journalistes, et des partis politiques.

Le 22 février 2019, le 22 février 2022. Trois ans se sont écoulés depuis le déclenchement d’un mouvement de protestation populaire inédit en Algérie, baptisé «Hirak». Une contestation qui a chassé le régime de Bouteflika du pouvoir après 20 ans de règne sans partage et a exigé, depuis, le départ de tous les symboles de ce régime répressif incarné par une institution militaire à la tête de laquelle une poignée de généraux se partagent les richesses du pays. Ce Hirak conteste sans répit la légitimité du président actuel, Abdelmajid Tebboune, porté au sommet de la hiérarchie contre le gré du peuple.

La riposte du régime est montée d’un cran. Ce dernier a interdit toute manifestation ou activité politique le jour du 3e anniversaire. Cela n’a pas empêché les Algériens de manifester. Malgré tout, des militants du Hirak ont essayé de se rassembler à Alger, Annaba, Constantine, Saida, Oran, Jijel, Tlemcen, Bouira, Ouraghla, Mostaganem, Béjaïa, Skikda, Tizi Ouzou… La police n’a pas hésité à user de la force pour disperser les manifestants et a arrêté une centaine d’entre eux. Elle a mené également des arrestations préventives ciblant de nombreux militants du mouvement, dont Zaki Hannache, Faleh Mahmoudi… identifiés par les services de sécurité.

Une répression qui n’a pas réussi à éteindre la flamme du Hirak algérien. Après Bruxelles et Paris, où des rassemblements ont eu lieu, jeudi 17 et dimanche 20 février 2022, la diaspora algérienne a programmé une série de manifestations en Europe pour fêter le troisième anniversaire de ce mouvement populaire qui appelle le régime algérien et ses symboles à quitter le pouvoir. Ce mouvement rappelle à l’establishment algérien une réalité amère: son pouvoir est populairement contesté. La réponse du régime a été des plus violentes: les arrestations et la torture sont en hausse.

Réalité amère
De l’Algérie aux Etats-Unis, plusieurs organisations non gouvernementales tirent la sonnette d’alarme. Le même message circule: La répression menée par le régime algérien a dépassé les bornes. L’ONG américaine Human Rights Watch évoque plus de 300 activistes incarcérés dans les prisons algériennes pour des faits liés à leur participation à des manifestations pacifiques et condamnés pour des accusations sommaires.

L’ONG internationale, basée à New York, relève que certains de ces militants font l’objet d’accusations de terrorisme. HRW précise que le nombre de ces personnes a grimpé en flèche au cours de la dernière année, alors que les autorités algériennes ont également pris pour cible des associations et des partis politiques proches du Hirak, ajoutant que la répression s’est fortement intensifiée après l’élection du président Abdelmajid Tebboune en décembre 2019.

En interne, jamais les partis d’opposition n’ont affronté le pouvoir comme ils le font depuis la naissance du Hirak. Le Front des Forces Socialistes (FFS), le plus vieux parti d’opposition en Algérie, a dénoncé, le 25 février, «un recul palpable des libertés individuelles et dans le domaine des droits en général» dans le pays. Dans un communiqué publié à l’occasion du 3e anniversaire du Hirak, le FFS rappelle les arrestations, les poursuites et les restrictions quotidiennes à l’encontre de toutes les personnes qui portent une vision différente de celle du pouvoir.

Il s’agit d’une «stratégie répressive en faveur de laquelle [le pouvoir] a mobilisé les services de sécurité et la justice, adossée à une propagande reposant sur la subversion et en noyant la société dans des faux débats», déplore le FFS. Dans ce sens, le parti a réitéré son appel «pour la libération des détenus d’opinion arbitrairement emprisonnés et l’annulation de toutes les poursuites à leur encontre et à la cessation des harcèlements et des restrictions visant les acteurs politiques, syndicaux, associatifs et médiatiques». Il appelle aussi à «lever tous les verrous entravant les libertés individuelles et collectives» et à oeuvrer à installer un climat social empreint de sérénité et de calme.

Lois liberticides
En Algérie, «la criminalisation/judiciarisation de l’action politique est érigée en système», a dénoncé le Parti des Travailleurs, l’une des formations politiques de l’opposition les plus influentes dans le pays. Le Parti des Travailleurs souligne ainsi dans un communiqué publié à l’issue de la session hebdomadaire de son secrétariat du Bureau politique que, trois ans après le déclenchement du mouvement du Hirak, «les lois liberticides se multiplient et traduisent une volonté assumée de la part des autorités d’encamisoler toute la société algérienne, de caporaliser l’activité politique, la presse pour imposer le maintien de l’ordre ancien rejeté par l’immense majorité». Tout en évoquant l’interdiction de toute activité politique commémorative du soulèvement du 22 février 2019 et l’arrestation de dizaines de citoyens, le parti a souligné qu’il s’agit d’un constat qui confirme «la régression sans précédent depuis 1988 sur le terrain des libertés».

Constat alarmant
Ce parti d’opposition fait en outre un constat socio-économique des plus alarmants. En plus des «restrictions épouvantables en matière d’approvisionnement en eau potable [qui] nous renvoient 30 ans en arrière et de la gestion catastrophique du Covid-19 par le gouvernement, qui a mis à nu l’incurie totale et l’absence d’anticipation et de prospective», le PT dénonce une misère qui «s’étend et prend à la gorge les salariés, chômeurs et retraités et couches vulnérables». «Les couches moyennes ont disparu, rejoignant les couches pauvres, laminées par l’effondrement continu du pouvoir d’achat», constate-t-il encore, tout en dénonçant l’effondrement du pouvoir d’achat en Algérie.

En dépit de la répression, sous toutes ses formes, et malgré la complicité de la justice, des contestataires, des journalistes, des militants associatifs et des opposants semblent décidés à faire face à cette machine de torture et de représailles. Les Algériens veulent à tout prix le changement. Un changement qui commence par déloger les vieux généraux de la junte militaire et leurs protégés du palais d’El Mouradia.