POURQUOI A-T-ON TUÉ L’OCE ?

LIQUIDATION

L’Office de commercialisation et d’exportation (OCE) est jeté à la poubelle de l’histoire. L’Etat use, une nouvelle fois, du facteur temps pour faire oublier un des grands dossiers de malversations et de dilapidation de biens publics.

Jeudi 25 juin 2020, le Conseil de gouvernement examinera deux projets de loi dont l’un porte sur la dissolution et la liquidation de l’Office de commercialisation et d’exportation. C’est fini pour de bon, cette fois. L’affaire de l’OCE est la consécration pure et simple d’une mauvaise gouvernance d’un organisme public parmi d’autres qui ont fini dans la poubelle de l’histoire mais aussi de l’impunité des responsables ayant causé sa mort avant l’heure au profit de mastodontes privés.

L’OCE a vu le jour en 1965. Le Roi Hassan II avait à l’époque déclaré qu’un bureau et un télex seraient plus efficaces pour la promotion des produits agricoles et alimentaires marocains que des opérateurs isolés. L’idée consistait à mutualiser les moyens pour promouvoir les produits marocains. Vingt-et-un ans plus tard, en 1986, on cherche à tout faire pour lui ôter sa raison d’être. L’Etat le déleste de l’exclusivité de passer par ses représentants pour promouvoir ses produits à l’étranger et incite les opérateurs à s’organiser en groupements ou à exporter directement.

Bras-de-fer opérateurs-Etat
Et, pour bien l’achever, on avait cantonné le rôle de l’OCE dans le soutien des exploitations de taille petite ou moyenne. Il traîne les casseroles de la faillite jusqu’en 2010, où on le surnomme Maroc Taswiq, avec pour mission de promouvoir l’économie solidaire (coopératives). Dans son rapport, la Cour des comptes a été catégorique: “Dans sa configuration actuelle, l’organisme n’est pas viable.”

Dans ses constats, la Cour des comptes relève que la restructuration de l’Office, engagée en 2005, est toujours inachevée, que l’Office a raté son repositionnement stratégique, que “l’OCE n’est plus un acteur significatif dans le secteur de l’export des produits agricoles et agroalimentaires et, partant, n’accomplit plus sa mission légale».

L’OCE fait donc partie du passé. Son histoire témoignera toujours du brasde- fer qu’il y a entre les grands opérateurs privés et l’Etat. Finalement, c’est le privé qui l’a remporté. Au détriment des petits exportateurs ou exploitants agricoles qui auront toujours besoin d’un appui étatique pour rester dans la course. Cette histoire permet de tirer un enseignement important: l’Etat finit toujours par dévorer ses “petits” qui ne font pas le poids face aux grands du capital privé.

Le pire, c’est que le patrimoine immobilier de ce grand office est tombé en désuétude ou a été dilapidé. Plusieurs ex-responsables de l’Office durant cette période ont été poursuivis pour malversations et cessions de biens immobiliers durant la première décennie des années 2000. Mais, depuis, aucune suite. L’Etat use, une nouvelle fois, du facteur temps pour faire oublier des dossiers de malversations et de dilapidation de biens publics.


Laisser un commentaire

Merci de cocher cette case
X

Télécharger le magazine Maroc Hebdo

Télécharger