POURQUOI TOUJOURS CE CONFINEMENT?

De faux espoirs d’assouplissement

Somme toute, tout bien réfléchi, est-ce qu’il y a un “gouvernement” au sein du gouvernement qui décide à la place du gouvernement “issu des suffrages”?

“Soubhana Allah’’. Comme par hasard, le Maroc enregistre 18 nouveaux cas confirmés de coronavirus entre mardi 9 juin à 18h00 et mercredi 10 juin à 10h, le lendemain de la décision gouvernementale de prolonger le confinement dans la majorité écrasante des grandes villes du Royaume. Et comme par enchantement, à l’instar de ce qui se passait 5 à 6 jours avant la fin de chaque phase de confinement (20 mars-20 avril; 20 avril-20 mai; 20 mai-10 juin), les chiffres des cas de contamination augmentent sensiblement. Ces cinq derniers jours, et après plus de 400 guéris par jour, les rémissions sont retombées à 80, puis 42… Et les contaminations ont repris de plus belle. Ah, cette thèse du complot qui ne nous lâche pas! Maudite soit-elle!

Bref, le gouvernement a décidé d’assouplir le confinement. A Sefrou, Immouzzer… où aucun cas n’a été déclaré depuis le début de la pandémie. Mais à Casablanca, Rabat, Fès, Marrakech… l’assouplissement n’a de sens que dans la tête d’El Othmani et de ses confrères et consoeurs. Le confinement a été maintenu. Pourquoi? Personne ne le sait. Personne ne comprend plus rien. Le Chef du gouvernement est dépassé. Il est même fatigué de se contredire et de subir les foudres des Marocains mécontents, déboussolés. Devant les deux chambres du Parlement, le 18 mai, deux jours avant la fin de la deuxième prolongation du confinement, il a mené les Marocains en bateau en leur signifiant qu’une prorogation nouvelle s’impose du fait que les experts de la santé veulent atteindre des seuils réconfortants, par vigilance. Ce jour, le taux de reproduction était à 0,9% (en deçà de la moyenne tolérée ailleurs, 1%). Il fallait la ramener à 0,7%. Ce seuil a été atteint. Le taux de mortalité est descendu à moins de 2,7%. Il ne reste que 600 ou 700 malades qui suivent leur traitement qui fonctionne à merveille.

Donc, qu’une “lumière’’ vienne expliquer aux Marocains les moins intelligents pourquoi maintient-on ce confinement aux dépens de la précarisation des Marocains et de l’étouffement de secteurs d’activité à part entière au moment où d’autres ont bien fleuri en ces temps de crise? Cela décrédibilise et désavoue El Othmani et son ministre de la Santé Khalid Aït Taleb ou plutôt leur thèse défendue jusque-là. Et cela pousse à ruminer la question: s’agit-t-il d’un état d’urgence sanitaire ou d’un état d’urgence sécuritaire qui sert des intérêts occultes? Sécuritaire, non, le mot n’est pas trop fort. Car des abus, il y en aura, tant que la décision appartiendra désormais aux walis et gouverneurs qui jugeront utile de renforcer la quarantaine ou de l’assouplir sur une ville, une province ou une préfecture.

Comment admettre que le Maroc ferme (pas ses frontières extérieures, il est encore trop tôt pour en parler) ses frontières inter-villes et inter-provinces? Car la décision appartient aux sécuritaires et non aux spécialistes de la santé publique de lever le pied sur le frein du confinement ou pas. Le pire, c’est qu’une consigne générale circule: “N’en dites rien! Ne parlez pas à la presse!” Même les professionnels du tourisme, qui constatent à leur grande déception que leur secteur agonisera pour longtemps, s’interdisent de parler. Ne faudra-t-il donc pas interroger la ministre du tourisme et le directeur de l’ONMT sur l’argent “jeté par les fenêtres” pour financer la campagne “3lamantlagaw”, sachant que l’on “ne se reverra pas de si tôt”? C’est de l’argent du contribuable, non?

Somme toute, tout bien réfléchi, est-ce qu’il y a un “gouvernement” au sein du gouvernement qui décide à la place du gouvernement “issu des suffrages”? Sous un autre angle, si cette “pression” a aussi une visée électoraliste, visant à porter un coup dur au PJD, à quelques mois des prochaines élections, c’est réussi. Globalement, les Marocains n’ont plus confiance dans la vie politique et ses acteurs. Le maintien du flou et l’absence de visibilité, au gré de la bonne volonté des walis et gouverneurs, est un jeu très dangereux. Les Marocains (hommes d’affaires compris) n’en peuvent plus. Ils ne le disent pas maintenant. Mais leur ras-le-bol est sournois. Il ne doit pas inspirer confiance.


1 commentaire

  • Saadeddine

    11 Juin 2020

    Bonjour, Bonne réflexion monsieur Marouane Kabbaj même si elle est trop synthétique. Autant le gouvernement a bien pris en charge la gestion de l'épidémie à son démarrage, autant il rate et massacre la gestion du déconfinement, de la reprise économique et sociale du pays. Cette dernière décision du 10 Juin nous montre clairement comment le peuple peut être traité par ses fils dès que vous leur donnez du pouvoir et de l'autorité. On a assisté à une cacophonie inédite, qui met en exergue l'incompétence de certains en termes de vision globale et de prospective.

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