APRÈS LE SÉISME DU 08 SEPTEMBRE 2023

La population d'Al Haouz toujours secouée

La région d’Al Haouz, secouée par le violent séisme du 8 septembre 2023, s’efforce de se reconstruire malgré d’importants défis. Les répercussions du séisme, qui marquent profondément le paysage et les habitants, ont suscité une multitude de réponses gouvernementales et des actions communautaires continues mais qui reste en deçà des attentes selon des habitants de la région.


Les habitants d’Amzmiz crient leur colère.


“C’est une tragédie dans la tragédie.” C’est ainsi que Fatima, enseignante du cycle secondaire qualifiant à Amezmiz, résume la situation dans la région. En effet, “Les écoles modulaires, notre espoir pour continuer l’éducation après le séisme, ont été emportées par des vents violents mercredi 17 janvier 2024” nous confie-t-elle en soulignant que voir les enfants perdre leur lieu d’apprentissage une fois de plus est dévastateur. “Nous avions à peine commencé à reprendre nos activités scolaires. Maintenant, nous nous retrouvons à nouveau dans l’incertitude et le désarroi.»

En effet, la scolarisation s’est arrêtée pour plusieurs semaines dans 42 communes des plus touchées par le séisme surtout dans les provinces d’Al Haouz, de Chichaoua, de Taroudant, avant qu’elle soit poursuivie, notamment grâce à ces écoles modulaires ou encore à travers leur transfert à des établissements à Marrakech, comme c’est le cas pour plus de 6.000 élèves de Talat N’Yacoub, Ighil, Ouirgane, Anougal et Azgour. Toutefois, il faut souligner que les enfants ne sont pas les seules victimes de la situation dans la région d’Al Haouz actuellement.

Une situation précaire
En effet, les températures glaciales exacerbent une situation déjà précaire. Les habitants, déjà éprouvés par le séisme et la perte de leurs maisons, se retrouvent maintenant confrontés à un nouveau défi : survivre dans des conditions extrêmes tout en vivant sous des tentes. «La nuit, le froid est si mordant que nous pouvons à peine dormir. Nous nous blottissons ensemble pour garder un peu de chaleur, mais ce n’est jamais suffisant. Mes enfants toussent constamment. Chaque matin, je me réveille avec la peur qu’ils tombent gravement malades. C’est une lutte constante pour les garder en sécurité et en bonne santé.» nous déclare Amina, mère d’une famille de 4 enfants, qui vit depuis septembre dans une tente dans le douar Tlat N’Yaagoub.

Pour sa part, Mohammed, 47 ans, agriculteur qui refuse d’alller louer en ville et laisser les quelques moutons qui restent en vie nous assure que vivre dans une tente est insupportable avec ce froid. “Tout ce que nous avions a été détruit, et maintenant, le climat lui-même semble se retourner contre nous. J’essaie de reconstruire un peu de notre vie, mais c’est difficile, surtout que nous n’avons reçu aucune aide. La précarité est devenue notre quotidien.» nous soupire-t-il. En effet, en réponse à cette crise, le 14 septembre, le Maroc a lancé un programme d’aide d’urgence pour soutenir et reloger les résidents de quelque 50 000 bâtiments endommagés par le séisme.


Conformément aux directives du cabinet royal, ces habitants devaient être temporairement relogés dans des structures adaptées au froid et aux intempéries, ou dans des sites d’accueil équipés de toutes les commodités nécessaires. Chose qui ne s’est pas encore réalisée selon des témoignages qu’on a reçus. En plus, dans le cadre de cette initiative, l’État marocain devrait attribuer également une aide d’urgence de 30 000 dirhams aux ménages affectés par la catastrophe. Ce montant constitue la première phase d’un programme plus vaste concernant les 50 000 logements touchés, qu’ils soient totalement ou partiellement effondrés. Pour les logements complètement détruits, une somme de 140 000 dirhams sera allouée, tandis que 80 000 dirhams seront consacrés à la réhabilitation des habitations partiellement endommagées.

Un désarroi face à l’injustice
Toutefois, de nombreux habitants de la région affirment n’avoir reçu aucune aide. C’est ainsi que les villages de douar Tlat N’Yaagoub, Ijoukak et d’Ighil se sont transformés en foyers de contestation dès le jeudi 18 janvier 2024. Entre 600 et 700 personnes, ont organisé une marche d’une centaine de kilomètres vers la Wilaya de Marrakech pour exprimer leur désarroi face à l’injustice subie. Dans ce contexte difficile, Fatima Tamni, députée de la Fédération de la Gauche Démocratique, a interpellé le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, sur les insuffisances du soutien apporté aux sinistrés. Elle a relevé l’exclusion de certaines victimes du séisme d’Al Haouz dans le plan d’aide gouvernemental et a mis en avant la nécessité d’une intervention gouvernementale plus efficace et d’une meilleure répartition de l’aide.

En outre, la députée a critiqué le processus de reconstruction pour son manque de transparence et d’efficacité. Elle a questionné le rôle de l’Agence de Développement du Grand Atlas dans la gestion de la crise, soulignant son absence dans les zones affectées. Ainsi, dans cette épreuve, Al Haouz se dresse face à un défi colossal : reconstruire sur des ruines, tant matérielles qu’émotionnelles. Entre la promesse d’une aide gouvernementale et la dure réalité du terrain, les habitants continuent de subir un quotidien précaire, portés par une résilience qui défie les obstacles.

Articles similaires