La polygamie a encore la peau dure


Les récents chiffres rendus publics par le conseil supérieur du pouvoir judiciaire révèlent que plus de 20 000 demandes de polygamie ont été accordées entre 2017 et 2021. Un phénomène qui continue à prospérer malgré les freins imposés par le code de la famille actuel.

Alors que les défenseurs des droits de la femme militent ardemment pour la réforme du code de la famille dont le texte actuel est jugé obsolète et non conforme aux temps modernes, la polygamie continue de prospérer dans la société marocaine. Un phénomène social certes combattu par le code actuel, mais non interdit par la charia. Ainsi, malgré les freins imposés à l’homme comme avoir l’autorisation de la première épouse, la polygamie enregistre encore des chiffres hallucinants.

C’est ce que révèle un récent rapport rendu public par le conseil supérieur du pouvoir judiciaire. En effet, plus de 20 000 demandes d’accord pour conclure un deuxième mariage ont été satisfaites entre 2017 et 2021. Soit 4 demandes sur 10 soumises à la justice familiale.


Facteur social
D’après le document, le plus grand nombre de demandes a été déposé au cours de l’année 2021, soit 4.854. Il se trouve que malgré les chiffres qui pourraient paraitre élevés, le taux de refus est quand même estimé à plus de 60%. Ce qui veut dire que les juges continuent à durcir les procédures d’octroi des autorisations. Outre l’obligation d’avoir l’autorisation de la première épouse, le code de la famille actuel prévoit d’autres conditions que l’homme est obligé de satisfaire.

On peut citer, entre autres, sa capacité financière à subvenir aux besoins des deux épouses et sa disposition à assurer un logement pour chacune d’elle. Parmi les raisons qui poussent les polygames à conclure un deuxième mariage figurent notamment l’incapacité de la première épouse à procréer, la maladie de celle-ci, le refus de l’épouse résidant à l’étranger de regagner le domicile conjugal, l’existence d’une relation extraconjugale ayant donné lieu à une grossesse et enfin la disposition financière du mari à conclure un deuxième mariage. Pour les féministes, ces raisons constituent pendant les temps modernes une injustice flagrante contre la première épouse dont les droits élémentaires pourrait être bafoués.

D’où leur appel de procéder en urgence à une réforme de la Moudawana dont le texte est désormais considéré comme dépassé. Un appel qui semble actuellement en stand-by depuis la polémique provoquée par le viol de la petite Sanae en avril 2023 et le jugement laxiste en première instance contre ses violeurs. La polygamie s’ajoute ainsi comme l’autre facteur social qui pourrait pousser les féministes à réitérer leurs revendications réformistes.

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