POLITIQUE ÉCONOMIQUE: Peut mieux faire…

Au risque de se décrédibiliser aux yeux des différents acteurs financiers internationaux, le Maroc se doit d’abaisser rapidement son niveau d’endettement. Et surtout, faire en sorte que la reprise se passe dans de bonnes conditions, sans avoir à chaque fois à prolonger un confinement on ne peut plus draconien.

Dire que la situation financière au Maroc n’est pas au mieux est un euphémisme. Depuis le déclenchement de la pandémie de Covid-19, les autorités marocaines, et en particulier celles en charge de la politique économique, donnent l’impression de ramer. En cela, certes, leur sort ne diffère pas tellement de celui d’autres pays dans le monde, dont presque aucun ne peut vraiment se targuer d’avoir pu y réchapper.

Concrètement, cela a donné, au cours de l’exercice précédent, la pire croissance économique de l’histoire du Royaume depuis qu’il est indépendant, plus même que lors de l’épisode de la “crise cardiaque”, comme avait alors qualifié le roi Hassan II le contexte de l’année 1995, marquée par une forte sécheresse et les résidus de plusieurs années d’ajustement structurel.

Au minimum, cette croissance, ou décroissance plutôt, s’est établie au taux négatif de 5%, et c’est l’hypothèse sur laquelle s’est appuyé le projet de loi des finances rectificative (PLFR) adopté le 20 juillet par le parlement. Mais c’est sans doute bien plus. Ultimement, la Banque mondiale a consacré un rapport de suivi au Maroc, dont les conclusions finales ont été rendues le 9 janvier 2021 et qui, lui, avance plutôt le chiffre de -6,3%.

En tout cas, l’année qui vient de commencer ne s’annonce d’ores et déjà pas mieux, alors que le Maroc n’a pas encore réceptionné les 65 millions de doses de vaccin anti Covid qu’il avait commandées, respectivement les 20 août et 18 septembre 2020, auprès des laboratoires Sinopharm et AstraZeneca. Car sans vaccination et, donc, sans que la fameuse “immunité de groupe” ne soit atteinte, inutile d’imaginer que l’économie retrouve fière allure.

Ceci tout en sachant que 2021 doit, au mieux, être une année de transition, et que ce n’est qu’en 2022 que l’on peut, peut-être, imaginer un retour à au moins la situation d’avant la pandémie. Il y a lieu, à cet égard, de faire référence au réquisitoire du 24 novembre du wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, à la Chambre des représentants, d’une cruelle lucidité eu égard aux perspectives économiques pour les prochaines années (lire nº1371, du 27 novembre au 3 décembre 2020).

Un réquisitoire lucide
Quand on tente de dresser un premier bilan de ce qui a été fait, on ne peut, bien sûr, que se féliciter que, de prime abord, le Maroc ait réussi à maintenir son déficit budgétaire à un niveau acceptable de -7,5% de son produit intérieur brut (PIB), quand bien même ce chiffre aurait pu être plus grand si ce n’est la course à la dette où, depuis le début du mois d’avril, s’est lancé le gouvernement Saâd Eddine El Othmani et en particulier le ministre de l’Economie, Mohamed Benchaâboun. Sans cela, il n’aurait peut-être pas été évident de continuer à bénéficier de la confiance des marchés financiers internationaux et ainsi de réussir, en l’espace de moins de trois mois, la sortie d’un milliard d’euros du 23 septembre et celle de 3 milliards de dollars du 8 décembre.

Le Maroc met, qui plus est, en oeuvre depuis le 4 août, certes avec la contribution active des pays de l’Union européenne (UE) -dont un apport de 1,38 milliard d’euros, le 1er décembre, de l’Allemagne-, un plan de relance de 120 milliards de dirhams (MMDH), soit environ 11% de son PIB, et cela à lui seul est de nature à empêcher les pouvoirs publics de rentrer dans leur frais. Ce qui, d’ailleurs, avait amené le gouvernement El Othmani à envisager, un temps, une politique d’austérité dure, avec notamment la réduction dans le cadre de son PLFR de 16 MMDH du budget de l’investissement public, avant que le roi Mohammed VI ne tranche à l’occasion de son discours du Trône du 29 juillet pour continuer à apporter de l’eau au moulin de l’économie nationale.

L’autre solution, en dehors de la dette, aurait peut-être été de faire marcher la planche à billets, c’est-à-dire créer l’argent dont on a besoin pour remettre l’économie d’aplomb, ce que, ceci dit, avait d’emblée refusé M. Jouahri, comme il s’en était expliqué le 16 juin au moment où BAM procédait pour la deuxième fois en un peu plus de trois mois à la baisse de son taux directeur.

Le gouverneur de la banque centrale nationale avait alors évoqué le risque inflationniste qui pourrait en être induit. Et c’est la même raison pour laquelle il s’oppose, encore aujourd’hui, à une refonte des statuts de BAM, de sorte à permettre à cette dernière de prêter directement à l’État, quoique les institutions les plus enclines à s’en tenir aux règles prudentielles d’usage, à l’instar de la Banque centrale européenne (BCE) ou de la Fed, aux États-Unis, aient allègrement, quand il l’a fallu, franchi le pas. C’est là, en tout cas, un débat idéologique à n’en plus finir, mais il faudra faire en sorte que le niveau de la dette baisse rapidement, dans la mesure où au rythme actuel le Maroc risque de perdre en crédibilité.

Favoriser la reprise
Et c’est d’ailleurs, en partie, déjà le cas, avec l’agence de notation Fitch Ratings qui, le 23 octobre, avait baissé la note souveraine du Royaume, notamment en raison d’un taux d’endettement dépassant désormais les 68% du PIB -M. Jouahri avait, certes, à ce propos dans son intervention du 24 novembre au parlement, regretté une décision “ni éthique ni professionnelle” au regard du contexte actuel. Ce qui passe, en premier lieu donc, par le fait de favoriser une reprise économique en bonne et due forme, car c’est avec un PIB plus conséquent seulement que le Maroc peut espérer être mieux outillé pour en sortir.

Le plan de relance de 120 MMDH est un premier pas, mais il faut aussi proposer de véritables alternatives aux secteurs les plus affectés, et non par exemple des contrats-programmes que l’État ne prend même pas la peine de faire réussir, comme c’est le cas notamment dans le tourisme où d’un côté un accord avait été conclu le 22 août, tandis que de l’autre on continuait d’implémenter un confinement draconien ne laissant pas la moindre bouffée d’oxygène aux professionnels.

Et au final, il faut avant toute chose tenir compte du drame humain en train de se jouer. Le chômage a explosé comme jamais, et c’est seulement grâce à l’entraide sociale que beaucoup réussissent à joindre les deux bouts. En attendant d’en finir avec la pandémie, il faudra, en priorité, garder le cap d’une relance inclusive, sans qu’aucun Marocain ne se retrouve laissé pour compte...


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