La politique étrangère Américaine sous Joe Biden

Le flou diplomatique

Il faudra attendre au-delà des premiers mois de présidence de Joe Biden pour être fixé au sujet de l’état des relations entre le Maroc et les États-Unis au cours des quatre prochaines années.

Le sentiment de Rabat à l’annonce de la victoire de Joe Biden le 7 novembre 2020 aux présidentielles américaines tenues quatre jours plus tôt devait sans doute être mitigé. D’un côté, il y a, certes, le fait de ne plus avoir à subir de pressions pour normaliser avec Israël, alors que l’administration Donald Trump et particulièrement le secrétaire d’État sortant, Mike Pompeo, ont fait des mains et des pieds au cours des derniers mois pour que le Maroc devienne le sixième pays arabe après l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis et Bahreïn à nouer des relations diplomatiques officielles avec l’État hébreu, en allant jusqu’à mettre sur le tapis la possibilité d’enfin reconnaître la souveraineté du Royaume sur son Sahara et à y ouvrir un consulat.

Non que la partie marocaine considère spécialement Tel-Aviv comme ennemi, à rebours de nombreux gouvernements de la région qui ne manquent pas d’instrumentaliser la cause palestinienne pour leur propre gouverne, mais il s’agit simplement d’une question d’opportunité, étant donné que pour elle la normalisation ne peut advenir si un État palestinien en bonne et due forme n’a pas encore été établi. M. Biden demeure, toutefois, une inconnue: en dehors du fait qu’il ait apprécié le séjour qu’il avait effectué en novembre 2014 à Marrakech, où en tant que vice-président des États-Unis il avait pris part au Sommet global de l’entrepreneuriat (GES) qu’organise chaque année le gouvernement américain, et particulièrement le “Happy Birthday” entonné par la Garde royale à son départ de l’aéroport de Menara, on ne sait rien vraiment du sentiment du futur locataire de la Maison- Blanche envers le Maroc.

À vrai dire, il n’a abordé, tout au long de sa campagne entamée en avril 2019, qu’épisodiquement les questions de politique étrangère, si ce n’est pour indiquer qu’aussitôt investi il rejoindrait l’accord de Paris sur le climat, dont M. Trump s’était retiré en juin 2017 car il “punit” selon lui les États-Unis, et qu’il bloquerait le retrait entamé en juillet dernier de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) par son futur prédécesseur, et au niveau de la région MENA spécifiquement, M. Biden a promis de relancer l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, jeté aux orties en juin 2018 par l’administration actuelle.

Partenaires de toujours
Le Maghreb, en particulier, ne semble pas faire partie de ses priorités, et on pourrait en fait en dire autant de l’ensemble de la région, puisque son conseiller ès-politique étrangère, Tony Blinken, qui fut secrétaire d’État adjoint sous le président Barack Obama, a souligné que la future administration accélérerait le retrait étasunien du Moyen-Orient pour focaliser plutôt sur l’Asie Pacifique, que M. Obama lorgnait déjà en son temps à travers son Accord de partenariat transpacifique. M. Blinken est d’ailleurs le favori actuellement pour occuper le poste de secrétaire d’État, et on peut donc croire qu’aussitôt aux commandes il devrait joindre le geste à la parole. Dans ce cas de figure, on peut imaginer que les États-Unis chercheront plutôt à compter sur leurs partenaires de toujours, dont notamment le Maroc, pour leur politique régionale, d’autant plus que dans le cas du Royaume en particulier, un accord vient d’être signé le 2 octobre à l’occasion de la visite du désormais ex-secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, à Rabat.

Également en déplacement quelque deux semaines plus tard dans la capitale, le secrétaire d’État adjoint aux Affaires du Proche-Orient de l’Oncle Sam, David Schenker, avait, pour sa part, mis en exergue l’“étroit” partenariat bilatéral. Toutefois, il est à craindre que l’administration Biden ne soit noyautée par la mouvance droit-de-l’hommiste du Parti démocrate (PD), dont certains représentants sont pratiquement hostiles par conviction à l’intégrité territoriale du Maroc, comme c’était justement arrivé au temps de la présidence de M. Obama.

Sueurs froides
On se rappelle, ainsi, que le roi Mohammed VI avait carrément taxé, dans son discours de la Marche verte du 6 novembre, Washington d’“ambiguité”, dans la mesure où la capitale américaine n’aurait pas alors eu de “position claire” sur le conflit du Sahara marocain, et pour cause: tandis que M. Obama s’engageait en novembre 2013, lors de la rencontre au sommet qu’il avait alors eue avec le Souverain à la Maison-Blanche, “à continuer à soutenir les efforts pour trouver une solution pacifique, durable et mutuellement acceptable à la question du Sahara”, des membres de son administration prenaient délibérément le parti des séparatistes.

Une crise avait même éclaté en avril 2013 après que la représentante des États-Unis auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU), Susan Rice, tenta d’étendre la Minurso, la mission onusienne de paix au Sahara marocain, à la surveillance des droits humains. Or que, justement, Mme Rice fait actuellement des favoris, avec M. Blinken, pour prendre la charge du département d’État; ce qui, on imagine, doit donner des sueurs froides aux autorités marocaines.

La concernée est connue, en effet, pour jouir d’une relation excellente avec M. Biden, qui l’avait un temps considérée pour l’accompagner dans le ticket présidentiel, avant que son choix ne s’arrête finalement en août sur la sénatrice de Californie, Kamala Harris. Toutefois, elle continue de pâtir de ses déclarations au sujet de l’attaque contre le consulat américain de Benghazi en septembre 2012, au cours de laquelle l’ambassadeur US J. Christopher Stevens avait été tué par le groupe jihadiste d’Ansar al-Sharia et qu’elle avait initialement assimilée à un simple “débordement populaire”.

De fait, le Congrès pourrait s’opposer à sa nomination, surtout si le Sénat continue d’être contrôlé par le Parti républicain (PR). Il faudra, ainsi, attendre au-delà des premiers mois de présidence de M. Biden pour être fixé au sujet de l’état des relations entre le Maroc et les États-Unis au cours des quatre prochaines années.

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