Le Polisario seul au monde

OPÉRATION DES FAR À GUERGARAT

Comme l’avait pertinemment relevé le roi Mohammed VI dans son dernier discours de la Marche verte, la partie séparatiste se trouve actuellement dans un “scénario typique d’une fuite en avant”.

Cela faisait plus de quatre ans que le Maroc menaçait d’intervenir à Guergarat contre le Front Polisario, qui à maintes reprises pendant ce laps de temps avait déployé ses miliciens dans cette zone située à la frontière entre le Royaume et la Mauritanie et cherché à y entraver la circulation des biens et des personnes. À cet égard, le roi Mohammed VI, dans son dernier discours de la Marche verte du 7 novembre 2020, avertissait que si “le Maroc, fidèle à lui-même, ne se départira pas du bon sens et de la sagesse dont il a coutume”, il n’en restait pas moins que “c’est avec la dernière vigueur et la plus grande fermeté qu’il s’opposera aux abus cherchant à porter atteinte à la sécurité et à la stabilité de ses provinces du Sud”, alors que le mouvement séparatiste venait encore, depuis le 21 octobre, de revenir à la charge en procédant, cette fois, carrément à la mise en place d’un bouclier humain constitué d’une soixantaine de personnes.

Une solution diplomatique
De fait, il ne fallait pas s’étonner de l’annonce faite dans la matinée du 13 novembre par l’état-major général des Forces armées royales (FAR), via un communiqué, de “la mise en place” pendant la nuit “d’un cordon de sécurité en vue de sécuriser le flux des biens et des personnes à travers la zone tampon de Guergarat”.

“Cette opération non offensive et sans aucune intention belliqueuse se déroule selon des règles d’engagement claires, prescrivant d’éviter tout contact avec des personnes civiles et de ne recourir à l’usage des armes qu’en cas de légitime défense,” soulignait l’état-major général des FAR. Plus tard dans la journée, ce dernier donnait, dans un deuxième communiqué, plus de détails en indiquant qu’“au cours de [l’]opération, la milice armée du Polisario a ouvert le feu sur les FAR qui ont pour leur part riposté et obligé les miliciens à prendre la fuite” et qu’en outre ces mêmes miliciens “ont volontairement incendié le camp de tentes qu’ils avaient érigé et pris la fuite à bord de jeeps et de camions vers l’Est et vers le Sud, sous les yeux des observateurs de la Minurso”, la mission de paix des Nations unies au Sahara marocain.

Pour sa part, le ministère des Affaires étrangères, également dans un communiqué, se félicitait de ce que l’opération des FAR “s’est déroulée de manière pacifique, sans accrochage ni menace pour la sécurité des civils” et rappelait, surtout, que le Maroc avait au préalable privilégié “une solution diplomatique à travers les bons offices des Nations unies” à laquelle le Polisario est cependant resté insensible puisqu’il “a poursuivi ses actes de provocation et d’intrusions illégales”. “Le Polisario (...) assume, seul, l’entière responsabilité et les pleines conséquences,” prévenait le même département dans un autre communiqué.

De partout, les soutiens ont plu envers le Maroc, notamment au niveau arabe où l’on a vu la moitié des États de la Ligue arabe (les six pays du Golfe que sont l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman et le Qatar, en plus des Comores, de Djibouti, de la Jordanie, du Yémen et de la Somalie) apporter un appui affirmé au Royaume. Au plan africain, des pays comme le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine ou encore Sao Tomé-et-Principe ont également salué l’opération des FAR. Globalement, il n’y a que la Namibie qui s’est inscrite en faux contre le Maroc, elle dont les dirigeants continuent malheureusement de mélanger la lutte du peuple namibien pour son indépendance du régime colonial sud-africain et le différend d’essence purement régionale entre le Royaume et l’Algérie autour du Sahara marocain.

La voisine de l’Est elle-même d’ailleurs, si elle “déplore vivement les (...) violations du cessez-le-feu” qu’elle considère comme “graves”, n’a pas vraiment pris et fait et cause pour le Polisario. Au contraire, le communiqué de son ministère des Affaires étrangères “appelle” ce qu’il considère comme étant “les deux parties”, à savoir le Maroc et le Polisario, “à faire preuve d’un sens de responsabilité et de retenue, et au respect, dans son intégralité, de l’accord militaire n°1” encadrant le cessez-le-feu du 6 septembre 1991.

Responsabilité et retenue
Ce qui revient, de fait, de la part d’Alger à prendre officiellement ses distances avec toute velléité de la part du mouvement séparatiste de ne plus se plier au dit accord. Car dès le lendemain de l’opération des FAR, le soi-disant “ministre” des Affaires étrangères de la soi-disant “République arabe sahraouie démocratique” (RASD), au nom de laquelle le Polisario revendique la partie du Sahara marocain anciennement colonisée par l’Espagne, Mohamed Salem Ould Salek, déclarait dans des propos relayés par l’Agence France-Presse (AFP) que le cessez-le-feu “appartient au passé”.

En même temps, la soi-disant “Armée populaire de libération sahraouie” (APLS), qui représente en fait les milices du Polisario, effectuait à Mahbes, au niveau du mur de défense marocain, des tirs de harcèlement, auxquels les FAR ont riposté “avec fermeté, occasionnant la destruction d’un engin porte-armes” selon les informations de la page Facebook FAR-Maroc. Le 9 novembre déjà, le soi-disant “gouvernement sahraoui”, et après qu’il eut accusé les forces marocaines de déguiser des groupes avec des habits civils dans le but de les introduire à Guergarat, estimait que “l’entrée de tout élément militaire, sécuritaire ou civil marocain (...) sera considérée comme une agression flagrante”; ce qui est un comble sachant qu’en soi, la présence du Polisario dans la zone, qu’il qualifie lui-même de “zone tampon” (un lapsus?), rompt l’accord militaire nº1.

Désormais, le mouvement séparatiste s’en trouve à saisir le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, pour “intervenir d’urgence”, comme le met en exergue une lettre signée de la main de son secrétaire général Brahim Ghali, sachant que c’est ce que M. Guterres a justement plus de trois semaines durant tenté de faire, sans succès toutefois. M. Guterres s’est d’ailleurs vu remercier, au cours de l’appel téléphonique qu’ils ont eus ce 16 novembre, par le roi Mohammed VI pour ses “tentatives louables”.

Pour l’anecdote, le Polisario a présenté, ce 17 novembre, cet appel et ainsi que l’attachement qu’y a exprimé le Souverain au cessez-le-feu à un signe de “confusion” de l’État marocain “suite aux frappes incessantes des combattants de l’ALPS”, mais personne n’est dupe: le mouvement séparatiste est incapable aujourd’hui de soutenir une guerre contre le Maroc, contrairement par exemple à l’époque des années 1970 et 1980 où ses techniques de guérilla pouvaient lui permettre encore, par à-coups, de faire mouche.

En se faisant l’écho, le 16 octobre sur Radio Alger, de l’intention des dirigeants polisariens de signer des “accords de défense mutuels” avec des “pays” et “peuples amis”, M. Ould Salek reconnaissait d’ailleurs cet état de fait, car pourquoi des accords si, comme il l’assure, le Polisario est à lui seul capable d’occasionner aux FAR “des dégâts humains et matériels”? En fait, il faudrait que l’Algérie puisse intervenir pour parler véritablement d’un conflit, et cela deux éléments pouvaient le laisser penser il y a quelques semaines encore: d’abord, le récent changement de Constitution, qui autorise enfin l’armée nationale populaire (ANP) algérienne à opérer à l’étranger, même si c’est un secret de polichinelle que cette dernière était directement intervenue au Sahara marocain pour appuyer le Polisario dans les deux batailles d’Amgala de janvier et février 1976 et qu’elle n’avait donc pas attendu la nouvelle loi fondamentale pour renoncer à sa soi-disant doctrine; ensuite, le fait que l’actuel chef d’état-major de l’ANP ne soit autre que Saïd Chengriha, dont tout le monde se rappelle les déclarations polémiques révélées en mars 2016 par Médi1 TV, à l’époque où il n’était encore que commandant de la troisième région militaire algérienne, appelant les milices séparatistes à attaquer le Maroc. Mais la réaction de la communauté internationale suite à l’opération des FAR à Guergarat doit désormais refroidir la junte algérienne, qui ne voudra sans doute pas se retrouver davantage isolée qu’elle ne l’est déjà.

Sentiment de frustration
De fait, et comme l’avait pertinemment relevé le roi Mohammed VI dans son dernier discours de la Marche verte, le Polisario se trouve actuellement dans un “scénario typique d’une fuite en avant”. On peut même, tout simplement, parler de frustration, car même la guerre juridique initiée au cours de la dernière décennie n’a pas porté ses fruits, alors que le Polisario pensait par exemple exclure le Sahara marocain de l’accord de février 2012 avec l’Union européenne (UE) sur les mesures de libéralisation réciproques en matière de produits agricoles et de produits de la pêche, ou encore entraver l’exportation du phosphate saharien au prétexte que ses revenus ne profiteraient pas à la population du Sahara marocain -ce qui est faux car ceux-ci sont intégralement réinvestis par le groupe OCP dans la région.

À l’international, ils ne sont désormais plus que 29 pays à continuer de reconnaître la soi-disant “RASD”, et on a même vu ce 14 novembre le Guyana de Cheddi Jagan et Walter Rodney, qui fut un bastion du séparatisme sahraoui à l’époque de la guerre froide, couper tout lien avec l’entité polisarienne. De nombreux pays ont même commencé, à partir de décembre 2019, à inaugurer des consulats au Sahara marocain en signe de reconnaissance de la souveraineté du Royaume sur la région, et si Alger, au départ, évoquait une “mesure d’une gravité exceptionnelle” quand les Comores ouvraient le bal, elle s’est bien gardée toutefois par la suite de réagir surtout que désormais un pays aussi puissant que les Émirats est également entré dans la danse.

Le ministre des Affaires étrangères algérien, Sabri Boukadoum, ne semblait, ainsi, pas crédible quand il déclarait le 1er novembre, en marge du référendum constitutionnel, que “nous n’avons peur de personne”. Dans des indiscrétions publiées en avril 2019 dans le média électronique panarabe Rai Al-Youm, l’ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a sans doute, in fine, le plus parfaitement synthétisé le sentiment prégnant au sein des grands chancelleries en confiant que celles-ci “ne veulent pas de l’établissement d’un État séparant la Mauritanie et le Maroc géographiquement”, lui qui ne fut pourtant pas pendant son mandat un grand ami du Maroc, mais bien le contraire: il avait nommément cité les États-Unis et l’Europe, ce qui devait sans doute se baser sur des échanges qu’il a eus avec leurs responsables.

Il est, pour ainsi dire, plus que temps pour que le Polisario et l’Algérie reviennent à la raison. Dans son discours de la Marche verte du 6 novembre 2018, le roi Mohammed VI avait proposé la création d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation avec la voisine de l’Est, et même si bien sûr cela n’est pas évident de changer de fusil d’épaule après plus de quarante-cinq ans à tenir un certain discours hostile à l’intégrité territoriale du Maroc, il en va de l’avenir du Grand Maghreb et de la sécurité et de la prospérité de ses peuples. Aux uns de savoir de quel côté de l’Histoire ils souhaitent se ranger.

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