Le Polisario rompt le cessez-le-feu

Que peuvent vraiment les séparatistes?

Les milices polisariennes ne boxent absolument pas dans la même catégorie que les Forces armées royales, et c’est en fait insultant pour ces dernières de les comparer à une simple bande de coupeurs de route.

Le roi Mohammed VI a été clair et net à ce sujet au cours de l’appel téléphonique qu’il a eu le lundi 16 novembre 2020 avec le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres: l’intervention des Forces armées royales (FAR) dans la zone de Guergarat, à la frontière maroco-mauritanienne, ne revient pas de la part de la partie marocaine à renoncer à l’accord de cessez-lefeu signé sous égide onusienne avec le Front Polisario en septembre 1991. “[Le Souverain] a réaffirmé à M. Guterres l’attachement constant du Maroc au cessez-le-feu,” a révélé le Cabinet royal dans un communiqué publié dans la foulée dudit appel téléphonique.

Sauf que le Polisario, donc, ne semble pas vouloir l’entendre de la même oreille. Son secrétaire général, Brahim Ghali, a dès après l’intervention des FAR officialisé la rupture par le mouvement du cessez-le-feu, ce qui s’est notamment traduit par des tirs de harcèlement au niveau de la localité de Mahbès, que traverse le mur de défense déployé dans les années 1980 par le roi Hassan II pour protéger le territoire national des incursions polisariennes depuis l’Algérie. Il a même parlé, dans une interview diffusée ce 18 novembre par Radio Algérie internationale (RAI), de “poursuivre la lutte” jusqu’à faire de la partie du Sahara marocain anciennement colonisée par l’Espagne, qu’il revendique, un État indépendant sous les auspices d’une soi-disant “République arabe sahraouie démocratique” (RASD).

Ridicules gesticulations
En a-t-il toutefois seulement les moyens? Car avec les FAR, on parle d’une armée régulière classée septième du monde arabe et sixième en Afrique selon l’indice américain Global Fire Power. En termes de dépenses, seule l’Algérie arrive à lui tenir la dragée haute dans la région, la voisine de l’Est s’accaparant même 44% du budget de défense africain en 2019 selon le très crédible Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) -10,3 milliards de dollars d’armements achetés au cours de l’année concernée-, mais avec ceci dit de nombreux contrats surfacturés permettant au commandement de l’armée nationale populaire (ANP) algérienne de s’autograisser la patte en salées rétrocomissions -comme l’avait révélé le scandale des 200 chars T-90 commandés en catimini à la Russie en 2014.

Le Maroc s’est d’autant plus doté, en novembre 2017, d’un système satellitaire français de type Pléiades lui ayant par exemple permis, en janvier 2018, d’immédiatement déceler des tentatives du Polisario de transférer une soi-disant “structure administrative” de la partie de la zone tampon située à l’Est du mur de défense, dans la lignée de sa propagande tentant de présenter cette zone comme de soi-disant “territoires libérés” de la soi-disant “RASD”, ainsi que l’installation, déjà, de soi-disant “postes frontières” à Guergarat en particulier.

En d’autres termes, les milices séparatistes ne boxent absolument pas dans la même catégorie que les FAR, et c’est en fait insultant en soi pour ces dernières de les comparer à ce qui constitue, en fin de compte, littéralement une simple bande de coupeurs de route. Suite aux tirs de harcèlement qu’il a tenté d’ouvrir sur les FAR à Mahbès, le Polisario s’est ainsi vu rapidement neutraliser et même perdre un engin porte-armes dont le type n’a toutefois pas été révélé par la page Facebook du forum Far-Maroc, à l’origine de l’information. Les gesticulations de ses dirigeants, M. Ghali en tête, frisent à cet égard le ridicule, et l’Algérie elle-même, qui pourtant le finance, l’abrite, l’arme et le soutient diplomatiquement, a aussitôt fait de prendre ses distances avec lui, ne tenant visiblement pas à être mêlée à une guerre où elle se trouvera davantage marginalisée au sein de la communauté internationale.

Et sans l’Algérie, le Polisario ne pourra bien sûr rien, et il est le premier à le savoir. C’est pour cela que le soi-disant “ministre” des Affaires étrangères de la soi-disant “RASD”, Mohamed Salem Ould Salek, avait évoqué le 16 octobre sur Radio Alger la possibilité de signer des “accords de défense” avec des “pays” et des “peuples amis”, à un moment où la voisine de l’Est était en passe de changer de Constitution pour autoriser enfin son armée à intervenir à l’étranger et donc éventuellement de prêter main-forte au mouvement séparatiste dans une guerre contre le Maroc. Le Polisario avait même, le 9 novembre, agité la menace de la fin de l’accord de cessez-le-feu si “l’entrée de tout élément militaire, sécuritaire ou civil marocain” était constatée à Guergarat, où il avait déployé plusieurs de ses éléments à partir du 21 octobre.

En termes d’équipements, le mouvement séparatiste peut seulement compter sur du vieux matériel d’origine principalement soviétique, à savoir notamment des véhicules de combat d’infanterie BMP-1 et des lance-roquettes multiple Katioucha ainsi que des obusiers 122 mm M1938, qu’il utilise régulièrement dans des manoeuvres depuis novembre 2014. Il n’a tout simplement pas les moyens de se renforcer, et en même temps Alger garde à l’esprit l’exemple du Liban, où le fait que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) se soit retrouvée totalement libre de ses mouvements avait amené, en avril 1975, au déclenchement de la guerre civile, ce que la capitale algérienne ne saurait bien sûr jamais permettre.

De fait, elle a, sciemment, toujours fait en sorte de limiter la force de frappe du Polisario, en circonvenant au surplus son action aux seuls camps de Tindouf, desquels ne peuvent par ailleurs que difficilement s’extraire les milliers de Marocains qu’y séquestre le mouvement séparatiste depuis plus de quarante-cinq ans. Le Maroc peut, si l’on peut dire, encore dormir sur ses deux oreilles.

Le Polisario seul au monde

Comme l’avait pertinemment relevé le roi Mohammed VI dans son dernier discours de la Marche verte, la partie séparatiste se trouve actuellement dans un “scénario t

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