Le Polisario mis devant ses responsabilités

RAPPORT DE GUTERRES SUR LE SAHARA

Qualifié de “réducteur” par la partie séparatiste, le récent rapport du secrétaire général de l’ONU sur la question saharienne a en fait mis à nu bien des contre-vérités. Décryptage.

Le Front Polisario persiste et signe. Il continue d’appeler à la cessation du trafic civil se faisant par le biais du passage de Guergarat, à la frontière maroco-mauritanienne, en ce qu’il serait “illégal”. “Ce passage (...) n’existait ni au moment de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en septembre 1991 ni à la signature de l’accord militaire nº1 entre le Front Polisario et la Minurso en décembre 1997 et entre le Maroc et la Minurso en janvier 1998”, fustige notamment le secrétaire général du mouvement séparatiste, Brahim Ghali, dans une lettre adressée au secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, et au représentant permanent de la Russie auprès de la même organisation et président pour ce mois d’octobre du Conseil de sécurité, Vassili Nebenzia, et dont la teneur a été révélée le 8 octobre 2020 par l’agence séparatiste Sahara presse service (SPS).

Destination finale
Un argumentaire qu’on pouvait déjà trouver dans un tweet dont s’était fendue le 1er septembre la séparatiste sahraouie Aminatou Haïdar qualifiant Guergarat de “brèche illégale” et, même, de “principal passage de la drogue marocaine et autres crimes transfrontaliers”, dans le droit fil des déclarations d’octobre 2017 du ministre des Affaires étrangères algérien de l’époque, Abdelkader Messahel, accusant la compagnie aérienne nationale Royal air Maroc (RAM) de transporter “autre chose que des passagers”.

Il faut dire que pressé de toute part et voyant les pays, les uns après les autres, appuyer de plus en plus l’initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie au Sahara -163 pays en tout et pour tout, comme l’avait rappelé le roi Mohammed VI dans son discours de la Marche verte du 6 novembre 2019-, le Polisario ne sait plus vraiment où donner de la tête en dehors des sorties médiatiques décousues de ses représentants.

Même l’argument juridique, auquel le mouvement renvoie à propos de Guergarat et dont il avait fait son principal cheval de bataille au cours de la dernière décennie sur les arènes internationales, a finalement tourné en eau de boudin après avoir cru un temps l’emporter au niveau de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) -en mars 2018- ou encore en Afrique du Sud -en février 2018. Et, M. Guterres n’a tout simplement pas jugé opportun de s’y attarder dans son dernier rapport sur la situation concernant le Sahara marocain et réitéré les propos déjà tenus le 26 septembre par son porte-parole adjoint Farhan Haq en faveur du maintien de “la circulation civile et commerciale régulière”.

Ainsi, il a révélé que c’est lui qui, en janvier, avait fait intervenir une équipe civilo-militaire de la Minurso à Guergarat, où le Polisario tentait encore d’entraver le rallye Africa Eco Race qui, chaque année, traverse l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie depuis la France avec comme destination finale le Sénégal. Le mouvement séparatiste avait, pour ce faire, fait déployer dans la zone un camp, mais, au final, “le convoi du rallye a pu passer (...) sans incident notable”, et ce “grâce”, a précisé M. Guterres, “à [la] médiation de la Minurso”. Rebelote le 31 août, où, cette fois, ce sont “une vingtaine” d’éléments du Polisario s’étaient retrouvés à Guergarat, alors qu’en même temps l’Algérie tentait de faire figurer la question du Sahara dans l’ordre du jour du Conseil de sécurité, et avaient eux aussi dû, dès le lendemain, plier bagage.

Zone tampon
Ceci dit, a averti M. Guterres, “la zone tampon entre les points de passage marocain et mauritanien a continué à présenter un certain risque pour les observateurs et observatrices militaires de la Minurso, en raison de l’absence de juridiction dans la zone, qui empêche d’y assurer la sécurité de la mission”, mettant en cause, par là même, directement le Polisario. Le rapport du secrétaire général de l’ONU a d’ailleurs, globalement, constitué un véritable camouflet pour le mouvement séparatiste et son parrain algérien, au point que l’Algérie presse service (APS), l’agence de presse algérienne, l’a tout bonnement ignoré, ce qui constitue une première depuis la mise en place de la Minurso en septembre 1991.

M. Ghali l’a, ainsi, qualifié de “réducteur” et “estimé” qu’il ne reflète pas la réalité. S’il n’a fait, dans sa lettre, mention que de Guergarat et de la question des droits humains, que le Maroc avait démontée en avril 2013 en amenant la représentante permanente des États- Unis auprès de l’ONU, Susan Rice, à la retirer de la résolution qu’elle avait alors été chargée de rédiger au sujet de la Minurso, il va sans dire que ce qui a sans doute le plus indisposé ses maîtres algériens est le fait que M. Guterres ait une nouvelle fois mis l’accent sur la dimension régionale du conflit, en faisant explicitement mention de l’Algérie et de la Mauritanie comme parties prenantes au même titre que le Royaume et le Polisario.

Processus politique
À cet égard, il s’est dit “convaincu qu’il est possible de trouver une solution (...) malgré la suspension du processus politique depuis la démission de [s]on envoyé personnel, Horst Köhler, pour raisons de santé” en mai 2019. M. Guterres songerait-il en fait à appuyer la mise en place, entre le Maroc et l’Algérie, du mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation proposé dans son discours de la Marche verte du 6 novembre 2018? C’est ce que l’on pourrait conclure aussi bien à partir de son propos que des réactions affolées de M. Ghali et du président algérien, Abdelmadjid Tebboune, qui moins de dix jours après que le rapport de M. Guterres eût été, le 2 octobre, dévoilé, vient ce 10 octobre, au cours du discours qu’il a donné au siège du ministère de la Défense nationale à Alger, a incité le secrétaire général de l’ONU à “nommer un nouveau représentant”, bien qu’aussi bien M. Köhler que ses trois prédécesseurs, à savoir James Baker, Peter van Walsum et Christopher Ross, aient échoué à rapprocher les vues entre le Maroc et l’Algérie.

Une source autorisée algérienne dont le média électronique Tout sur l’Algérie (TSA) avait répercuté les propos avait, ainsi, qualifié à l’époque l’appel en faveur du mécanisme conjoint de “non-événement”. M. Guterres avait toutefois, pour sa part, confié qu’il avait “toujours été favorable à un dialogue renforcé entre le Maroc et l’Algérie”. L’heure serait-elle donc enfin venue, selon lui, pour ce faire?.


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