Point de relance sans investissement

L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE PEINE À REDÉMARRER

Parler de relance économique sans investissement est insensé ! Les mécanismes actuels de relance économique sont des crédits de fonctionnement destinés à éponger une bonne partie des dettes et à payer les salaires et les fournisseurs. C’est le point faible du Plan de relance, qui n’a rien d’un véritable plan d’investissement. Et c’est à ce niveau que l’Etat doit jouer son rôle.

Des entreprises mettent la clé sous le paillasson au quotidien et des secteurs entiers (tourisme, immobilier, acier, textile…) sont en réanimation. L’économie marocaine va droit au mur. Non seulement à cause des répercussions de la pandémie ou encore des restrictions de déplacements et du reconfinement de certaines villes, mais surtout à cause de l’absence d’un plan d’investissement susceptible de relancer véritablement la machine économique.

Le plan de relance de 120 milliards de dirhams annoncé par le Roi Mohammed VI et diligenté par le ministre des Finances, Mohamed Benchâaboun, présente une faille énorme. Sur les 120 milliards, 70 milliards seront débloqués sous forme de crédits de fonctionnement. Déjà, le comité de veille économique, présidé par M. Benchâaboun, a accordé 22 milliards de dirhams dans le cadre des crédits Relance et Oxygène. Il devra compléter les 70 milliards par des crédits à des entreprises publiques dans l’embarras telle la RAM.

Un focus sur les deux dispositifs de financement couverts et garantis par l’Etat (à travers le CCG), lancés le premier en mars et le second en juin 2020, dans le cadre de la mise en oeuvre des mesures décidées par le Comité de veille économique (CVE), montre qu’ils ont été mis en place dans le dessein d’atténuer les effets de la crise induite par la pandémie de Covid-19 et ses impacts sur les entreprises. Oxygène permet aux banques de mettre en place rapidement des découverts exceptionnels pour financer le besoin en fonds de roulement des entreprises cibles. Celles-ci doivent rembourser la totalité du crédit après l’expiration d’un différé de six mois, à compter de janvier 2021. Or, une bonne partie des entreprises bénéficiaires trouveront des difficultés pour honorer leurs engagements car la conjoncture n’a pas été suffisamment bonne pour leur permettre un véritable décollage.

Crédits de fonctionnement
"Relance" a été accordé aux entreprises impactées, gravement, par l’arrêt de l’activité dû au confinement, mais pas seulement. Les entreprises qui réalisent plus de 10 millions de dirhams de chiffre d’affaires devront, entre autres, afficher un ratio dette bancaire/excédent brut d’exploitation (EBE) inférieur ou égal à 7 (en France, ce ratio est inférieur ou égal à 4,5) et renoncer à la distribution de dividendes en cash pendant la durée du différé.

Là où le bât blesse, c’est que les architectes de ce crédit n’ont pas intégré dans les conditions d’octroi l’obligation du paiement des escomptes (effets de commerce) qui, s’ils ne sont pas payés, vont engendrer un nouvel endettement et ne permettront pas à l’entreprise de se redresser. Et puis, le paiement des escomptes contribuera indéniablement à une circulation des liquidités sur le marché.

Une situation critique
Il y a eu par la suite le Fonds stratégique d’investissement de 40 milliards de dirhams dont le rôle est de prendre participation dans des entreprises privées et publiques. En principe, cette structure étatique (qui n’a pas encore démarré ses activités) devra soutenir les grandes entreprises en y injectant des fonds propres. Si on ignore encore beaucoup sur la stratégie de travail de ce Fonds, on ignore tout sur comment ce Fonds peut prendre des participations dans des PME avec 15.000 ou 20.000 participations. Sauf s’il ne les inclut pas dans sa stratégie d’investissement !

Somme toute, les mécanismes de relance, comme on peut bien le constater, sont des crédits de fonctionnements destinés à supprimer une bonne partie des dettes et à payer les salaires et les arriérés des fournisseurs. Et c’est le point faible de ce plan de relance qui n’a rien d’un véritable plan d’investissement. Point de production, de richesses et de croissance sans investissement ! Et à c’est à ce niveau que l’Etat doit jouer son rôle. Parler de relance économique sans investissement est insensé ! C’est bien de s’endetter sur le marché international. C’est bien aussi de maintenir à flot certaines entreprises publiques comme les entreprises privées.

Mais continuer à s’endetter à l’international rien que pour financer le fonctionnement des entreprises et des administrations publiques, pour la consommation tout court, est une décision à hauts risques. Ce n’est pas le moment de penser aux notations de ces fameuses agences de rating internationales (notamment américaines). La situation économique et sociale est critique. L’Etat doit s’endetter et inciter, via ces financements et garanties, à l’investissement productif. C’este le seul moyen pour relancer l’économie et freiner l’hémorragie du chômage. Le gouvernement n’a pas le choix. C’est d’autant plus vrai que les finances publiques vont tarir davantage en cette fin d’année et l’année prochaine à cause de la baisse attendue des recettes (déjà faibles) de l’IS (Impôt sur les sociétés) et de l’IR (Impôt sur les revenus) causée par la hausse du chômage.

Décision à hauts risques
Tout le monde sait que l’investissement public est celui qui tire vers le haut l’investissement privé. Tout le monde sait que l’investissement produit des richesses et de la croissance pourvoyeuse d’emplois. Il faut que la machine de l’investissement se mette en branle. Dans l’urgence même. La banque centrale peut bien prêter à l’Etat même en prenant le risque (mineur) d’une petite hausse de l’inflation. Tous les efforts doivent se recentrer sur l’investissement et rien d’autre. C’est l’unique option pour une relance économique réelle. Sinon, le risque encouru est social. Il y va de la stabilité sociale du pays.

Au lieu d’entreprendre les mesures économiques qui s’imposent et sensibiliser les citoyens et les entreprises à la prévention sanitaire, le gouvernement poursuit sa politique de restriction des déplacements et de confinement des villes et des quartiers, ce qui perturbe les opérateurs économiques et a une conséquence directe sur le climat social. Il faut vivre avec le Covid-19 et cesser de semer la peur. Car au final, les victimes du coronavirus sont de loin inférieures aux victimes de la route, à titre d’exemple !.


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