Le PNUD et L'ONDH sortent une enquête sur les jeunes au Maroc

L'avenir incertain

Plusieurs maux frappent la jeunesse marocaine. Outre la précarité sociale, le décrochage scolaire et le chômage chronique, près de 7 jeunes sur 10 sont tentés par l’émigration. Un phénomène grave qui révèle le désespoir dans lequel vit cette jeunesse marocaine qui constitue pourtant une aubaine démographique pour le développement humain dans notre pays.

C’est quoi être jeune au Maroc? C’est la question qui se pose souvent quand on évoque cette population importante dans notre pays mais dont l’avenir est décrit régulièrement comme problématique à cause d’un certain nombre de facteurs et de données socioéconomiques et sociologiques en rapport avec la situation du pays. Si de nombreuses enquêtes sur les jeunes au Maroc ont été réalisées par des organisations nationales, celle que vient de réaliser le Programme des Nations Unies pour le développement, en collaboration avec l’Observatoire national du développement humain, jette une lumière substantielle sur la situation des jeunes marocains.

Un potentiel à mobiliser
Présentée, mardi 7 décembre 2021 à Rabat, cette enquête, intitulée «Être jeune au Maroc de nos jours», est fondée sur une approche participative. Elle traite de l’évolution des indicateurs du développement humain entre 2012 et 2020 dans le Royaume, tout en jetant la lumière sur la problématique de la précarité sociale et l’impact de la pandémie sur le développement humain.

L’enquête propose également un diagnostic approfondi de la situation de la jeunesse marocaine sur les plans économique, social et politique, ainsi qu’une réflexion prospective sur l’adaptation des politiques publiques pour répondre à ses attentes et aspirations, et ce en accord avec les orientations du nouveau modèle de développement. Les jeunes au Maroc sont ainsi considérés comme un potentiel à mobiliser pour rattraper le retard en développement humain, d’autant que la catégorie âgée entre 15 et 29 ans représente plus de 25% de la population globale, soit environ 9 millions de personnes.

Pour les responsables de l’ONDH, cela constitue véritablement une aubaine démographique sans précèdent pour le Maroc et qui a un impact important sur les plans macro et microéconomique, à condition, bien évidemment, que l’économie marocaine offre les emplois nécessaires à cette jeunesse, une voie que les pays asiatiques ont empruntée avec succès depuis les années 70. Or, notre économie est de plus en plus asphyxiée par la crise financière qui résulte de la pandémie. S’ajoute à cela le profil peu développé de cette jeunesse, qui n’a pas bénéficié d’une bonne éducation et d’un bon système de l’enseignement dont le niveau est au plus bas depuis de nombreuses années.

Un capital précieux inexploité
Les jeunes représentent une frange hétérogène en termes de contraintes liées au genre, d’occupations principales et de rapports au système éducatif et au marché de travail, puisque plus de 33% sont des étudiants et 25% des actifs occupés, alors que la part des jeunes qui ne sont pas en emploi, en études ou en formation est de 26%. D’où la conclusion principale de cette enquête selon laquelle cette catégorie sociétale est un capital humain précieux qui doit être développé à travers l’enseignement, la formation, la santé et la protection sociale.

En ce qui concerne l’enseignement, le nombre moyen d’années de scolarisation pour la tranche d’âge 15-29 ans est de 9 ans, ce qui équivaut à 1,7 fois la moyenne nationale, et dépasse la moyenne des pays qui ont un niveau élevé de développement humain (8,3 ans). En revanche, environ 26% des jeunes diplômés sont confrontés au chômage de longue durée. D’autre part, l’enquête souligne que la présence des jeunes sur les scènes publique, politique et civique constitue un sujet d’interrogation, du fait que la majorité de la jeunesse marocaine accorde peu de confiance aux institutions politiques.

Tentés par l’émigration
Il est aussi fait état d’un ralentissement de la dynamique de développement humain en raison du décrochage scolaire, des faibles niveaux de revenus et de l’intégration sociale des jeunes. Lequel recul a été enregistré au cours de l’année 2020 en raison de l’impact de la crise sanitaire sur la croissance économique, le niveau d’emploi et les revenus des familles dépendantes.

Il y a aussi la précarité sociale, qui représente la plus grande menace pour le développement humain, car elle touche un jeune actif occupé sur trois. Cette précarité touche plus de 32% de la population active occupée et est causée à 88% par la précarité au travail.

Autre indicateur dramatique: 7 jeunes Marocains sur 10 sont tentés par l’émigration. Un phénomène gravissime qui touche aussi bien les jeunes diplômés, qui aspirent s’installer en Europe et au Canada, que les jeunes sans diplômes qui sont prêts à risquer leur vie pour aller de l’autre côté de la Méditerranée.

Si la première émigration vide le pays de ses cerveaux, le seconde entache sérieusement l’image de notre pays à l’international. Le contexte politique et économique national, qui en forte déliquescence, est sans aucun doute, pour les analystes, la cause principale de cette situation de désespoir exprimée par la jeunesse marocaine.