REMPLISSAGE DES BARRAGES, CULTURES PRINTANIÈRES, ÉCONOMIE…

Les pluies du nouvel espoir

Nonobstant un début de saison bancal, les récentes précipitations augurent d’une reprise de l’activité agricole, notamment en relation avec les cultures printanières. Une bouffée d’oxygène pour l’économie nationale.


Depuis quelques jours, le moral de tous les Marocains et des agriculteurs en particulier est au beau fixe. La pluie est de retour. Les chutes de neige aussi. En dehors du sud, les récentes précipitations généralisées de fin mars et du début avril ont été accueillies avec soulagement et optimisme. L’espoir de sauver un tant soit peu la campagne agricole actuelle reste de mise. Bénéfiques et opportunes pour les cultures printanières, les récentes précipitations sont arrivées à un moment crucial de la saison. La superficie dédiée aux activités printanières peut atteindre 320.000 hectares, dont 150.000 hectares pour les cultures céréalières et légumineuses et 80.000 hectares pour les cultures maraichères.

Le démarrage de la campagne agricole de cette année a été marqué par des conditions climatiques défavorables, avec des précipitations faibles et inégalement réparties sur les plans territorial et temporel, ce qui a fini par affecter la superficie emblavée des céréales. Celle-ci se situerait autour de 2,5 millions d’hectares contre près de 3,7 millions une année auparavant. Selon les projections de Bank Al-Maghrib, la production céréalière ne dépasserait guère 25 millions de quintaux contre 55,1 millions une année auparavant. Dans ce contexte, la valeur ajoutée agricole se contracterait de 6,4% en 2024 avant de rebondir de 12,8% en 2025, sous l’hypothèse d’un retour à une récolte céréalière moyenne de 55 millions de quintaux.

Renforcer la nappe phréatique
Nonobstant ce début de saison bancal, le ministère de l’Economie et des Finances augure d’une reprise de l’activité agricole, notamment grâce à la légère amélioration des conditions climatiques durant les mois de février et mars. Sa Direction des études et prévisions financières estime dans sa note de conjoncture du mois de mars que les dernières précipitations significatives seront bénéfiques pour l’ensemble des filières, notamment pour la production du fourrage et des cultures printanières. Ces précipitations devraient également renforcer la nappe phréatique et les réserves hydriques au niveau des barrages nationaux, sans pour autant résorber l’important déficit hydrique de ces dernières années. Cette dynamique générale créée par la pluie tombée durant le mois de mars aura un impact patent sur l’économie nationale et surtout sur nos réserves en devises puisqu’on importera moins de légumineuses et de céréales que prévu.


Si les précipitations généreuses constatées durant la dernière semaine de mars se poursuivent durant le mois d’avril, la saison agricole sera relativement sauvée. Ce qui aura le mérite de diminuer les interventions du gouvernement pour juguler la hausse des prix et le renchérissement des importations des intrants, des céréales et des aliments du bétail de l’étranger. C’est dire, somme toute, que l’espoir est de mise tant que le ciel est clément. Une vérité indéniable puisque le monde rural demeure le moteur de l’économie. L’agriculture est le secteur économique qui pèse le plus sur le produit intérieur brut (PIB), étant le premier contributeur au PIB (environ 14%), devant le tourisme et l’industrie. Aussi, le secteur agricole demeure le premier pourvoyeur d’emplois au Maroc, avec une contribution de près de 40% à l’emploi total. A elle seule, la céréaculture, qui occupe 60% de la surface emblavée, représente 60% du PIB agricole. C’est dire que bon an mal an, les résultats d’une campagne agricole impacte sérieusement toute l’activité économique.

Objectifs stratégiques
Un tournant majeur a été opéré en 2008 avec le lancement du Plan Maroc Vert (PMV), qui a insufflé une nouvelle dynamique au secteur agricole moyennant une mobilisation soutenue de l’investissement dans les filières agricoles et l’agro-industrie, aussi bien public que privé puis de Generation Green en 2020, pour rectifier le tir et se focaliser aussi bien sur la petite agriculture et la sécurité alimentaire. Aussi, avec le Plan Maroc Vert, le gouvernement a nourri des ambitions capitalistiques qui ne tenaient pas compte de la disponibilité de l’eau. Cette stratégie mal pensée a fini par assoiffer un pays en proie à des sécheresses structurelles.

La stratégie Green Génération 2020- 2030, qui a supplanté le Plan Maroc Vert, a placé la préservation de l’«eau» comme un de ses objectifs stratégiques. Malgré cela, la cupidité des exportateurs l’a encore une fois emporté sur les appels à la rationalisation de cette denrée devenue rarissime. On continue à planter des pastèques ou des melons et des milliers d’hectares d’agrumes là où l’eau tarit. C’est dire que les récentes précipitations, aussi généreuses soient-elles au regard de cycles de sécheresse que le pays a vécus, peuvent servir à rattraper le retard du début de la saison agricole mais ne remédieront pas au stress hydrique, surtout avec les pratiques insouciantes des gros bonnets du secteur.

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