PLEIN EMPLOI OU PLEINE SANTÉ ?

L'emploi est source de bien-être économique à condition qu’il ne détruise pas la santé humaine

Plus d’une année sous l’emprise de la pandémie, le monde est éreinté. Les infections au coronavirus suivies de celles de ses différents variants n’arrêtent pas de se propager et continuent à sévir dans toutes les régions de la planète fauchant sur leur parcours des centaines de milliers de morts, pour un triste bilan mondial de plus de deux millions de décès à ce jour.

Les systèmes de santé les plus performants ont été mis à genoux et se sont montrés, de par leur fragilité et leur impréparation, incapables de limiter les dégâts provoqués par ce fléau. Un climat d’incertitudes et de craintes s’est installé poussant à un scepticisme parfois déroutant. Vaccin ou pas, la question récurrente qui continuera de tarauder les esprits, dans les mois à venir, est de savoir comment venir à bout de cette crise.

Crise qui a eu comme effet de remettre en question tant de certitudes liées à un modèle de développement qui ne jure que par la croissance et le plein - emploi des facteurs de production. Objectif de «plein- emploi» toujours proclamé, mais jamais atteint dans la réalité, tant le chômage, même partiel, n’en finit pas de sévir, notamment par ces temps de coronavirus.

Ce «plein –emploi», objectif aussi louable soit-il, n’est plus, d’ailleurs, l’horizon essentiel. Il est devenu, au fil du temps, une simple illusion, et ce même dans les économies qui ont connu une forte croissance économique. À l’exemple de certains pays comme les États-Unis qui sont devenues une des rares économies dans le monde à avoir atteint un taux de chômage de 3%, juste avant la première vague du Covid-19. Mais en quelques semaines, ce taux de chômage est passé à 16% faute de protection sociale. La faim s’est ensuite répandue partout dans ce pays faute d’aides sociales.

Ce «plein-emploi» n’était donc qu’une illusion: les travailleurs pauvres américains cumulent trois à quatre emplois, mal rémunérés et qu’ils payent du prix de leur santé. Comment peut-on encore envier- comme le font certains pays en développement, dont le Maroc-une économie qui fonctionne de cette manière. Autre exemple, celui de la Chine. Elle aussi au «plein-emploi» au prix d’une hyper-croissance économique qui a dévasté les écosystèmes et la santé: 1,2 million de chinois meurent chaque année de la pollution de l’air, comme en Inde, avec 1,7 million de morts et moins de 4% de chômage.

Dans tous ces pays, et plus particulièrement les plus sous-développés, il n’est pas question de vouloir ou de proclamer la fin du travail, comme nous le dit l’économiste français Eloi Laurent des universités de Paris et de Stanford, mais d’inclure l’emploi dans la «pleine santé», qui recouvre à la fois la santé sociale ( physiologique, psychologique, inégalités sociales de santé, etc.) et la santé écologique (santé environnementale, inégalités environnementales, etc.). L’emploi est, certes, source de bienêtre économique, mais à condition qu’il ne détruise pas la santé humaine et celle des écosystèmes.