Le plan solaire "Noor" avance à grands pas


Le nouvel empire du soleil


Grâce notamment à son plan solaire Noor, le Maroc pourra réduire de 13% ses émissions en gaz à effet de serre, responsables des changements climatiques en cours dans la planète.

C’est fin 2017 que Noor Ouarzazate II et Noor Ouarzazate III devraient être livrées. Ces deux centrales solaires basées comme leur nom l’indique dans la province de Ouarzazate, dans la région du Drâa-Tafilalet, s’ajouteraient alors à Noor Ouarzazate I, inaugurée début 2016 et, depuis, déjà opérationnelle. En attendant Noor Ouarzazate IV, dont les travaux avaient été lancés début avril 2017. Les provinces de Boujdour, Laâyoune et Midelt devraient également, à l’avenir, être concernées. C’est dire si le Maroc avance à grand pas dans son plan solaire Noor.

Lancé en 2009, ce plan vise à réduire la dépendance énergétique du pays, à l’heure où 93% de ses besoins en la matière sont encore assurés par les importations (chiffre de 2016). Mais surtout, c’est au plan de la préservation de l’environnement qu’il apporte sa véritable pierre de touche: rien qu’en prenant en compte les quatre centrales du complexe Noor Ouarzazate, ce sont 3,7 millions de tonnes de CO2 qui, d’ici 2020, devraient être économisées. A terme, les économies devraient même atteindre 9,3 millions de tonnes de CO2. Le plan Noor s’inscrit en fait dans les stratégies nationales de protection de l’environnement et de développement durable, qui visent à réduire d’ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre, responsables des changements climatiques en cours dans la planète, de 13%.

“Champion de la terre”
Ainsi, à cet horizon, le Maroc devrait assurer 52% de ses besoins énergétiques par le moyen des énergies renouvelables, à savoir, outre le solaire, l’éolien et l’hydraulique également (énergies provenant respectivement de l’eau et du vent). Cela équivaut à une capacité de production totale de 6000 MW. Pour l’instant, le Royaume est à mi-chemin (26%). Pour atteindre son objectif, l’État devrait mettre sur la table quelque 30 milliards de dollars américains (près de 295 milliards de dirhams). “Le Maroc souhaite devenir une référence régionale et continentale en matière d’énergies renouvelables, nous indique-t-on auprès de l’Agence marocaine pour l’énergie durable (Masen). En effet, grâce à son emplacement géographique stratégique, aux infrastructures de transit déjà développées ou en cours, le Royaume se présente comme un hub d’interconnexions entre l’Afrique et l’Europe.” Depuis le lancement du plan Noor, le Maroc est ainsi devenu, au fur des années, un modèle en matière de production d’énergies renouvelables.

En décembre 2016, l’Organisation des Nations unies (Onu), par l’entremise de son Programme pour l’environnement (Pnue), avait même sacré, pour sa vision entrepreneuriale, Masen parmi ses “champions de la terre”, en saluant l’exemplarité de l’agence, les progrès réalisés en faveur de l’énergie solaire et les efforts menés pour rendre l’énergie solaire accessible tout en démontrant l’efficacité des approches pour une finance verte. “La réussite de Masen arrive à un moment où des mesures audacieuses, ambitieuses et innovantes sont plus urgentes que jamais afin de généraliser l’utilisation des énergies renouvelables et durables, avait indiqué le Pnue. L’entreprise a surmonté des obstacles financiers importants afin de développer l’énergie solaire à un coût abordable au Maroc.” En mars 2017, Masen avait également obtenu, dans la catégorie “pays à nouvelles émissions”, le prix Green Bond Pioneer, qui récompense chaque année les organisations, institutions financières et gouvernements qui ont fait progresser le financement vert et développé le marché des green bonds (émission obligataire lancée dans le but de financer des projets à forte utilité environnementale).

Finance climatique
A cet égard, l’agence avait émis, en novembre 2016, des green bonds d’une valeur de 1,15 milliard en vue de financer Noor Boujdour, Noor Laâyoune et Noor Ouarzazate IV. Cet outil de financement novateur avait positionné Masen comme un pionnier de la finance climatique à l’échelle du Maroc et du continent africain. Mais surtout, il lui avait permis de diversifier ses sources de financement. Sur ce plan, l’agence s’était auparavant appuyée sur les institutions financières européennes (Agence française de développement (AFD), Banque européenne d’investissement (BEI), KfW Bankengruppe), les institutions financières multilatérales (Banque africaine de développement (BAD), Banque mondiale (BM)) ou encore, dans le cas du projet Noor Ouarzazate I, la Commission européenne et le ministère fédéral allemand de l’Environnement.

Certaines de ces institutions rechignent toutefois encore à financer des projets qui seraient basés au Sahara marocain, notamment ceux de Noor Boujdour et Noor Laâyoune, en raison du conflit larvé qui oppose dans la région le Maroc et l’Algérie et dans lequel elles ne veulent s’impliquer.

À cet égard, le voisin de l’Est, qui soit dit en passant avait également lancé en 2012 un programme de développement des énergies renouvelables pastichant maladroitement le plan Noor, maintient la pression par le truchement de ses sbires de l’organisation séparatiste du Front Polisario et de certaines organisations non gouvernementales (ONG) créées ex nihilo pour défendre ses thèses, à l’instar du mal famé Western Sahara Resource Watch (WSRW).

La junte algérienne avait ceci dit essuyé une véritable volée de bois vert en novembre 2016 après que l’Allemagne, la France, l’Espagne et le Portugal ait signé en marge de la 22ème Conférence des parties de la Convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques dans la ville de Marrakech un déclaration conjointe visant à subvenir à une partie de leurs besoins énergétiques par le moyen du projet Noor, y compris Noor Boujdour et Noor Laâyoune.

Cette feuille de route pour le commerce d’électricité durable, baptisée de son nom anglais “SET Roadmap”, ambitionne d’intégrer progressivement les marchés de l’énergie des pays signataires.

Commerce d’électricité
Elle prévoit ainsi de réaliser un commerce d’électricité efficace entre le Maroc et le marché interne européen de l’énergie. Les pays africains devraient également suivre. À cet égard, des mémorandums d’entente ont d’ores et déjà été signés avec la Guinée-Bissau, la Tunisie et le Sénégal.Des ouvertures existent également avec l’Éthiopie, Madagascar, le Nigéria, le Rwanda et la Tanzanie. Au milieu, l’Algérie, avec qui seulement trois projets d’interconnexion électrique existent à ce jour (Oujda-Ghazaouet, Oujda-Tlemcen et Bourdim- Hassi Ameur), sera obligée de suivre. “Le secteur des énergies renouvelables permettra de conclure de nombreux partenariats avec des pays africains pour le partage du savoir”, espère-t-on bien auprès de Masen.

A noter que depuis août 2016, Masen chapeaute non plus seulement le solaire mais aussi le reste du secteur des énergies renouvelables, au titre de la loi modifiant et complétant la loi ayant porté création de l’agence. Pour ses responsables, cette refonte est de nature à favoriser les synergies entre les différents acteurs et de permettre une gestion optimisée des projets de production d’énergies renouvelables

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