Plaidoyer pour les Amazighs

UN LIVRE DE MUSTAPHA AGUERD

Dix mensonges contre les Amazighs, un travail de fond sur une histoire collective forgée par les siècles et qui donne à la culture marocaine son identité plurielle

Le titre est volontiers provocateur: Dix mensonges contre les Amazighs*. Son auteur, Mustapha Aguerd, ne fait pas dans la nuance, tant s’en faut. Il interpelle, multiplie les mises en cause et les réquisitoires, plaide avec véhémence pour que justice soit rendue à la communauté amazighe. Ancien professeur universitaire, il livre dans cet opus de près de 500 pages les leçons à tirer de notre histoire. C’est un ressourcement qu’il propose, un travail de fond sur une histoire collective forgée par les siècles et qui donne à la culture marocaine son identité plurielle.

L’entreprise est audacieuse et décapante. Elle fera certainement grincer des dents tous ceux qui ont des rigidités et, partant, des certitudes quant au statut et à la place des Amazighs. Lui, n’esquive pas le débat; il propose une grille de lecture et d’interprétation autour d’un chapelet de «mensonges » qu’il s’emploie à démonter et à dé-construire. Il rappelle ainsi que les Imazighen ont pour patrie le Nord- Afrique; qu’ils sont porteurs de civilisation; d’autres problématiques sur la politique du protectorat en évoquant le fameux dahir berbère de 1930; et qu’il rejette tout un discours s’échinant à considérer la défense de la culture amazighe comme une forme de «racisme», à tout le moins de «tribalisme»...

Cela dit, les interrogations ne manquent pas. A trop vouloir démontrer, l’excès est-il évitable? La langue amazighe a -enfin!- recouvré un statut à part entière comme langue officielle, à côté de l’arabe, comme le consacre la Constitution de 2011. C’est assurément une grande avancée (art.5). L’implémentation de cette disposition reste à la peine. Convictions profondes Neuf ans après, les résultats restent bien modestes dans la vie sociale, administrative, dans l’enseignement et ailleurs. Pourquoi une telle lenteur? Parce que les politiques publiques pèchent par frilosité et par absence d’une réelle volonté politique. Oui, sans doute. C’est qu’en effet les «résistances » sont réelles dans le corps social et du côté des acteurs -et des forces?- qui ont le pouvoir décisionnaire dans l’appareil d’Etat et les organes de représentation nationale.

Dans le discours officiel des partis, la référence est constante à l’amazigh; mais n’est-ce pas qu’une figure de style? Car les mêmes, au gouvernement, sont moins empressés à prendre les mesures appropriées pour permettre à cette langue, désormais officielle, de prendre et d’assurer pleinement sa fonction de langue officielle. L’excès de l’auteur, a-t-on relevé? C’est le cas quand il réclame que les deux langues officielles doivent être «les seules à être enseignées jusqu’à la fin des études secondaires».

Pas d’ouverture donc; un modèle fermé alors que toute la stratégie de la vision 2030 est axée sur d’autres référentiels. A l’intégrisme d’une certaine arabité -avec comme support le primat de la langue arabe- il n’est peut-être pas indiqué d’ajouter celui de l’amazigh -ce serait une approche réactionnaire à l’opposé des convictions profondes et des bons sentiments de l’auteur...


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