LE PJD CHERCHE À REDORER SON BLASON

LES CACIQUES DU PJD REJETTENT LA DEMANDE D’UN CONGRÈS EXTRAORDINAIRE

Cet appel à un congrès extraordinaire peut aussi se traduire par une tentative du parti d’exhiber publiquement une effervescence interne comme pour dire que le PJD est un parti démocratique et qu’il accepte les critiques de ses instances et de sa base, à quelques encablures des élections.

Si le Chef du gouvernement, qui vient d’accorder une interview exclusive pour soi-disant balayer d’un revers de la main les critiques d’une gestion maladroite de la pandémie du Covid-19, il devrait maintenant faire mieux pour apaiser une grogne sournoise au sein de son parti de la justice et du développement (PJD).

Au lendemain de son Conseil national, tenu le vendredi 18 septembre 2020, le PJD a rendu public un mémorandum soumis par une centaine de membres, dont une majorité de la Chabiba. Il s’agit d’une pétition visant à convoquer un congrès extraordinaire, à quelques mois des échéances électorales. Cette décision “intervient après des mois de discussions constantes et continues”, expliquent les signataires, qui dressent un constat alarmant de l’état de santé du PJD.

Ils accusent le Conseil national du parti d’avoir hiberné et de ne pas avoir assumé ses responsabilités dans les moments difficiles que traversent le parti et le pays. La Chabiba, pour les signataires, n’est plus cet espace libre et ouvert au dialogue et à toutes les opinions car ses positions sont devenues tributaires de sa direction actuelle. En réaction à ce mémorandum, le secrétaire général du parti, Saâd Eddine El Othmani, a répondu en arguant que le quorum n’est pas atteint et qu’en période d’état d’urgence sanitaire, la loi interdit la tenue d’une réunion de cette ampleur. Mais il n’oublie pas de temporiser tout de même. Il sait qu’il s’agit, au-delà des procédures, d’un rapport de forces qu’il ne peut ignorer. Car le bureau national de la Chabiba est pro-Benkirane (ce dernier ne ménage plus El Othmani par ses déclarations incendiaires).

Échéances électorales
Cet appel à un congrès extraordinaire, à quelques encablures des échéances électorales de 2021, est un signe d’une révolution interne qui s’appuie pour justifier sa légitimité sur les déboires et les scandales des dirigeants du parti, membres du gouvernement par ailleurs, dont ceux du patron de la Chabiba et ministre du Travail, Mohamed Amkraz, mais également sur les décisions irréfléchies du gouvernement qui ne font plus l’unanimité au sein du parti.

D’autre part, cet appel peut se traduire par une tentative du parti de se refaire une virginité et d’exhiber publiquement une effervescence interne comme pour dire que le PJD est un parti démocratique et qu’il accepte les critiques de ses instances et de sa base. Cette antithèse est aussi plausible compte tenu des critiques acerbes dont le PJD fait l’objet depuis quelque temps, liées aux scandales (affaires CNSS d’Amkraz et Ramid et d’autres affaires d’élus du parti) et aux nominations de proches d’El Othmani à des postes pompeux avec des salaires et primes faramineux. Il va sans dire que les nominations quasi hebdomadaires lors des conseils du gouvernement font aigrir certains partisans écartés de la partie.

D’ailleurs, même le mérite de certains fraîchement nommés par El Othmani à des postes de responsabilité est remis en cause. Cette fois, c’est l’Union nationale du travail au Maroc, bras syndical du Parti de la justice et du développement, qui se plaint des nominations à-tout-va de militants du parti, incompétents, à des postes de responsabilité au sein d’agences urbaines. La résultante est le blocage du fonctionnement de ces agences.

Somme toute, une chose est sûre: le PJD a d’ores et déjà commencé sa campagne électorale. Non seulement à travers ses associations et militants philanthropes pendant cette crise, mais aussi en menant une campagne de communication (dont le mémorandum de membres de la Chabiba n’est qu’une action phare) pour faire accroire que le parti est mû par une volonté de changement, histoire de faire oublier les scandales et déboires de ses ministres et élus.


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